Lecture / Ecriture
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Le palais des livres de Roger Grenier

Roger Grenier
  Le palais des livres

Roger Grenier est un écrivain, journaliste et homme de radio français, né en 1919.

Le palais des livres - Roger Grenier

Un palais où l'on ronronne
Note :

    Roger Grenier, 91 ans aux prunes, a passé sa vie dans les livres, il habite rue Sébastien-Bottin depuis des lustres. Il sait donc de quoi il parle mais cela n'empêche pas le sentiment de déception que l'on peut avoir devant ce recueil thématique : un chapitre sur littérature et fait divers, un chapitre sur littérature et vie privée, un chapitre sur l'inachevé et ainsi de suite, certains sont d'ailleurs des articles parus précédemment et remis au goût du jour. Le propos est agrémenté de citations, de considérations personnelles fort intéressantes mais qui ne dépassent pas le niveau d'une promenade lettrée, certes, mais sans véritable énergie. Apprendre qu'on peut "lire la très antique, très vénérable et toujours émouvante Odyssée, comme un poème de l'attente" ne constitue pas vraiment une révélation fracassante. Il me semble qu'un Pierre Dumayet, contemporain de Grenier au parcours similaire, se montrait beaucoup plus captivant dans son "Autobiographie d'un lecteur" qui révélait par exemple sa lecture passionnante de Flaubert. Roger Grenier ne s'éveille de son propos ronronnant que lorsqu'il s'agit de Gérard de Nerval dont la vie le passionne, de Camus dont il soutient les idées ou de Pascal Pia qu'il admire pour sa science et son silence éditorial. Un bel exemple.
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critique par P.Didion




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Une friandise
Note :

   La quatrième de couverture décrit exactement cet essai promenade : "En prenant des chemins quelque peu buissonniers, par exemple en allant voir quelle place les écrivains donnent aux faits divers, aux délices et aux affres de l'attente, à la tentation de l'inachevé, aux rapports entre vie privée et écriture, à la façon d'écrire l'amour, ces essais adoptent tout naturellement la revendication de Baudelaire sur le droit de se contredire. Et ils aboutissent à deux questions : Qu'est-ce qu'écrire ? Écrire est-il une raison de vivre ? L'une et l'autre, on s'en doute, ne peuvent que rester sans réponse."
   

   "Le palais des livres" – je vous l'accorde, le titre est ridicule – s'accorde le droit de la contradiction car l'exhaustivité dont essaie de faire preuve Roger Grenier l'amène tout naturellement à citer des auteurs et des œuvres dont les démarches et avis s'éloignent ou s'opposent, ce qui confère au livre, à ses multiples citations et anecdotes, à cette énumération de belles références, les allures d'essais informels. Le flâneur y picorera quelques citations qui font mouche, l'idéaliste s'interrogera sur ses certitudes à propos de sujets plus ou moins importants, tels que la nouvelle ("Une demi-heure chez le dentiste"), l'œuvre et la vie privée, le suicide ("S'en aller") ou les sources d'inspiration littéraires les plus banales ("Le pays des poètes"). Ayant connu personnellement beaucoup d'auteurs et lu beaucoup – il est presque centenaire – Grenier apparaît certes comme un érudit mais il est facile à lire. L'amateur de littérature accueille ce recueil comme une friandise.
   
   Roger Grenier, bourré d'anecdotes (jugez de sa bibliographie), offre ici neuf textes, pour certains des écrits remaniés déjà publiés dans "La nouvelle revue de psychanalyse" et "La revue des sciences humaines". Mon regret est de ne pas disposer d'un index qui facilite le retour aux auteurs et à leurs nombreuses citations [l'informaticien grince et rappelle que les versions numériques permettent toujours, même sans index, des recherches rapides].
   
    Sur Lecture/Écriture, un avis tiède qui y a vu un propos ronronnant sans surprise. Si c'est un peu vrai, j'ai trouvé ce ronron non dénué d'acuité.
   Autres points de vue : Le bouquineur " le dit passionnant et fait "pour ceux qui aiment entrer dans la cuisine des écrivains" et La cause littéraire conclut "un chapelet de perles, un infini respect".
   
   Deux citations pour terminer, aux extrêmes :
   
    "Je tiens pour plus important d'écrire un livre que de gouverner un empire. Et pour plus difficile aussi." (Robert Musil)
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critique par Christw




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Passionnant
Note :

   Roger Grenier, né en 1919 à Caen dans le Calvados, est un écrivain, journaliste et homme de radio français. Pendant la guerre, Roger Grenier suit les cours de Gaston Bachelard à la Sorbonne avant de participer en 1944 à la libération de Paris. Il est ensuite engagé par Albert Camus dans l'équipe de Combat, puis à France-Soir. Journaliste, il suivra de près les procès de la Libération auxquels il consacrera son premier essai en 1949 sous le titre "Le Rôle d'accusé". Homme de radio, scénariste pour la télévision et le cinéma, membre du comité de lecture des éditions Gallimard depuis novembre 1963, il reçoit le Grand prix de littérature de l'Académie française en 1985 pour l'ensemble de son œuvre qui compte aujourd’hui une trentaine d'ouvrages, romans, essais et nouvelles.
   
   Le présent livre, publié initialement en 2011, est un essai sur la littérature, composé de neuf textes parus précédemment pour certains, dans différentes revues. Neuf angles différents pour nous parler des livres mais surtout de leurs auteurs, pour entrer dans la peau de l’écrivain, ce qui le motive. Roger Grenier s’appuie sur mille et une références littéraires, titres d’ouvrages, citations, écrivains, cet étalage de culture impressionne tout en restant très accessible à tous.
   
   Il sera donc question ici : du rôle des faits divers dans l’inspiration des écrivains, de l’amour ("Donc, à quelques exceptions près, la grande affaire du roman, c’est l’amour."), de ce genre littéraire qu’on appelle "la nouvelle" ("elle prend son essor, dans un pays et à une époque donnés, lorsqu’il existe une presse et des revues capables de faire vivre les auteurs."), des œuvres posthumes, inachevées ou abandonnées, ou encore du besoin d’écrire, des motivations diverses des écrivains dont l’une effraie un peu, "Mais on écrit le plus souvent parce que l’on est trop seul"
   
   Deux textes m’ont particulièrement frappé, "S’en aller", qui aborde le problème du suicide et du droit de se contredire, toujours avec citations ou écrivains en références ; et "Vie privée", où Grenier s’interroge, "Est-ce que connaitre la vie privée d’un auteur est important pour comprendre son œuvre ?" tout en abordant aussi la technique d’écriture avec l’emploi du "Je", ou bien le rôle de la mémoire…
   
   Tout cela m’a passionné et si (seule petite critique) le premier texte m’a paru légèrement complexe à lire, ne vous laissez pas impressionner, cet essai extrêmement intéressant – pour ceux qui aiment entrer dans la cuisine des écrivains – tout autant que cultivé, est d’un abord très aisé. Le genre de petit bouquin indispensable pour tous les amoureux des livres, des lectures et fatalement des écrivains. Un livre dans lequel on souligne beaucoup de passages pour mieux y revenir plus tard, comme ce "… le paradoxe fondamental du roman demeure. Il est une fiction, un récit mensonger qui nous permet de rechercher et de découvrir la vérité des hommes et du monde."
   
   "La durée de la vie humaine, qui ne cesse d’augmenter, est plus longue que celle de l’amour. Plus longue que celle de l’amitié, des goûts littéraires, musicaux, artistiques. J’ai éprouvé de grandes passions pour des auteurs qui aujourd’hui ne m’intéressent guère. Ou bien mes préoccupations ont changé et ne sont plus celles qu’ils exprimaient. Ou bien j’ai fait le tour de ces écrivains et je n’ai plus de plaisir à les fréquenter. Ou bien trop de gens se sont mis à les aimer et cela a gâté l’amitié un peu exclusive que j’avais pour eux (ce qui n’est pas un beau sentiment). Ou bien encore ma frivolité m’a ôté le courage de retourner les lire, et je ne les vénère plus que de loin. Sans parler des dieux de notre enfance. L’âge mûr nous fait découvrir que nous avions adoré des idoles creuses."

critique par Le Bouquineur




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