Lecture / Ecriture
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Léa de Pascal Mercier

Pascal Mercier
  Train de nuit pour Lisbonne
  L'accordeur de pianos
  Léa

Pascal Mercier (de son vrai nom Peter Bieri) est un philosophe et écrivain suisse né à Berne en 1944.

Il a été titulaire de 1993 à 2007 de la chaire de philosophie des langues de Université libre de Berlin.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Léa - Pascal Mercier

Père et fille
Note :

   Disons-le tout de suite : je suis une inconditionnelle de Pascal Mercier, et la magie de son écriture m’a happée une fois de plus, même si cette "nouvelle" n’a pas grand’ chose à voir avec ses précédents romans.
   
   A St. Rémy de Provence, le narrateur, Adrian Herzog, rencontre par hasard Martijn van Vliet, un compatriote suisse. L’un étant motorisé, l’autre pas, ils décident de rentrer en Suisse ensemble en voiture. D’emblée s’instaure entre les deux hommes une grande confiance qui amène van Vliet à raconter son histoire à notre narrateur qui nous la rapporte quasiment mot pour mot en y ajoutant parfois ses propres impressions, et surtout des bribes de sa propre vie.
   
   Van Vliet a une fille, la Léa du titre, qui, après s’être murée dans un mutisme obstiné après la mort de sa mère reprend goût à la vie le jour où elle entend une violoniste jouer dans la rue une partita de Bach (la n° 3, en mi majeur). Evénement-clé qui déclenchera en elle la passion pour le violon, ce sera aussi le point de départ d’une descente aux enfers.
   
   Son premier professeur sera Marie Pasteur, une jeune femme passionnée et passionnante qui, dans un premier temps, devient pour Léa la référence absolue, mère, amie, complice en musique, boussole… si bien que le père ressent quelque jalousie en constatant qu’il n’a plus accès au monde de sa fille. Mais Léa laisse cruellement tomber Marie du jour au lendemain lorsque David Lévy, ancien violoniste vedette, la prend sous son aile. Personnage charismatique à souhait, il exerce sur Léa une influence qui fait peur au père. Elle devient "Mademoiselle Bach", la nouvelle coqueluche du public, elle court de concert en concert, ne vivant plus que pour la reconnaissance… de David, plus que du public… en même temps le père constate chez elle des signes inquiétants de confusion mentale : des contre-sens dans les phrases qu’elle prononce, des oublis majeurs (date du bac!), un égocentrisme de plus en plus poussé... Pour la consoler après la rupture avec David, le père détourne de l’argent destiné aux recherches qu’il mène pour lui acheter un "Guarneri del Gesù", un violon qui coûte des millions. Il croit pouvoir retrouver la proximité, la confiance de sa fille, mais il ne fait que précipiter les événements qui la conduiront dans une clinique psychiatrique dans le sud de la France…
   
   L’issue fatale du récit paraît évidente d’entrée de jeu. Mais même en devinant la fin, on avale avidement ces pages. Devant ce père qui se sent coupable d’avoir causé la perte de sa fille tout en croyant bien faire, tout parent se sent interpellé! Est-ce qu’en encourageant notre enfant à développer un don, un talent, nous le faisons pour notre propre satisfaction ou pour celle de notre enfant? Sommes-nous capables d’imaginer que nos enfants interprètent autrement que nous nos actes envers eux? Que nous leur imposons peut-être de nous renvoyer une image à laquelle ils ne correspondent pas? Sommes-nous capables d’admettre qu’ils s’éloignent de nous en grandissant, qu’ils deviennent des étrangers et qu’en somme, nous ne les connaissons peut-être pas bien?
   
    Ce sont ces questions-là que pose cette nouvelle. Et j’avoue que je m’interroge!

critique par Alianna




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