Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Monsieur Proust de Céleste Albaret

Céleste Albaret
  Monsieur Proust

Céleste Albaret, née Augustine Célestine Gineste le 17 mai 1891 à Auxillac (Lozère) et décédée le 25 avril 1984 à Montfort-l'Amaury, était la servante dévouée de Marcel Proust.

Monsieur Proust - Céleste Albaret

A la recherche de Proust - Episode 1
Note :

    "A Céleste, affectueusement, son vieux Marcel"
   
   En 1913 une toute jeune femme épouse un homme taxi de son état, son principal client lui adresse un télégramme de vœux pour son mariage "Je fais des vœux de tout mon cœur pour votre bonheur et celui des vôtres" , en 1922 les derniers mots écrits de cet homme il les lui confiera "à l’heure où sa plume a cessé de courir sur le papier".
   
   En 1913 Marcel Proust entra dans la vie de Céleste Albaret pour n’en plus ressortir.
   De simple commissionnaire qui porte les ouvrages dédicacés chez les amis et relations de l’écrivain, elle devient une présence indispensable.
   Elle l’accompagne lors de son dernier séjour à Cabourg mais au retour Marcel Proust lui annonce :
   "Ma chère Céleste, il y a une chose que je dois vous dire. J’ai fait ce voyage à Cabourg avec vous, mais c’est fini : je ne ressortirai jamais plus".

   La voilà enfermée avec l’écrivain pour neuf années, installée comme lui dans une vie de recluse.
    Céleste guette les coups de sonnette, prépare "l’essence de café" et l’assiette avec le sacro-saint croissant, et elle attend que Proust l’appelle.
   Elle est l’obéissance même, Proust lui conseille de lire, elle lit et y prend plaisir "Je me souviens même qu’il m’a conseillé Les Trois Mousquetaires. Je l’ai lu et cela m’a passionnée".
   Elle répond à toutes ses envies, commande le plat que l’écrivain réclame mais qu’il ne touchera pas car dit-elle
   "Il était fin gourmet ou plutôt l’avait été. Je voyais bien que ses envies le prenaient comme des coups de souvenir"

   Elle lui prépare ses boules d’eau chaude, s’occupe de la garde-robe, mais jamais au grand jamais ne voit Proust à sa toilette, c’est le domaine interdit de cet homme d’une pudeur presque maladive.
   Mais bientôt voilà Céleste et Proust qui "entrent dans l’habitude de la conversation", elle l’attend lorsqu’il rentre de soirée avec "l’air d’un jeune prince qui revient du bal de la vie."
   Jamais elle ne s’assoit dans cette chambre, elle l’écoute debout à côté du lit raconter les bals, les souvenirs de vie mondaine, son duel, ses années de jeunesse.
   L’écrivain construit son œuvre "Il faisait le tri de ce qu’il pensait (...) je suis sûre qu’il essayait sur moi, pour mieux voir ce qu’il écrirait".
   C’est elle qui souffle à l’écrivain l’idée des béquets qui permettent de faire des rallonges au manuscrit, elle qui court à la librairie pour trouver l’ouvrage que veut lire Proust. Elle assiste à la "course aux personnages" , à l'édification de l’œuvre.
    Elle devient une confidente, qui sait tout de la vie du maître, qui peut parce qu’elle en a la preuve, affirmer qu’André Gide "avec ses airs de faux moine" a refusé le roman de Proust sans l’avoir lu, qui a vu Gaston Gallimard faire antichambre "Ce M. Gallimard est un peu papillon, maintenant qu’il a vu la fleur, il voudrait se poser. Laissons le voleter encore un peu."
    Céleste est près de lui quand il est "pâle comme un mort, penché sur sa fumigation et cherchant désespérément à respirer".
   Elle est un cœur simple comme la Félicité de Flaubert, capable de tout sacrifier, confidente, rempart protecteur entre le monde "Il y a des moments où je me sentais comme sa mère et d'autres, comme sa fille."
   Témoin privilégié, c’est un témoin émouvant, drôle, cruel parfois, sincère dans son admiration sans limite de l’homme. Elle ferme les yeux sur les défauts, sur les amours interdites, sur la tyrannie de Proust dont elle rit.
   "C'est ainsi qu'il était quand il me parlait de son lit"
    Pendant des années elle refusa toutes les interviews, toutes les propositions de livre, elle se décide sur le tard à raconter "parce que trop de choses fausses ont été écrites par des gens que ne l'ont connu que par les livres".
   Elle l’éternelle admiratrice comblée car dit-elle "C'est grâce à la gentillesse et à la bonté de Monsieur Proust, je puis vous le dire, que je suis devenu quelqu'un".
   
   Si vous aimez Proust, si vous voulez le voir sous un jour très humain, parfois naïf mais toujours émouvant c’est le livre indispensable.
   Il vous fera pénétrer dans une chambre sombre, enfumée et apercevoir une silhouette pâle assise dans le lit entourée de ses carnets, cachés sous des châles, avec à ses côtés une cafetière d’argent, un croissant posé sur une soucoupe...

critique par Dominique




* * *