Lecture / Ecriture
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Une poignée de gens de Anne Wiazemsky

Anne Wiazemsky
  Jeune Fille
  Une année studieuse
  Une poignée de gens
  Mon enfant de Berlin
  Un an après

Anne Wiazemsky est une écrivain, comédienne et réalisatrice française, née en 1947 à Berlin et morte en 2017.

Une poignée de gens - Anne Wiazemsky

Romantique et nostalgique
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Un paysan appelé Avnia poussait une barque. Des enfants l'entouraient. Il est mort d'un arrêt du cœur, là, quelque part dans l'herbe. Les enfants ont grandi en exil, sous d'autres nationalités. Ils sont devenus français, anglais, américains. La plupart ne sont jamais revenus en Russie."

   
   
   
   
   Commentaire
   

    L'histoire, c'est celle de Marie, 40 ans, petite fille d'émigrés Russes ayant fui le pays à l'époque de la révolution. Elle ne sait rien de sa famille et quand on lui propose de lire "Le livre des destins", journal intime écrit par un grand-oncle alors inconnu, elle ne sait pas qu'elle va voir ressurgir des images du passé.
   
   Ce roman est profondément romantique et profondément nostalgique. Tout à fait pour moi donc. Nous sommes dans une grande propriété terrienne du centre de la Russie, en 1916, et Nathalie, 18 ans, va épouser le prince Belgorodsky, aîné de la famille et maître du domaine. Nathalie est jeune, insouciante et cette famille ne sait pas encore ce qui l'attend. Oui, la révolte monte, mais rien d'alarmant. Ils vivent leur vie tranquille, en essayant de faire pour le mieux tout en étant bien ancrés dans ce monde qui s'effondre et qu'ils ont toujours connu. Et on rencontre Micha, Xenia, Olga, Catherine, Maya, tous membre de l'aristocratie russe, pas tous sympathiques, toutefois, qui sont maîtres de leur domaine et qui ne sont pas préparés à ce qui les attend.
   
   J'ai beaucoup apprécié l'atmosphère de ce roman, un peu surannée, un peu rêveuse. J'ai eu l'impression d'assister à des flashes de vieux films aux couleurs pâlies ou encore de regarder des instantanés, des capsules d'une vie passée. Ce sont des scènes qu'on nous présente. Nathalie au piano, Adichka avec les paysans ou songeur alors que ses frères profitent d'une douce soirée en écoutant les grenouilles. Des images qui nous permettent d'imaginer ses personnages, de les rendre vivants et juste "une poignée de gens". Des gens qui verront leur univers bouleversé par la montée du communisme et par la révolution.
   
   Le roman se compose de scènes racontées par un narrateur omniscient, qui révèle beaucoup mais qui nous les rend un peu irréels, quoi que très vivants. Il y a aussi des extraits du journal d'Adichka, prince Belgorodsky, dont on connaît en ouverture le destin tragique, ainsi que des extraits de procès verbaux. Cette forme m'a beaucoup plu. En effet, cette histoire pleine de trous m'a fait penser à ce qu'on nous raconte des temps anciens. Des scènes, des papiers retrouvés... des fragments qui donnent envie de s'asseoir des heures aux pieds de grands-parents pour qu'ils nous racontent "l'avant".
   
   Beaucoup de nostalgie mais aussi une profonde tristesse la disparition d'un monde qui n'existe maintenant que dans les mémoires. Il était une fois une famille, il était une fois Baïgora, un immense domaine. Une écriture simple, qui garde de la pudeur. On sent qu'on ne cherche pas à faire pleurer nécessairement. Pas de grandes descriptions, pas d'envolées lyriques mais j'ai quand même tout imaginé. Un peu brumeux, un peu flou, mais là, quand même.
   
   J'ai donc été touchée, révoltée aussi (pas par la révolution, mais par cette volonté d'anéantir le passé, sans concession. Bon, je me comprends.) et j'ai refermé le livre avec un sourire rêveur et une envie folle de revoir ma grand-mère ou mes grands-tantes qui auraient pu me raconter leur hier si elles étaient encore là...

critique par Karine




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