Lecture / Ecriture
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Le Soleil d'Alexandre de André Markowicz

André Markowicz
  Le Soleil d'Alexandre

Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz

La Conversation des poètes
Note :

   Une lecture des poèmes de Pouchkine dans l’émission de Guillaume Gallienne "ça peut pas faire de mal" avait titillé ma curiosité.
   le titre flamboyant de ce livre "Le soleil d’Alexandre" était fait pour m’attirer.
   La poésie de Pouchkine, celle que tous les russes se récitent sans se lasser était déjà d’un intérêt certain mais sous la plume d’André Markowicz c’est beaucoup plus que cela.
   
   En 1825 le 14 décembre, la tentative désespérée de 200 aristocrates d’imposer une constitution au Tsar pour supprimer l’ignoble servage et mettre à bas l’absolutisme va finir dans le sang, les procès, des exécutions, le bagne en Sibérie pour tous ces hommes. "Une génération brisée" dit André Markowicz et c’est cette génération que l’on entend dans ce livre.
   
   "Organisé autour de la voix de Pouchkine"
ce poète qui est selon Tchekhov "comme l’air que l’on respire" le livre est une vaste fresque de la vie culturelle, intellectuelle, poétique ce cette Russie sous le joug.
   Elle commence avec Radichtchev condamné pour ses écrits par la Grande Catherine et qui revenu du bagne finira pas se suicider, il a laissé une élégie "La Mélancolie passion des coeurs purs qu’un sort injuste oppresse".
   En avançant et en déroulant la vie de Pouchkine ( 1802-1841) la liste des noms amis prend de l’ampleur, pour la plupart inconnus faute de traduction jusqu’à aujourd’hui.
   Joukovski, Radichtchev, Batiouchkov, Delvig, Baratynski, Viazemsky...
   
   Pouchkine est le fil lumineux qui éclaire cette époque. Il est le centre des conversations qu’entretiennent tous ces hommes, dans leurs rencontres mais plus encore dans leurs oeuvres.
   Ils chantent leur jeunesse, la guerre contre Napoléon, les amis morts. Ils traduisent la poésie étrangère. Ils sont surveillés, épiés, traqués parfois. Tous subiront peu ou prou le terrible poids de la répression tsariste, écoutez Pouchkine dans un magnifique "A Ovide" dire la souffrance de l’exil, de la condamnation inique et l’espoir du pardon :
   
   .. l’isolement, l’abandon et l’oubli,
   Tu n’entends plus les sons de ta langue natale,
   Vers tes lointains amis ta complainte s’exhale
   (...) Adoucissez la main qui châtie même juste...

   
   Ils ont une même vision du destin de la Russie, de la littérature, un même amour de la poésie et malgré les dangers, les deuils, les séparations
   "Tous ces hommes, tout au long de leur vie, se fréquentent, échangent, s’écrivent, écrivent en fonction les uns des autres, entretiennent une conversation destinée à devenir la base même de la culture russe".

   
   L’admiration d’André Markowicz pour Pouchkine transparaît tout au long des pages, cet exceptionnel traducteur réalise ici un pari impossible, rassembler et traduire tous ces poètes inconnus en France, nous donner à comprendre cette période bouillonnante.
   
   Les pages de poèmes, d’apports biographiques alternent, Pouchkine au Caucase par exemple :
   "Si Pouchkine n’avait écrit, de toute sa vie, que ce qu’il a écrit au cours de ces trois mois d’isolement fiévreux, il serait déjà l’écrivain le plus important de son siècle en Russie" dit André Markowicz !
   
   Ce "Soleil d’Alexandre" titre que Markowicz emprunte à un autre poète : Ossip Mandelstam, brille de mille feux. La parole au poète pour terminer :
   
   "...N’avoir pour maître que soi seul ; être en repos, devoir
   Ne contenter que soi ; pour quelque honneur infâme
   Ne rien devoir courber, le cou, les rêves, l’âme ;
   Selon sa fantaisie, vagabonder, errer,
   Admirer la nature en sa splendeur sacrée,
   Et frissonner de joie, plein de larmes sereines,
   Devant la création de la pensée humaine..."

critique par Dominique




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