Lecture / Ecriture
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Beaux seins, belles fesses de Yan Mo   

Yan Mo
  La carte au trésor
  Beaux seins, belles fesses
  Le maître a de plus en plus d’humour
  Le radis de cristal
  La mélopée de l'ail paradisiaque
  La dure loi du karma
  Le chantier
  Grenouilles

Yann Mo est né en 1956 dans une famille de paysans pauvres. A l’époque, il s’appelait Guan Moye. De cette enfance lui sont restées la connaissance des conditions de vie dans les campagnes chinoises et une foule de récits et d’anecdotes, vus, vécus ou entendus.

Après être entré dans l’armée populaire de libération, Guan Moye a commencé à écrire en 81 et s’est choisi le pseudonyme de Yan Mo qui signifie «ne pas parler». Il dit qu’il l’a choisi pour ne pas oublier que la prudence veut qu’on n’en dise pas trop (surtout sous certains régimes).

Cette prudence, nécessaire d’ailleurs, n’a pas empêché Yan Mo de fort bien exprimer ce qu’il voulait exprimer. Il a produit environ quatre-vingts romans et nouvelles.

Actuellement retraité de l’armée, traduit en plusieurs langues, Yan Mo est internationalement reconnu.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Beaux seins, belles fesses - Yan Mo

Formidable !
Note :

   Le titre n’est pas seulement dû à la fixette sexuelle du fils de cette famille aux mâles si peu reluisants. Beaux seins, belles fesses, ce sont les caractéristiques des filles de la famille Shangguan. Et quelles filles ! D’abord, il y en a eu 8, pour un seul fils, alors que seul le garçon était désiré, au point que les noms des filles étaient tous synonymes de «en attendant le garçon» ou «pour faire venir le garçon» etc. et quand il fut venu, le garçon… eh bien, je vous dirai seulement qu’elles n’ont pas été déçues.
   
   Toutes plus extraordinaires aussi les unes que les autres, ces huit soeurs. Quand elles ne sont pas Immortelles Oiseau (avec un succès relatif), elles épousent des hommes hors du commun. C’est sans doute pour faire pendant à leur mère qui est vraiment loin, bien loin d’être n’importe qui.
   
   Ce roman fleuve, saga familiale, semble être le récit de la vie de ce fils. Il semble être raconté par lui (par moment) ou par quelqu’un qui serait près de lui, mais en fait, si on y réfléchit bien je soutiens que c’est plutôt le récit de la vie de sa mère, et en second lieu de ses soeurs et encore, le récit de la vie en Chine durant ces terribles presque cent ans. Tout est raconté sans commentaire. Yan Mo nous livre l’histoire. C’est à nous de voir ce que nous pensons de tout cela. Pour avoir écrit ce livre, l’auteur dut faire son autocritique.
   
   Cela commence avec les luttes contres les invasions occidentales (Allemands, inénarrable et tragique guerre de la merde et de l’urine !) et japonaises. Les Japonais envahissent le village au moment même où la mère accouche enfin de son fils et où l’ânesse va mettre bas de son premier ânon. Les deux naissances sont très difficiles. Cela continue dans les famines, les massacres, la guerre civile et la Révolution culturelle, en des vies d’une incroyable dureté, d’une effroyable misère, sans bons, sans méchants, malgré les milliers de morts, les injustices, les viols, les tueries, avec encore du grotesque et des rires. Des scènes de grand guignol côtoient les mises à mort, la vie est toujours là. Les dialogues peuvent être épiques ou crus. Dans la morve et le sang, le sublime et l’atroce, l’humain reste.
   
   Le dépaysement est total. Plonger dans ce roman, c’est plonger totalement hors de sa vie quotidienne et cela fait sans aucun doute, avec la valeur du document, une part importante de son intérêt.
   
   Mais c’est aussi un livre que j’ai refermé avec une vision changée du monde, de la vie et de ses valeurs, une idée différente de la relativité du malheur et du bonheur, une confiance dans l’immense résistance humaine… et la certitude de sa fragilité. Un livre qui nous entraîne au recul, à la relativisation.
   
   Ce sentiment de relativité est peut-être bien d’ailleurs exactement ce qu’a voulu souffler l’auteur qui, dans la dernière cinquantaine de pages, nous raconte, en miroir lointain aux chapitres du début, des faits qui, si nous les avions connus plus tôt, nous auraient fait suivre le récit d’une autre façon. Alors vraiment, on réalise que la vie est pleine de choses comme celles-là, que l’on ignore le plus souvent et qui la font être ce qu’elle est. Et nous, on ne comprend pas pourquoi.
   
   Formidable, confirme le dictionnaire = «Extraordinaire, qui impressionne par sa force, sa puissance, sa masse ou sa taille ». Donc, c’est bien le titre que je cherchais pour cette incroyable brique en or, de plus de 800 grosses pages.
   
   Extrait :
    »Sur cet espace délimité par des barbelés, les artémises avaient poussé jusqu’à enfouir les chenilles des vieux tanks abandonnés. Les canons striés de rouille des tanks pointaient tristement vers le ciel bleu. Des vrilles vert tendre d’ipomée grimpaient sur un canon de tir à longue portée cassé en deux. Une libellule était posée sur le tube d’une mitrailleuse. Un rat courait sur la tourelle d’un canon. Des moineaux avaient élu domicile dans un gros obusier où ils avaient fondé une famille ; des insectes vert émeraude dans le bec, ils pénétraient en volant dans le tube.»
   
   
   PS: Les statistiques m'annoncent depuis longtemps que cette page est parmi les 20 plus visitées du site... Je ne peux me dissimuler entièrement que les visiteurs qui atterrissent ici n'ont pas tous été mus par des motivations littéraires... Tant pis, la culture leur est tombée dessus alors qu'ils ne s'y attendaient pas. Ce sont des choses qui arrivent...

critique par Sibylline




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