Lecture / Ecriture
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En vol de Alan Tennant

Alan Tennant
  En vol

En vol - Alan Tennant

L'essentiel
Note :

   "Un des 100 meilleurs livres de l'année" (The New York Times) (oh que oui!)
   
   Le héros
(et il le vaut bien!): falco pelegrinus, alias le faucon pèlerin. Une bestiole fascinante d'à peine un kilogramme, mais d'un mètre d'envergure, qui peut atteindre 300 km/h en piqué, peut apercevoir une proie à des kilomètres, et pratique le ravitaillement en vol! Attention âmes sensibles, c'est un prédateur carnivore, qui n'a à se soucier que des grands-ducs... et des hommes...
   
   Les autres personnages : Encore une fois des fanas un peu décalés! Alan Tennant, ornithologue, et George Vose, pilote. A bord d'un vieux Cessna rafistolé et pas toujours fiable, ils décident de suivre la migration d'un faucon pèlerin du Golfe du Mexique jusqu'en Alaska, et en seconde phase, du même Golfe du Mexique jusqu'en Amérique centrale. Pour ce faire les oiseaux sont capturés à l'aide d'un appât (un pigeon vivant, qui, s'il en réchappe, aura eu la peur de sa vie), munis d'un émetteur et relâchés puis surveillés grâce à un récepteur. Depuis ces études se font en suivi par satellite.
   
   Ne pas s'imaginer que nos deux lascars ont volé aile à aile avec le faucon! En fait il ne le voyaient pas réellement. Mais
   "nous pouvions suivre son vol au fil de chaque spirale ascendante, voir à quel moment elle quittait les vautours pour planer en solo, et presque prendre son pouls.
   C'était enivrant. Sans la déranger, sans même qu'elle sache que nous existions, nous arrivions à la connaître chaque jour un peu mieux, à identifier la structure de ses allées et venues, à reconnaître ses phases de chasse, au point de pouvoir prévoir ce qu'elle allait faire quand il se mettait à pleuvoir ou quand il faisait beau. Personne n'avait jamais vécu ainsi avec un faucon sauvage, à des milliers de kilomètres de sa falaise, de son aire de reproduction, à mi-chemin de son pèlerinage solitaire à travers les continents."

   En effet l'avion et le faucon vont se trouver dans les mêmes brouillards, les mêmes tempêtes, les mêmes vents.
   
   Un voyage à travers l'Amérique
   Vu de haut, bien sûr, mais les rencontres sur terre valent aussi leur pesant de cacahuètes, les petits aéroports et les villes ou villages alentours recèlent leur lot de personnages pittoresques. Sans parler des ours...
   
   Oui, mais pourquoi?
   Dans l'histoire il y a les recherches en cancérologie et aussi l'armée (mais l'auteur n'a pas trop compris pourquoi cette dernière finançait les recherches).
   Les faucons étaient considérés à l'époque comme d'excellents baromètres de l'état de l'environnement. Les plaquettes sanguines devaient permettre d'élaborer un état des lieux de la pollution aux composés organochlorés. Plus clairement, on s'était aperçu qu'à cause du DDT les coquilles de leurs oeufs étaient plus minces, d'où grosse mortalité.
   Ensuite Tennant et Vose, complètement fascinés, en ont fait une quête personnelle, absolument passionnante.
   
   Un récit d'aventures, donc!
   Suivre un faucon réclame beaucoup d'attention, surtout quand les éléments s'en mêlent! Il a fallu un pilote aussi chevronné que George pour que nos deux pisteurs échappent plusieurs fois à des catastrophes, sans parler de la vétusté du coucou qui les transportait. Des moments à couper le souffle!
   De plus au départ l'armée leur cherche des poux, ensuite il s'agit de la police montée, car si le faucon ne demande pas l'autorisation de pénétrer dans l'espace aérien canadien, le Cessna, lui, doit s'y soumettre, non? En Amérique centrale, police et trafiquants de drogue se méfient de ces types qui prétendent suivre un oiseau...
   
   Conclusion
   Voilà un récit absolument captivant, bien écrit, bien mené, qui sait distiller des informations sur le faucon pèlerin (saviez-vous -moment kulturel- que Shakespeare a employé dans ses pièces et poèmes près de deux cents cinquante mots et expressions de fauconnerie?), et rappelle que lorsque l'homme pollue, toute la chaîne alimentaire est concernée, vers, insectes, oiseaux, faucon pèlerin, donc, ... et les hommes. Les produits défoliants que Tennant et Vose ont vu déverser sur les cultures ne laissaient sûrement pas les paysans locaux indemnes. Une aventure humaine aussi, qui culmine au magnifique passage à Xunantunich, où l'auteur comprend ce qui pour lui est en fait l'essentiel.
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critique par Keisha




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Une belle plume
Note :

   Je suis particulièrement contente de pouvoir faire découvrir ce beau titre de la collection NW de Gallmeister. C’est à la fois un récit de voyage et un vrai livre d’écologie qui traite des problèmes rencontrés par la faune sauvage, surtout en matière de pollution.
   
   Ici, Alan nous conte l’histoire de sa folle jeunesse et du rêve qu’il a en partie réalisé : suivre la migration des faucons pèlerins. Il embarque avec lui un vétéran et as de l’aviation, George Vose, (le tandem qu’ils forment est plutôt savoureux…) afin de suivre la migration d’un faucon équipé d’un émetteur radio. (En fait il y en aura plusieurs au fil des mois : Amélie, Anukiat, Nina Gorda, Delgada). On s’attache très vite à ces magnifiques rapaces, on s’inquiète, on tremble, vont-ils échapper au grand-duc? Vont-ils s’empoisonner? Se faire tuer par les hommes? Pouvez-vous imaginer ça? Un naturaliste enthousiaste et un vieux pilote ronchon suivant des rapaces à bord d’un Cessna?
   
   Mêlant explications scientifiques passionnantes sur les techniques de vol – et de survie – des faucons, aventures en tous genres (j’ai cessé de compter les passages où Alan est persuadé que l’avion va se crasher) et journal de voyage, ce formidable récit est une invitation au voyage et à la découverte de la faune sauvage.
   
   Je regrette souvent que certains naturalistes ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, se contentant d’étudier une espèce en particulier, en faisant abstraction de leur milieu et des autres espèces. Ici heureusement, ce n’est pas le cas car le témoignage d’Alan est émaillé de considérations écologiques sur les ravages de la pollution (le DDT surtout mais aussi le paraquat en Amérique du sud) sur les oiseaux, sur les paysages fabuleux des contrées encore intactes (mais où l’on voit aussi les ravages opérés en Amérique du sud par l’exploitation du pétrole et la lutte contre les trafiquants de drogue).
   
   Le mystère plane toujours sur la migration des pèlerins, et après tout, c’est aussi bien…
   
   C’est aussi l’histoire d’un homme qui a eu l’audace de donner corps à son rêve, et de trouver un sens à sa mission, et même à sa vie, comme il le dit à la fin de son récit. J’ai aimé ce mélange de faits scientifiques et de poésie (ses descriptions des milieux naturels m’ont parues poétiques, eh oui…, bref, une belle plume, sans jeu de mots) pour un bel hymne à la liberté. D’ailleurs, en 2005, Robert Redford a acheté les droits d’adaptation. Je ne sais pas s’il compte réaliser le film ou s’il passera le flambeau, faute de temps, mais il est facile de comprendre pourquoi un tel livre peut susciter l’enthousiasme.
   
   Bref, j’ai été conquise aussi bien par le contenu, c’est du très bon Nature writing, que par la personnalité de Tennant et la qualité de sa prose.

critique par Folfaerie




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