Lecture / Ecriture
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S comme: Body World de Dash Shaw

Dash Shaw
  S comme: Body World

Dash Shaw est un illustrateur et auteur de bande dessinée américain, né le 6 avril 1983 à Hollywood (Californie).
Il écrit aussi des paroles de chansons et joue avec James Blanca dans le groupe Love Eats Brains! et il a également collaboré à plusieurs projets de courts-métrages.
(Wikipedia)

S comme: Body World - Dash Shaw

Créatif et inspiré
Note :

   J’ai rarement lu quelque chose d’aussi déroutant, d’aussi nouveau et finalement d’aussi enthousiasmant que ce délire en images sous forme de livre objet très lourd et peu pratique qui se parcourt verticalement, à l’italienne.
   
   J’ai été subjuguée. Je suis encore sous le choc en écrivant ce billet : en pleine admiration pour cet auteur dessinateur que je devine très jeune sans rien savoir de lui encore mais il faut être très jeune pour se lancer dans une entreprise pareille et réussir un album si personnel, délirant, innovant et des plus artistiques.
   
   Je préfère l’avouer tout de suite, l’histoire en elle-même m’a laissée assez indifférente et ce n’est pas elle qui m’a intéressée et que je retiendrai. Je ne suis d’ailleurs pas sûre d’avoir tout compris : elle m’échappait par instants sans que ça me dérange vraiment.
   
   Quelle en est la trame? De quoi s’agit-il?
   Pour cette fois, je préfère reprendre ce qu’en dit l’éditeur, en quatrième de couverture.
   
   «Nous sommes en l’an 2060 à Boney Borough(USA). Paulie Panther, botaniste écrivain et romantique invétéré, vient enquêter sur une plante étrange qui pousse derrière le lycée. Miss Jewell, la séduisante prof de science le trouve fascinant, tout en s’inquiétant pour la sécurité de ses élèves. Billy Borg, capitaine de l’équipe scolaire de «Déball», a du mal à combiner les cours, les filles et le sport. Pearl Peach, la rebelle, cherche à fuir cet univers étouffant et Paulie est peut-être l’homme qu’il lui faut. La bande dessinée a d’abord paru sur internet, sous forme de feuilleton. Elle est publiée aujourd’hui dans un format vertical original, mélange détonnant et provoquant de science-fiction, de classiques histoires d’adolescents et d’interrogations futuristes.»

   
   D’une petite histoire de collège, le récit décolle très vite, comme contaminé lui aussi par la drogue nouvelle expérimentée par le héros et on s’envole vers le télescopage extraterrestre. Tant qu’à faire, pourquoi pas? Ne sommes-nous pas dans le monde de tous les possibles? La drogue a des vertus télépathiques. Ses usagers ressentent les émotions et les pensées de ceux qui les entourent. Mais ce petit monde protégé au départ succombe à son tour, par l’intermédiaire de la drogue, à l’uniformité redoutable des esprits qui se moulent les uns sur les autres. Tous pareils désormais : un grand corps social malade. Finie toute originalité, toute pensée singulière. Les extra terrestres peuvent venir : le monde est devenu fou.
   
   Le dessin aussi devient fou quand il s’agit de décrire les perturbations des esprits, les hallucinations et autres dérangements de la conscience. C’est une explosion d’inventions, de trouvailles, de créations qui m’ont enchantée.
   
   C’est ainsi que je conçois l’essence même de la BD : le dessin est le plus important. Si je veux une bonne histoire, je préfère le roman, l’écriture pure, sans aucune illustration. Une bonne BD à l’inverse devrait pouvoir se passer le plus possible de texte. Plus le dessin se suffit à lui-même, mieux c’est.
   
   C’est le cas ici. Chaque page a son unité : les cases y sont sagement rangées par 9 le plus souvent mais chaque dessin est méticuleusement travaillé. Chaque trait, chaque détail est significatif. Aucun n’est inutile. Pas de place ici pour le superflu.
   
   De même pour les couleurs qui sont enfin libres, claires, variées et surtout qui participent à l’histoire. Chacune fait signe!
   
   Bref, tout ici m’a semblé créatif, inspiré, dynamique et foisonnant tout en se montrant critique d’une société en panne dans ses addictions et ses délires. L’ensemble est jeune, joyeux, terriblement original. C’est une source, une mine, une explosion d’idées. Vive le dessinateur et la jeune BD de ce style.

critique par Mango




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