Lecture / Ecriture
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Traité du Zen et de l'entretien des motocyclettes de Robert M. Pirsig

Robert M. Pirsig
  Traité du Zen et de l'entretien des motocyclettes

Robert Maynard Pirsig est un philosophe et écrivain américain né en 1928.

Traité du Zen et de l'entretien des motocyclettes - Robert M. Pirsig

Un bien étrange bouquin
Note :

   Un bien étrange bouquin qui fit beaucoup de bruit dans les années 70 et qui n'en ferait plus autant aujourd'hui bien qu'on ne puisse pas dire qu'il ait vieilli. C'est autre chose. Plutôt que cette attitude de remise en question philosophique que le narrateur affiche n’étonne plus personne. Je dirais même qu’elle "n’épate" plus personne alors que ce fut le cas à l’époque et que beaucoup ont vu en Pirsig un vrai philosophe. On lui a donné une bourse pour qu’il puisse poursuivre ses cogitations et écrire une suite… ce qu’il fit.
   Sans que l’histoire de la pensée humaine en soit chamboulée.
   
   Il y a une part autobiographique dans ce roman et peut-être même (c’est l’impression qu’on a) une grosse part. Difficile de discerner ce qui est vrai de ce qui est pure fiction.
   
   Dès le départ, nous sommes en route sur la moto du narrateur. Il nous explique qu’un voyage en moto diffère totalement d’un voyage en voiture parce qu’"à travers les vitres on ne voit pas mieux le paysage qu’à la télé" tandis que "En moto, plus d’écran.". Il enchaine en déplorant que l’homme moderne fasse beaucoup de choses en pensant à d’autres choses, il ne se concentre pas sur son présent. "Ce qui est fondamental, c’est de prendre les choses à cœur – et de cela, aucun manuel ne dit mot. (…) Au cours de ce voyage, je voudrais creuser un peu ce problème et voir si cet étrange divorce entre l’être de l’homme et ses actes ne nous aidera pas à comprendre ce qui fait dérailler ce foutu XXème siècle." Ce souci d’ancrage corps et âme dans ce qu’on fait, est lui-même une préoccupation zen. Il y en aura d'autres.
   
   Il s’agit d’un road movie. Nous allons traverser tous les Etats Unis d’est en ouest. Nous sommes sur cette moto, nous roulons, et nous n’y sommes pas seul, il y a aussi Chris, le fils du narrateur. C’est un garçon de 11 ans qui a été signalé à ses parents pour avoir des troubles sérieux du comportement (rien de bien grave par rapport à ce qu’on voit maintenant avec la plupart des ados estimés "normaux", c’est la norme qui a changé à mon avis). Il est instable et angoissé, mais il a ses raisons aussi, plus que l’auteur ne semble jamais s’en rendre compte. Son père n’est pas complètement le personnage rassurant qu’il devrait être.
   
    Il y a encore deux participants, un couple ami qui voyage de concert sur une seconde moto et ne fait pas la totalité du voyage. Ces amis n’ont pas la même vision que le narrateur de la vie et, subséquemment, de sa moto. Lui est un bricoleur qui l’a montée et démontée souvent et passe son temps à la régler, eux ne veulent même pas savoir comment elle marche, du moment qu’elle marche. Le narrateur en déduit deux formes d’appréhension du réel : les "classiques" et les "romantiques" et est persuadé que cette classification s’applique à tout objet de réflexion. Il développe cette thèse…
   
   Chemin faisant, le narrateur se livre à des réflexions philosophiques qu’il appelle "chautauqua". Il y mêle souvenirs et analyses. Rapidement apparait Phèdre. C’est un personnage (imaginaire?) qui les suit et les rattrape. Le lecteur saura bientôt de qui il s’agit. Personnage surdoué au QI impressionnant, le narrateur a vécu une schizophrénie soignée aux électrochocs…
   
   Je ne peux raconter davantage de ce long roman car il faudrait tout dire, les nombreux éléments ayant presque tous une importance égale. Je préfère donc couper là la narration, les lecteurs découvriront par eux-mêmes. Je dirai juste que les chautauquas du motard vont le conduire à raconter toute la vie de Phèdre, ses études brillantes, chaotiques (être surdoué n’est pas la meilleure façon de réussir) et finalement ratées. Sa vie personnelle du même métal, ses ambitions philosophiques, son complexe de supériorité, sa fragilité…
   
   L’auteur semble penser qu’il a trouvé une philosophie nouvelle et originale. Beaucoup de ses lecteurs de l’époque l’ont pensé aussi. Mais ce n’est pas mon impression. J’y ai plutôt vu le récit d’une psychose sérieuse et heureusement à peu près stabilisée. C’est fascinant et un peu agaçant. J’ai tout le temps eu l’impression d’avoir une vision de ce qui était raconté qui n’était pas celle que l’auteur prévoyait que son lecteur ait. Ce n’est pas si courant.
   
   Mais j’ai néanmoins aimé ce roman. L’histoire m’a intéressée et le voyage aussi. Une longue, longue route dans sa tête et sur sa moto.

critique par Sibylline




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