Lecture / Ecriture
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Le farfadet de Kilmeen (suivi de) Au coin du feu de tourbe de Seumas O'Kelly

Seumas O'Kelly
  La tombe du tisserand
  Le farfadet de Kilmeen (suivi de) Au coin du feu de tourbe

Seamus O'Kelly est un journaliste, auteur de romans et nouvelles, et dramaturge irlandais, né en 1875 (date incertaine) et mort en 1918.

Le farfadet de Kilmeen (suivi de) Au coin du feu de tourbe - Seumas O'Kelly

Mécomptes et légendes d'Irlande
Note :

   Un auteur que l'on redécouvre en France, et c'est amplement mérité. La récente réédition de "La tombe du tisserand" a sorti de l'oubli l'œuvre d'un des artisans de "La Renaissance Celtique" avec par exemple William B. Yeats et James Stephens. Sa mort brutale en 1918 fait qu'il n'a pas laissé de nombreux textes.
   
   Un dénommé Tom Kelleher, les soirs de veillées, nous narre par le menu ses déboires. Il est aux prises avec un farfadet qui doit le mener (contre son gré évidement) à une marmite pleine d'or!
   La légende dit que les farfadets cachent ce métal précieux et que si un humain en attrape un, il ne doit jamais le quitter des yeux pendant la quête de ce magot. Imaginez le problème, car le bougre de farfadet n'est pas très consentant et de ce fait pas très coopératif. Le farfadet est en moyenne (ou alors celui-là est une exception) doué d'un tas de défauts (d'après ses victimes) : menteur, flatteur, flagorneur, semeur de zizanie, rusé, bavard et médisant, bref un être difficilement supportable! Mais l'appât du gain est le plus fort pour Tom et son épouse qui usent et abusent des mêmes artifices. Commence alors un jeu de dupes entre le couple et le petit lutin, c'est à celui qui sera le plus malin, et à ce jeu là les humains ne sont pas les gagnants et les déboires de la famille Kelleher se suivent, mais ne se ressemblent pas...
   
   Évidement, le fait de creuser un trou sous un buisson aux fées ne passe pas inaperçu et bientôt tout le village est au courant que quelque chose se trame! Et le farfadet semble avoir pris pension chez les Dolan qui deviennent soudainement l'objet de toutes les attentions...
   
   
   "Au coin du feu de tourbe" est un peu la suite de l'histoire précédente, on y retrouve un farfadet (le même?), le même narrateur. Les aventures continuent, mais ici se mêlent un peu de jalousie entre les époux et quelques allusions perfides pour l'avenir, suivant qui aura le trésor, etc. Mais le magot, il faut l'obtenir et bien évidement, c'est loin d'être gagné... Il faut ruser, marcher pendant des kilomètres, passer dans des souterrains, gravir des marches, etc.
   
   Le découpage assez particulier de ce récit s'explique par le fait que c'était à l'origine un feuilleton qui paraissait dans le "Irish Weekly Indépendant" entre le 12 mars et le 16 avril 1910!
   
   Le farfadet est l'illustration parfaite du proverbe "Le silence est d'or", car lui est bavard! Mais son langage n'est pas des plus châtiés ; il lui arrive de jurer comme un charretier et de vouer le pauvre Tom à l'enfer éternel ou même plus!
   Grâce (ou à cause de lui), c'est la ruée vers l'or. Malgré tous ses défauts, il reste un personnage attachant et sa débrouillardise devient un art.
   
   Tom Kelleher est le conteur qui s'apitoie sur son compte, mais se moque aussi de lui même et de son épouse affectueusement appelée "La patronne". Mais elle aussi veut l'or et elle pense (avec raison?) qu'elle est plus maligne que son mari!
   
   Le village est un espace en vase clos, le voisinage n'est pas toujours heureux, les rancunes ancestrales sont toujours présentes et la possession de la terre est l'objet de toutes les convoitises. Alors pour de l'or, tout le monde est prêt à tout!
   
   Ces deux histoires opposent le monde féérique et légendaire au monde des hommes et son matérialisme. Cette frénésie dans la course vers la richesse est hélas de plus en plus d'actualité. On trouve encore dans ces récits le côté satirique de l'auteur pour dépeindre la société rurale de l'époque. Que penserait-t-il de notre monde actuel?
   
   Deux remarques, une sur la traduction de Patrick Reumaux, spécialiste entre autres de Flann O'Brien, qui a gardé un côté gaélique dans l'expression "C'est mille fois que vous êtes le bienvenu!" (Cead mile sa bhaile romhat!).
   Par contre, je ne comprends pas pourquoi avoir traduit le titre. Le terme "Leprechaun" qui est celui du titre original me paraît plus convenir que celui de "farfadet", qui retire un peu son côté vieille légende irlandaise qui est pourtant un des buts de ce livre.
   
   Dans le même genre, j'ai lu il y a très longtemps "Le pot d'or" de James Stephens qui, si ma mémoire est bonne, est également très amusant.
   
   
   Extraits :
   
   - Et, ai-je dit, si tu n'y vois toujours pas d'inconvénient, nous allons passer de mon arrière-arrière grand-père à son arrière-arrière petit-fils. La marmite, mon vieux!
   
   - Et, en Irlande, on dit encore mieux : "moins on en dit, mieux c'est."
   
   - Mary Ellen, ai-je dit, tu es la femme la plus merveilleuse qui ait jamais chaussé des chaussures de cuir...
   
   - Oui, a dit Mrs Depmsey, c'est là-haut, chez Larry Dolan qu'est le farfadet, car Dalia Murphy l'a appris d'un commérage de Mary Noonan, la nièce de Larry, et la fille aînée de Kate Mahony l'a dit à Kate Mulvany, et le gamin Connor me l'a dit en passant avec les vaches ce soir.
   
   - Il est très facile de faire entrer une idée dans la tête d'une foule, et si une foule a une idée en tête, elle ne perd pas une seconde pour agir.
   
   - Il serait de retour à Tir Na nOg, le Pays de l'éternelle jeunesse, redeviendrait Le Grand Homme des Fées et épouserait la princesse.
   
   - L'Irlande n'est pas l'obligée d'un seul farfadet.
   
   - Des millionnaires, on les appelle, là-bas. Millionnaire est le nom qu'on donne aux farfadets américains...
   
   - Mary Ellen, comme beaucoup d'autres, était toujours à s'en prendre au pays quand les choses n'allaient pas comme elle voulait.
   
   

   Titre original : The Leprechaun of Kilmeen. (1919) Parution Posthume

critique par Eireann Yvon




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