Lecture / Ecriture
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Maison hantée de Shirley Jackson   

Shirley Jackson
  Maison hantée

Maison hantée - Shirley Jackson

Attention ! Chef-d'oeuvre fantastique.
Note :

   C'est un petit roman que je possède dans l'édition du "Masque Fantastique", mais qui est présenté ci-contre dans une autre édition. Deux-cent-quatre-vingt-trois pages, pas une de plus, pas une de moins, une typographie moyenne, un style concis, sans fioritures qui, bien que solidement ancré dans le réel, sait comme nul autre vous guider vers l'évanescence des pensées de l'héroïne principale, Eleonor, dite Nell, tel est "The Haunting of Hill House", traduit en français de façons pour une fois très sobre par "Maison Hantée", un roman qui inspira à Robert Wise, en 1963, l'un des films en noir et blanc les plus terrifiants qui se puissent voir ... et entendre - la bande-son est un vrai régal et constitue, avec l'histoire de la porte hantée, le seul effet spécial du film.
   
   Si j'utilise le terme de chef-d'oeuvre, ce n'est pas au hasard. Stephen King lui-même tient ce roman de Shirley Jackson pour un sommet du livre d'épouvante tel qu'on l'aime : retors, démoniaque et énigmatique.
   
   Qui ne connaît pas l'histoire, désormais archi-classique ? Une vieille maison appartenant à une riche famille qui ne l'occupe pas, se contente de l'entretenir et, plus surprenant, a renoncé à la louer. Pourquoi ? Mais parce qu'il s'y passe des choses bizarres. En tous cas, de l'avis des derniers locataires en date - ça remonte à quand, déjà, le jour où ils ont rendu les clefs en déclarant que la vie à Hill House était tout bonnement épouvantable ? ...
   
   Enfin, ça remonte à loin. Et tandis que les locataires s'égayaient à qui mieux mieux dans la nature, les revues de parapsychologie faisaient leurs choux gras du destin de Hill House, somptueuse mais sévère demeure victorienne édifiée pour sa jeune épouse - qui y mourut le jour même où elle y emménagea - par l'étrange Hugh Crain. (A ce propos, retirez une lettre à son patronyme et vous obtenez Caïn. Amusant, n'est-ce pas ?)
   
   La réputation de bizarrerie de la maison est telle que, à la fin des années 50, le Dr Montague, scientifique en renom passionné de paranormal, décide d'y tenter une expérience. Il y invite deux jeunes femmes qui possèdent, l'une en pleine connaissance de cause, l'autre en les niant, des qualités de mediums. Il se joint bien entendu à elles pour superviser le tout et, selon la volonté de la propriétaire de Hill House, qui ne consent à l'expérience qu'à cette condition, il leur adjoint la compagnie d'un membre de la famille à qui Hill House a finir par revenir.
   
   Débute alors un séjour qui sera bref mais très révélateur.
   
   Attention, si vous recherchez le gore, si à la mode de nos jours, vous serez déçus. Le roman de Shirley Jackson ne dégoutte ni de sang, ni de ténèbres. Il est vénéneux mais on n'y voit jamais vraiment rien, ni personne. On peut même supposer - jusqu'à la dernière page - que tout cela n'est que fantasmes de la part d'Eleonor ...
   
   Et pourtant, sans avoir visionné l'adaptation qu'en tira Robert Wise (laissez tomber par contre le honteux remake qui s'appelle "Hantise" et qui date des années 90 : une horreur mélo et kitsh qui, en plus, se termine bien, le comble !), on a peur. Une peur subtile, diffuse, qui affleure, disparaît, s'évanouit tout-à-fait et puis v'lan ! vous saute dessus par derrière. Un malaise impalpable mais bel et bien réel.
   
   Un modèle de roman d'épouvante, certainement plus dans la lignée du "Tour d'Ecrou" de James mais d'une puissance et d'une perfection qui ne sont pas loin d'évoquer les tragédies grecques.

critique par Masques de Venise




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