Lecture / Ecriture
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Lucy, La femme verticale de Andrée Chedid

Andrée Chedid
  Les quatre morts de Jean de Dieu
  Le sommeil délivré
  Le Message
  Lucy, La femme verticale

Lucy, La femme verticale - Andrée Chedid

Comme un long poème très aimé
Note :

   Je cherchais à la bibliothèque le premier titre, considéré comme le chef d’œuvre de la romancière lorsque j’ai aperçu le second à ses côtés sur l’étagère. J’en ai profité pour lire ces deux livres à la suite et curieusement c’est le second que j’ai préféré. Je l’ai trouvé plus original et plus poétique que le roman de cet adorable enfant qui sème le bonheur autour de lui, récit qui ne m’a cependant pas déplu.
   
   Lucy, est un hymne en trois parties concernant cette très lointaine cousine pré humaine de 3 millions d’années, dont le fossile a été découvert en 1974 en Ethiopie. Apte à la marche, elle devait vivre encore en grande partie dans les arbres et se déplacer en s’appuyant sur ses membres antérieurs plus longs que les autres. Avec ces connaissances nouvelles, Andrée Chedid imagine une Lucy constamment tenaillée par le «désir d’horizon» et celui de s’élever pour devenir «la femme verticale» au prix d’énormes efforts et de bien des échecs.
   
    Andrée Chedid divise son texte en trois parties : l’appel, le crime et le désir.
   L’appel est celui de Lucy , cette pionnière qui veut se transformer .
   
   «Enfouie dans l’épaisseur du temps, perdue au creux des millénaires, suspendue par moments aux branches d’un arbre, je vais, je viens, j’appelle. Je cherche à me faire entendre, à m’approcher.
   Me faire entendre de qui? M’approcher de quoi?… Je cherche à rejoindre. A te rejoindre toi, là-bas, si loin, à des millions d’années. Toi, mon enfant d’un autre temps.»

   Le crime est celui que projette d’accomplir la romancière elle-même pour effacer deuils, massacres, carnages, souffrances sans fin de l’avenir de Lucy.
   
   «Je ne sais encore comment m’y prendre, et j’ignore de quelle façon je mènerai ce récit. Mais j’échafauderai, au fur et à mesure, la préparation du meurtre et le témoignage des mots.
   J’exterminerai Lucy.
   J’enrayerai la race humaine et son destin pervers.»

   Le désir surgit au premier vrai regard entre Lucy et la femme qui sait non seulement se tenir debout mais aussi tenir une plume et écrire.
   
    «Je ressuscite ces minutes où le temps explose, où Lucy me hante, puis m’habite. Ces minutes où Lucy, menée par une brûlante envie de nous rejoindre –mieux que cela- de nous enfanter-, redresse son corps, et enfin debout accomplit son premier pas. Dorénavant je suis avec Lucy. L’une et l’autre, quoi qu’il advienne, nous sommes réunies . Je deviens elle. Elle devient moi. Par la grâce de Lucy, j’existerai, tu existeras, nous existerons. J’accéderai au monde et à son mystère. J’accepterai l’énigme. Je consentirai au combat. …Vois combien la Vie nous désire et combien, par milliards, nous lui répondrons.»

   
   Voici un livre que j’ai goûté comme un long poème très aimé, l’épopée de l’évolution humaine.

critique par Mango




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