Lecture / Ecriture
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Black music de Arthur Dapieve

Arthur Dapieve
  Black music

Black music - Arthur Dapieve

La musique n'adoucit pas forcément les mœurs* !
Note :

   Une introduction signée Tony Bellotto guitariste, musicien et auteur nous donne quelques clés pour mieux appréhender et comprendre ce livre. On apprend au fil des pages certaines expressions qui sous des dehors très classiques pour nous européens ont un sens d'une rare violence là-bas! Avec cet exemple :
   -Mais si tu joues au con tu es bon pour le micro-ondes.
   
   Une bande de redoutables terroristes (enfin on le suppose) kidnappe, le visage dissimulé sous des masque de Ben Laden, dans un embouteillage monstre et dans la quasi indifférence générale un jeune américain Malcom (Maïcom en version locale).
   Le père de celui-ci ayant une très bonne situation, cadre supérieur dans une compagnie pétrolière américaine (cela ajoute un côté anti-gringo qui devrait leur apporter une certaine sympathie populaire)! Mais Malcom est noir! De ce fait pas très éloigné d'eux qui sont pour la plupart aussi de descendance africaine. Ce qui n’arrange pas la situation surtout que c'est uniquement le côté financier qui intéresse le gang des Buffalo, dont le chef Musclor lui est blanc, en pleine guerre ouverte avec les Mato Fechado! La transaction n'est pas des plus faciles... le père tergiverse, les esprits s'échauffent, et notre jeune américain du haut de ses treize ans regarde avec une certaine concupiscence Jo, la laideur de son visage est amplement compensée par une paire de fesses à damner tous les saints du calendrier brésilien! C'est dire!
   
   Le second chapitre est très original car c'est une chanson d'un rap érotique et sordide, racontant l'histoire de l'unique point de vue de Musclor avec un intermède sexuel et très misogyne bien dans la tradition des chanson raps (enfin ce que l'on en dit... je n'y connais rien). Au milieu de cette longue chanson le refrain change, de purement musical il devient vraiment fataliste parlant du peu d'espérance de vie des jeunes du quartier.
   Et à partir de ce moment là ce livre qui était raisonnable devient très explicite et porté sur la chose! Ce n'est plus la samba, cela devient beaucoup plus torride que cela!
   
   Jo est la narratrice de la troisième partie et raconte à un interlocuteur anonyme sa vie. Un récit où elle évoque non sans un certain détachement son statut de troisième "légitime" de Musclor! Elle avoue avoir parfois envie d'un autre garçon, alors elle se contente comme elle peut! Son seul viatique n'est pas son intelligence mais une paire de fesses... Elle se compare à sa sœur, qui après un début difficile a "réussi" dans la vie, fille mère à treize ans elle travaille dans un institut de beauté... aucun diplôme n'est exigé... mignonne et pas trop regardante sur la morale sont ses meilleurs atouts! Quant à Jo, la présence de ce géant noir fait plus que l'émoustiller... la musique se fait plus sensuelle...
   
   Une brochette de personnages pour le moins hétéroclites et pas très malins! Michael est bien jeune et pas réellement pressé de mourir, il ne comprend pas ce qui lui arrive mais découvre la peur! Et aussi que le vie en général tient à pas grand chose dans certains quartiers de Rio. Les membres du gang par exemple répondent aux doux surnoms de : Astre Blême, Trapu et Costaud, Crève la Faim, Musclor naïf mais cruel, Jo laide et soumise, mais encore un peu fleur bleue...
   
   Une narration originale pour une histoire qui oscille entre gravité et loufoquerie, la vie dans les favelas à travers l'histoire de Pieds Nickelés locaux, les garçons stupides et Jo pathétique! La playlist habituelle pour terminer en musique bien sûr avec beaucoup de jazz!
   
   Une postface à l'édition française tire un état des lieux qui est tout sauf réjouissant! C'est violent et très osé... la preuve hélas que l'on peut faire l'amour et la guerre!
   Terminons par cette blague de mauvais goût à la philosophie réaliste) dixit l'auteur :
   - Le Brésil est le seul pays au monde où les trafiquants sniffent et où les putes prennent leurs pieds!
   
   
   Extraits :
   
   - Ils portent tous des masques de Ben Laden. Le terroriste à la voix rauque et au blouson vert me braque avec son Uzi.
   
   -Jamais George W. Bush ne va accepter ça, D'autant qu'il s'agit d'un Américain noir dont le père vote démocrate. Je suis mal barré.
   
   - Je suis fier de ma taille. Un mètre quatre-vingt douze. Une fois ma croissance terminée, d'ici six ou sept ans, je dépasserai allègrement les deux mètres.
   
   - Parfois, maman disait qu'une personne pouvait être laide comme la misère. En observant le visage de Jo je comprends mieux la signification de cette expression en portugais.
   
   - Le corps de Jo s'améliore à partir du cou. Sa poitrine ferme est faite de deux petits ballons frémissant sous le chemisier noir.
   
   - Le fessier, monstrueux, jaillit des hanches larges comme un immeuble érigé illégalement derrière une palissade.
   
   - Je ne suis pas Emimen, je ne suis pas Beastie Boy,
   je ne suis pas une vedette, appelle-moi Musclor.
   
   - Moi j'aime que les garçons. J'aime beaucoup les garçons. Je dois me contrôler, parce que je suis la femme de Musclor.
   
   - Mais je ne me plains pas. Limite je me touche en cachette en pensant à un autre. Donner ma chatte en vrai à un autre serai pareil que balancer aux flics comme les X-9.
   
   - Un homme pour de vrai, c'est un mec qui fait pas que te baiser. C'est aussi un mec qui paie l'addition.
   
   - Déjà seize ans et pas encore enceinte!? Cela sert à quoi une meuf si elle donne pas de gosses à son mec?
   
   - Le plancher rouge, lui aussi. Couvert de rouge. On se croirait en enfer. Sainte-croix.
   

   
   Titre original : Black Music (2008).
   
   * Le sexe non plus d’ailleurs!

critique par Eireann Yvon




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