Lecture / Ecriture
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Dans le jardin de la bête de Erik Larson

Erik Larson
  Dans le jardin de la bête
  Le diable dans la ville blanche
  Lusitania 1915 La dernière traversée

Erik Larson est un auteur américain de romans historiques et de romans policiers, souvent best-seller, né en 1954 .

Dans le jardin de la bête - Erik Larson

Histoire vraie
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Titre original : In the garden of beasts
   
   En 1933, le poste d'ambassadeur américain à Berlin est à pourvoir, mais le président Roosevelt se voit opposer plusieurs refus, jusqu'à ce que William Dodd accepte. "C'était un chercheur et un démocrate de l'école de Jefferson, un homme rural qui aimait l'histoire et la vieille Allemagne où il avait étudié dans sa jeunesse." "Diplomate par accident et non par tempérament", il essaiera de garder un train de vie simple, ce qui ne plaira pas à tous. Il s'installe à Berlin en juillet 1933, avec sa femme, son fils, et sa fille Martha. La vie sentimentale de cette dernière est bouillonnante, allant de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, à Boris Winogradov, espion russe de l'ambassade d'Union soviétique. Dîners protocolaires, rencontres au Tiergarten pour plus de discrétion, sorties à la campagne, amitiés, coups en douce, échanges diplomatiques avec les dirigeants nazis, le quotidien de Dodd est bien occupé, au point qu'il doute de terminer son livre sur Le vieux Sud.
   
   Au début de leur séjour, Martha et son père ont des opinions plutôt positives sur Hitler et son entourage, espérant que les agressions contre les juifs en particulier vont se calmer, et même que les allemands se débarrasseront bientôt de leur chancelier. Mais ils devront déchanter, Dodd supportant de plus en plus mal l'ambiance oppressante du pays.
   
   Vous l'aurez compris, ceci n'est pas un roman! Larson s'appuie sur des documents nombreux, en particulier les journaux de Dodd et Martha, des lettres et documents officiels, etc. Il a le talent de mettre tout cela en forme pour en donner un récit passionnant. De toute façon, les faits se suffisent à eux-mêmes, pas la peine d'en ajouter dans l'angoissant et le sensationnel! J'ai apprécié cette efficace sobriété, et ressenti le malaise qui régnait à cette époque en Allemagne, la peur de bien des habitants, la folie des dirigeants, l'aveuglement de la majorité des étrangers, en Allemagne comme aux Etats-Unis.
   
   Plus tard, sa lucidité sera reconnue : "Je me dis souvent que très peu d'hommes ont su saisir, comme lui, ce qui se produisait en Allemagne, et certainement très peu d'hommes ont su saisir mieux que lui les répercussions pour le reste de l'Europe, pour nous et pour le monde entier, des événements dans le pays."
   

   L'épilogue raconte aussi de ce que sont devenus la plupart des personnages. Larson parle ensuite de ses sources et son temps d'écriture, avouant que "Vivre parmi les nazis jour après jour s'est révélé une expérience exceptionnellement éprouvante."
   
   Ne pas omettre les notes, avec souvent de belles anecdotes. La bibliographie est conséquente aussi.
   
   Un pavé passionnant qui se lit tout seul, un témoignage sur les premières années du nazisme au pouvoir, vues de l'ambassade américaine.
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critique par Keisha




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Des témoins de premier ordre
Note :

   Voici un livre d’histoire qui se lit comme un thriller grâce à l’immense talent de son auteur. Il faut dire qu’Erik Larson avait déjà frappé fort avec son précédent livre paru en France sous le titre "Le diable dans la ville blanche" et dont les droits avaient été achetés par Leonardo di Caprio pour un film dont la sortie est prévue pour 2014.
   
   "Dans la jardin de la bête" est son sixième livre, mais seulement le deuxième à paraître ici. Il a fait l’objet d’enchères record pour les droits d’adaptation au cinéma remportés par l’acteur américain Tom Hanks.
   
   La démarche d’Erik Larson est celle d’un historien méticuleux et consciencieux, celle d’un homme qui passe un long moment à éplucher les ouvrages de référence et à rechercher des documents jusqu’ici inconnus ou inexploités, dormant le plus souvent dans les fonds des plus grandes bibliothèques du monde. Pour son dernier opus, il a puisé une grande partie de sa matière première dans les carnets de l’ambassadeur Dodd publiés sous le titre de "Ambassador Dodd ‘s Diary" par ses enfants Martha et Bill ainsi que les mémoires de Martha publiées sous le titre de "Through Embassy Eyes" complétées de divers documents personnels, dont des lettres d’amour superbes, de cette dernière qu’elle a léguées à sa mort.
   
   Des témoins de premier ordre puisqu’il s’agit de rendre compte de la période allant de Juillet 1933 à Décembre 1937 durant laquelle William E. Dodd fut chargé par le Président Roosevelt d’être l’Ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Allemagne. Pourtant rien ne prédestinait Dodd à occuper cette charge. C’est parce que tous ceux auxquels elle fut proposée refusèrent que cet historien qui ne rêvait que d’une chose, terminer sa grande histoire du Sud des Etats-Unis dont il était originaire, finit par accepter avec comme instruction de Roosevelt de rester dans une stricte neutralité vis-à-vis de la question juive qui commençait à devenir pressante dans une Allemagne en voie rapide de nazification, et de convaincre l’Allemagne de respecter ses engagements de remboursement de la dette de guerre contractée auprès des Etats-Unis.
   
   Pendant plus de quatre années, Larson nous donne à voir la vie presque quotidienne de la famille Dodd. Une vie à la fois ordinaire et extraordinaire. Ordinaire parce que Dodd l’était dans une grande mesure. Homme de petite extraction, il était obnubilé par le souci de dépenser le moins possible ce qui lui valut des inimitiés de plus en plus manifestes de tout le corps diplomatique américain habitué à vivre sur un grand pied. Extraordinaire car, lui qui avait connu l’Allemagne civilisée du début du siècle, découvrait une Allemagne envoûtée, de plus en plus brutale et préparant de façon absolument manifeste, malgré les proclamations contraires de son leader Adolf Hitler, une guerre destinée à lui redonner son espace vital et à faire triompher des idéaux racistes.
   
   Extraordinaire aussi parce que Martha fut un véritable personnage romanesque. Elle collectionna les aventures amoureuses et puisa ses nombreux amants dans l’intelligentsia américaine, française mais aussi parmi les notables fascistes tels que Rudolf Dies, le chef de la Gestapo, ou le chef de la propagande nazie. Elle fut également la maîtresse enflammée de Boris Winogradov, un secrétaire de l’ambassade soviétique mais aussi un espion russe à Berlin. D’abord enthousiaste et convaincue par la révolution nationale-socialiste allemande, elle finit par s’en détourner à force d’assister à des scènes de plus en plus brutales pour devenir ensuite une espionne à la solde du régime communiste.
   
   C’est un monde en pleine ébullition et se préparant à sa perte que nous donne à voir et à réfléchir, avec brio et intelligence, Larson. Un monde bloqué par l’Amérique soucieuse d’une seule chose, être remboursée, fermant les yeux trop longtemps sur les outrances inacceptables d’une Allemagne qui bascule dans la terreur ; une Amérique aussi préoccupée d’isolationnisme et voulant éviter d’entrer dans un conflit que son Ambassadeur comme son Consul ne manquaient de dépeindre comme pourtant inévitable.
   
   Un monde mité par un anti-sémitisme plus ou moins latent qui permit de fermer les yeux sur une répression pourtant de plus en plus systématique de tous les Juifs allemands jusqu’aux déclarations explicites de Göring proclamant la volonté du régime d’éradiquer la planète de tout ce qu’elle comptait d’impurs.
   
   Un monde incapable d’unir ses forces pendant qu’il était encore temps de bloquer l’irrésistible ascension d’un fou malade et de sa clique alors que tous les caciques s’entredéchiraient allègrement pour s’arroger le plus de pouvoir personnel. Une incapacité frappée d’égoïsme, celui de protéger de fallacieux intérêts court-termistes aux dépens de la protection d’un monde libre.
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critique par Cetalir




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Berlin 1933
Note :

   Depuis très longtemps je lis autour de la Seconde Guerre mondiale, que ce soit des biographies, des romans ou des essais historiques. Dans ses "voyages dans le Reich", Oliver Lubrich avait évoqué le témoignage d’une fille d’ambassadeur qui avait attisé ma curiosité. Le livre d’Erik Larson a été la façon parfaite d’en savoir un peu plus sur les débuts du nazisme et surtout sur le regard porté sur le phénomène par les américains.
   
   1933 William Dodd est nommé ambassadeur à Berlin, il y restera jusqu’en 1937. Il n’est pas du tout issu de la classe politique dirigeante, c’est un universitaire tranquille, historien de formation, sa parfaite connaissance de la langue allemande à joué en sa faveur mais disons le il devient diplomate par hasard et au pire moment.
   
   Il part à Berlin avec sa femme, son fils et sa fille Martha, une belle jeune femme de 28 ans.
   
   Le livre d’Erik Larson va nous restituer l’ambiance qui règne alors dans l’entourage de Roosevelt où l’antisémitisme n’est pas absent. Il va nous brosser un tableau qui s’assombrit au fil du temps des relations entre le personnel de l’ambassade américaine et les dignitaires nazis.
   
   L’évolution va être lente pour William Dodd, tout d’abord sceptique quant aux exactions allemandes il reste d’une neutralité et même d’une grande bienveillance envers les nazis.
   
   Il a beaucoup de mal à croire aux rapports qui s’accumulent sur sa table de travail.
   
   Martha, elle, est totalement séduite par ce nouveau régime, elle s’affiche en compagnie de Rudolph Diels alors chef de la Gestapo.
   
   Ce gros livre se lit comme un roman policier, on a peine à croire à l’aveuglement dont on sait pourtant aujourd’hui toute la réalité.
   
   Au crédit de William Dodd mettons que ses yeux se décillent après la Nuit des longs couteaux, ses messages à la Maison Blanche sont de plus en plus pressants et de moins en moins complaisants. Il alerte sur les intentions d’Hitler de sans doute se débarrasser de tous les juifs.
   
   Roosevelt et le gouvernement américain font la sourde oreille et acceptent sous la pression des allemands de rappeler l'ambassadeur.
   
   Erik Larson a réussi un excellent livre basé sur un important travail de recherche. Les notes envoyées par l’ambassadeur, le journal tenu par Martha ont été largement utilisés. Il parvient à nous faire pénétrer au plus près de ceux qui auraient pu encore à ce moment là éviter le pire à l'Europe.
   
   Le contraste est saisissant entre William Dodd, homme de principes, droit, qui peu à peu perd ses illusions, et sa fille qui papillonne d’amant en amant jusqu’à tomber dans les bras d’un espion soviétique.
   
   L’atmosphère du Berlin de cette époque est parfaitement restitué, de l’insécurité régnant dans les rues, de la peur qui monte même parmi l’élite, à la vie trépidante et joyeuse des nazis en place.
   
   C’est un livre passionnant et utile que je vais ranger aux côtés de celui d’Oliver Lubrich et d’Erika Mann.
   
   Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque !
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critique par Dominique




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N’est pas Philip Kerr qui veut
Note :

   Erik Larson aimerait être pris pour un historien. Après un livre sur un tueur en série de Chicago situé en 1893, il raconte ici l'histoire de William E. Dodds qui fut ambassadeur des Etats-Unis à Berlin de 1933 à 1937. Une évocation de la montée en puissance d'Hitler et de ses sbires soigneusement documentée : les sources, multiples, sont précisément citées et recoupées et Larson s'enorgueillit du fait que "tout passage entre guillemets est extrait d'une lettre, d'un journal intime, de mémoires ou d'un autre document historique". Et le fait est qu'il parvient à bien faire sentir les difficultés d'un homme qui n'est pas du sérail diplomatique et qui assiste, impuissant, à l'émergence d'un péril qui va prendre les dimensions que l'on sait.
   
   Coincé par les directives de son gouvernement qui ne souhaite pas s'opposer frontalement à une Allemagne qui est encore sa débitrice, il est plus témoin qu'acteur, à la différence de sa fille, autre personnage principal du livre, qui commence à fricoter avec les Nazis avant de devenir une espionne au service des Russes. Mais on comprend les libraires qui placent ce livre non pas dans la section histoire mais au milieu des autres polars du moment. L'éditeur a mis au point une jaquette illustrée dans le genre des couvertures que réalise Le Masque pour les livres de Philip Kerr, Philip Kerr qui sert d'ailleurs de caution en disant tout le bien qu'il pense du bouquin sur le revers de la jaquette.
   
   La quatrième de couverture parle d'un "superbe thriller politique et d'espionnage", ce que le livre n'est pas : c'est un collage scolaire d'événements et de citations au long duquel de molles anticipations du genre "mais vous n'avez pas encore tout vu" sont censées garder le lecteur en haleine. On se trouve donc face à un produit hybride, un peu l'équivalent de ce que les télévisions présentent sous le terme "docufiction" et qui ne satisfait ni les amateurs de documentaires, ni les amateurs de fiction. Et puis imagine-t-on un historien digne de ce nom clore son interminable liste de remerciements par un adieu "à Molly notre adorable et gentille chienne, qui a succombé à un cancer du foie à l'âge de dix ans" ?

critique par P.Didion




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