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Acharnement de Mathieu Larnaudie

Mathieu Larnaudie
  Acharnement

Mathieu Larnaudie est un écrivain français né en 1977.

Acharnement - Mathieu Larnaudie

Dissection du discours politique
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   "dans le plaisir, également, quelque peu fébrile et grisant de manier des paroles qui détiendraient la puissance de se transformer en faits, de nommer (car tel est l'apanage de la langue du pouvoir) des actes et des décisions qui auraient une incidence directe et concrète dans le réel."
   
   Longtemps speech writer d'un ministre, Müller vit désormais retiré à la campagne. Là, entre feuilletons télé et verres de Chartreuse, il tente de composer Le discours parfait. Sa solitude est à peine troublée par la présence quasi mutique de son jardinier, Marceau, seul lien qui le relie au village voisin. Pourtant, la tranquillité des lieux sera brisée par des suicidaires qui viennent se jeter du viaduc surplombant le jardin de Müller.
   
   Commencé de manière quelque peu austère, "Acharnement" prend rapidement son rythme de croisière et brosse par petites touches d'abord, par grands pans ensuite, le portrait d'un homme, praticien de la langue et observateur lucide des mœurs politiques actuelles. Ceci nous vaut quelques portraits au vitriol de politicards tocards, quelques scènes croquées sur le vif mettant à jour la fatuité et l'histrionnisme de certains, morceaux de bravoure forcément réjouissants. Pour autant, même si l'on peut facilement mettre des noms sur certains personnages, tel n'est pas l'essentiel.
   
   En effet, c'est surtout à l'usage dévoyé de la langue que s'attache l'auteur, fustigeant ces hommes politiques qui méprisent leur auditoire, auquel "il n'est même pas besoin de s'adresser en disant ce que l'on pense, mais simplement, ce que l'on croit qu'elle (cette masse) veut entendre, c'est à dire une adjonction de stéréotypes et de slogans, de tournures immuables , de grandes considérations morales creuses et d'émotions primaires". Aux speech writers d'alimenter en allocutions et réponses toutes prêtes, en bouillie de mots, ces hommes qui, dans la colère peuvent parfois se lâcher dans "une longue diatribe informe, décousue, mue par une rage sanguine et syncopée, traduisant (...) la bousculade des idées et des sentiments dans [leur] esprit" avant de retrouver leur self contrôle.
   
   Le style est ample, le vocabulaire soutenu et le décalage, entre l'univers de Müller et celui du monde politique qu'il a quitté, radical. Un roman acéré et vif, un regard nécessaire sur le monde politique actuel.
   
   Un de mes coups de cœur de cette rentrée!
   
   199 pages corrosives.
    ↓

critique par Cathulu




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Atypique
Note :

   Müller a pendant longtemps écrit les discours d’un célèbre politicien, dont il était en quelque sorte la plume. Lorsque celui-ci a été battu, il s’est retiré à la campagne avec son jardinier, où il tente d’écrire le discours parfait, tout en passant une bonne partie de ses journées à regarder des séries policières à la télévision.
   Sa vie serait on ne peut plus monotone si elle n’était interrompue par des suicides en bas de chez lui. En effet, ayant acquis une maison entourée d’un grand jardin, "à distance suffisante de toute sollicitation ou toute nuisance", il se trouve qu’un certain nombre de quidams ne trouvent pas mieux que de venir se donner la mort, du haut du viaduc qui surplombe sa propriété. Ces corps tombent de façon absurde et d’ailleurs on ne sait rien d’eux. Seule une famille vient demander un jour à se recueillir sur l’emplacement fatal.
   
   Un roman atypique dont je ne sais que dire si ce n’est qu’il m’a tenue en haleine tout au long de ses 205 pages. Il est intéressant de suivre cet homme qui a travaillé dans l’ombre d’un politicien, et de revenir avec lui au cours de sa retraite solitaire, sur ses moments de vie professionnelle. La fabrication de discours politiques est en effet un thème rarement traité dans la fiction. Il fait de ce roman un livre politique, qui revient sur les vicissitudes qu’a connues cet homme dans le cadre de sa fonction.
   
   Il est tout aussi étrange de voir l’auteur y associer ces chutes mortelles, sans que cela semble perturber le personnage principal du roman, comme s’il était en dehors de ces drames humains. Malgré ce côté un peu insolite, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, en raison notamment de l’analyse pertinente qu’il fait de ce qui se passe à l’ombre de ceux qui nous gouvernent. Le monde politique est en effet analysé de l’intérieur, par le biais de cet homme qui en écrit les discours.
   
   Un roman déconcertant mais prenant, avec d’indéniables qualités littéraires dans ce contraste entre le silence et le bruit du pouvoir, le choc des corps et le silence de la mort.

critique par Éléonore W.




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