Lecture / Ecriture
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Une odyssée américaine de Jim Harrison

Jim Harrison
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Auteur des mois d'avril et de mai 2006

Jim Harrison est né en 1937 dans le Michigan. Il a commencé à écrire dès l´adolescence, par conviction et par ennui, dit-il à peu près.
Il a fait des études de littérature et a commencé à publier de la poésie, puis, des articles, des scenarii, des recueils et ses premiers romans.
Alors qu´il avait débuté dans l´enseignement dans l´état de New York, il abandonne rapidement cette voie pour se consacrer uniquement à l´écriture, et retourner dans le Michigan.


Il est mort d'une crise cardiaque le 26 mars 2016, il avait 78 ans.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une odyssée américaine - Jim Harrison

Le grand vide!
Note :

   Encore un Jim Harrison dans la veine des derniers Jim Harrison… visiblement en mal d’inspiration!
   
   Cliff, soixante ans, ancien prof de littérature reconverti en fermier dans le Michigan, est abandonné par sa femme après 38 ans de mariage. Rangeant ses affaires avant de quitter définitivement sa ferme, Cliff tombe sur un vieux puzzle pour enfants qui a jadis appartenu à son petit frère trisomique et qui comporte 48 pièces représentant les états des Etats-Unis. Ceci donne à Cliff l’idée de faire le tour de son pays. Il décide d’emporter le puzzle pour en lancer une pièce par la fenêtre de sa voiture à chaque fois qu’il franchira la frontière d’un nouvel état…
   
   Wisconsin, Minnesota, South et North Dakota… la route mène vers l’ouest. On s’attend à un récit de voyage truffé d’aventures et de descriptions à couper le souffle comme Harrison sait si bien les faire… Or, il n’en est rien. Cliff traverse les premiers états sans états d’âme autre que le regret de ne pas être accompagné par Lola, sa vieille chienne fidèle. Nous avons droit à un constant va et vient désabusé entre le voyage et les souvenirs de Cliff, le plus souvent d’une banalité affligeante. Pour un temps, il est accompagné par une des ses anciennes élèves, de vingt ans sa cadette ; l’occasion de pester contre le téléphone portable et autres nouvelles technologies ; occasion aussi de parties de jambes en l’air et de confidences du style : "Je bandais tellement qu’on aurait pu accrocher un sceau de lait à ma verge"… A chaque nouvel état, Cliff nous gratifie de son oiseau fétiche et de sa plante emblématique, ainsi que de sa devise… il photographie des bovins… Il le dit lui-même, son "esprit retourne 40 ans en arrière, à l’époque où mon cerveau était si vivant que je réussissais à peine de trouver le sommeil. Peut-être que mon cerveau s’est adjoint trois estomacs, comme les vaches ruminantes, ralentissant ainsi considérablement le processus de pensée."
   
   Au fur et à mesure néanmoins, son cerveau se remet en service. D’abord, il trouve un but à son voyage : renommer les états des Etats-Unis et la majorité des oiseaux qui méritent des noms plus poétiques. A partir de ce moment-là, Cliff s’ouvre. Il commence à voir son environnement, à ressentir des sensations enfouies depuis longtemps. Cessant d’obéir à son ex-femme, son fils ou son ancienne élève, il recommence à décider lui-même de sa vie, de ses actes. Il se remet sur ses propres pieds, sa pensée gagne en précision et en consistance. Il retrouve ses auteurs préférés : Emerson, Hart Crane, Edna St. Vincent Millay, Thoreau, et encore Thoreau. Il pense de moins en moins à son chien et se met à goûter l’instant, pêchant par exemple à la mouche pendant neuf heures d’affilé dans la Big Hole River, au Montana, prenant des "créatures divines" qu’il rejette à l’eau en pleurant d’émotion…
   
   C’est l’odyssée d’un homme vidé de sa substance par des dizaines d’années de routine et dont la vie se résume tellement bien par ce vers d’Edna St. Vincent Millay qu’il cite : "La vie doit continuer, mais j’ai oublié pourquoi." (p. 40).
   
   Comme je l’ai laissé entendre au début de ce commentaire, je suis quand même assez déçue par ce livre. Tous les thèmes chers à Jim Harrison sont présents, certes, mais seulement sous-jacents, en passant. Je suis, comme beaucoup, une fervente admiratrice de «Dalva», de «La route du retour» aussi, et je dois avouer qu’à chaque nouvel opus de l’auteur, je ne puis m’empêcher de rechercher la puissance narrative, la profondeur des propos et la finesse des personnages de ces deux romans qui m’ont vraiment procuré des émotions fortes et m’ont marquée durablement. Hélas, je n’ai plus jamais retrouvé tout cela!
    ↓

critique par Alianna




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Hélas, on part à à vau l'eau (de boudin)
Note :

   La première phrase de ce livre me plaît.
   "Autrefois, c’était Cliff et Vivian mais maintenant c’est fini. Nous sommes restés mariés 38 ans, un peu plus que 37 mais moins que 39, le nombre magique."

   
    Cliff, le narrateur, est un ancien professeur devenu paysan. Il a 62 ans, 10 de moins que l’auteur. Ayant tout perdu, sa femme, son ranch, son chien adoré qui vient de mourir, il décide de tout quitter et de partir, seul, dans sa vieille voiture, sur les routes américaines. Son but est de renommer, avec des noms indiens, les états traversés et leurs oiseaux typiques. Il a retrouvé le puzzle de son enfance et à chaque passage de frontière, il jettera la pièce correspondant à l’endroit traversé. Chaque chapitre prend le nom d’un nouvel état.
   
   Bientôt une ancienne élève, Marybelle, le rejoint et on suit leurs déambulations de motels en stations-service, de prairies aux bœufs superbes en rivières idéales pour la truite. Les splendides paysages de l’ouest américain défilent sur un rythme de vieille voiture brinquebalante et de héros mal assortis. Seuls de minables jeux sexuels tour à tour frénétiques et poussifs les réunissent vraiment.
   
   C’est d’ailleurs la caractéristique du roman qui m’a le plus frappée : la déception devant la réalité. Le rêve d’enfant était plus beau. Ainsi remarque-t-il que la frontière réelle du Wyoming est moins saisissante que sur la pièce du puzzle où figuraient l’oiseau symbolique et la plante typique de l’état. Son voyage est essentiellement subjectif.
   
   A peine se laisse-t-il emporter par le lyrisme de la nature qu’il est aussitôt rattrapé, la phrase suivante, par la sexualité bestiale et terre à terre de sa compagne d’aventure, "cette cinglée qui me rendait aveugle aux beautés des Etats-Unis d’Amérique."
   "Je m’étais fait à l’idée qu’avec ma passagère je ne connaîtrais jamais l’Amérique réelle."

   Les disputes s’enchaînent et les comparaisons entre sa passagère et sa femme aussi, si bien qu’il finira par retrouver cette dernière devenue diabétique et qu'il adoptera un nouveau chien.
   La vie ainsi continue mais pourquoi?
   
   Kerouac et Whitman auxquels certains passages font obligatoirement penser sont cependant très éloignés de ce récit dont trop de passages répétitifs ont fini par me lasser.

critique par Mango




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