Lecture / Ecriture
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Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde

François Garde
  Ce qu’il advint du sauvage blanc
  Pour trois couronnes

François Garde est un écrivain et haut-fonctionnaire français, né en 1959.

Ce qu’il advint du sauvage blanc - François Garde

Presque « L'enfant sauvage »
Note :

   Premier roman de son auteur, "Ce qu’il advint du sauvage blanc" raconte une histoire vraie, celle de Narcisse Pelletier, au XIXe siècle.
   
   Originaire de Saint-Gilles-sur-Vie, le jeune homme doit s’embarquer pour assurer son avenir. Lors d’un voyage, la Goélette Saint-Paul, partie du Cap, doit absolument trouver un mouillage pour se ravitailler en eau. A bord des malades et un blessé. Longeant les côtes de l’Australie, le capitaine remarque, au milieu d’îles sablonneuses, une baie accueillante bordée d’arbres. Il envoie quelques hommes dont Narcisse explorer l’île pensant y trouver de l’eau. Mais Narcisse s’éloigne de la plage, il s’aventure à l’intérieur des terres. Ses compagnons ne l’ont pas attendu devant la menace d’un orage, ils ont regagné le navire qui s’éloigne Narcisse pense qu’ils reviendront le chercher une fois le mauvais temps écarté. Quatre jours sans boire ni manger, Narcisse anéanti a compris qu’il a été abandonné. Inconscient, affamé, il ne doit sa survie qu’à la main secourable d’une vieille indigène. Dix-sept ans plus tard un navire anglais le récupère par hasard, nu, tatoué, ayant tout oublié de sa langue et de ses origines. Confié aux bons soins d’Octave de Vallombrun, humaniste, esprit ouvert et curieux, il restera une énigme.
   
    Deux récits parallèles, celui du "sauvage blanc", sa vie au sein du groupe qui l’a recueilli, et celui d’Octave qui relate les progrès, les espoirs et les déconvenues face à cet homme de nulle part, deux récits qui questionnent et bousculent les idées reçues sur l’attraction et les bienfaits de la civilisation européenne dans un 19e siècle convaincu de la supériorité de l’homme blanc.
   
   
   Prix Goncourt du premier roman 2012
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critique par Michelle




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Ce qu'il advint du lecteur
Note :

    Goncourt du premier roman que j'ignorais "Ce qu'il advint du sauvage blanc" m'a été judicieusement conseillé. Et j'en suis ravi car voilà un vrai plaisir de lecture qui se dévore avec enthousiasme, intelligent et gentiment érudit, historique et exotique sans les colifichets souvent inhérents aux romans sur le passé. On pense à Robinson à la vue de ce matelot abandonné sur une côte australienne peu amène. Mais on est assez loin du classique de Daniel Defoe. Ce dernier était seul, longtemps, ce qui n'est jamais le cas de Narcisse Pelletier en cette moitié de XIXème Siècle. Très vite il se retrouve entouré d'autochtones, assez frustes, et surtout quasi indifférents. Il vivra cette situation originale dix-sept ans. Vraisemblablement à peu près adopté par la tribu à force, mais nous n'en saurons guère plus. Grand étonnement: dans ce genre de récits on s'attend à voir le naufragé soit massacré, soit emprisonné, soit honoré, soit déifié. Ici rien de tout cela et François Garde ne nous livre que les premières semaines, assez rudes cependant.
   
    Un montage fait alterner les ennuis insulaires de Narcisse avec sa réinsertion prise en main par Octave de Vallombrun, un voyageur éclairé, qui le ramène en Europe et essaie avec beaucoup de bonne volonté, d'abord de reconstituer son état-civil, puis de doucement le réintégrer au siècle. Objet de curiosité -on pense toutes proportions gardées, à Elephant Man- puis de condescendance, et d'exploitation, notre ami Narcisse retrouve un travail en bord de mer, ce qui à tout prendre est l'univers qu'il connait le mieux. Vallombrun, lui, se heurte à la communauté scientifique pas plus accueillante que les sauvages d'Océanie.
   
    C'est l'occasion pour François Garde de réfléchir et faire réfléchir sur l'adaptation de l'Européen chez les primitifs, et sur ses capacités à faire la route à l'envers. S'inspirant d'une histoire, ou de plusieurs, semblables, l'écrivain nous dépayse dans le temps et l'espace, des antipodes aux côtes charentaises. Parmi les paradoxes de ce roman, c'est finalement l'Impératrice Eugénie qui, en son palais de Compiègne, saura le mieux toucher cet étrange voyageur sans bagages. L'on se prend d'affection pour les deux héros, qui apprennent à se comprendre, mais plus encore à se respecter, à défaut de se comprendre vraiment.
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critique par Eeguab




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Académique !
Note :

   Le "sauvage blanc" dont il est question ici, c’est Narcisse Pelletier, marin vendéen qui, en 1843, est abandonné à l’âge de 18 ans sur une plage australienne par un capitaine peu scrupuleux. Il vivra dix-huit ans dans une tribu d’aborigènes avant d’être retrouvé et embarqué de force par un navire anglais. Remis aux Français à Sidney, il reverra la France en 1861.
   L’histoire de cet homme est, paraît-il, véridique, et François Garde s’en est emparée pour en faire le point de départ de son roman. Il invente un deuxième personnage, le Vicomte Octave de Vallombrun, explorateur dans l’âme, animé par l’ambition d’inscrire son nom dans l’histoire en faisant une découverte majeure. C’est à lui que Narcisse est confié.
   Régulièrement, Vallombrun informera par courrier le président de la Société de Géographie française de l’évolution de Narcisse. Ces lettres alternent avec des chapitres qui nous racontent l’arrivée de Narcisse en Australie et sa vie jusqu’à son intégration dans la tribu.
   
   Il n’y a rien de vraiment sensationnel dans ce livre construit de manière très classique. Et à l’instar de Vallombrun qui espère en vain tirer de Narcisse des renseignements précieux sur la vie des "sauvages", je suis restée sur ma faim. Narcisse se protège, refusant de se livrer. Si l’on s’intéresse à la culture et aux secrets des aborigènes, il vaut mieux lire "Le chant des pistes" de Bruce Chatwin (que j’ai beaucoup aimé par ailleurs).
   
   François Garde met plus l’accent sur la "réception" de ce "sauvage" dans la France du milieu du 19è siècle où, tout comme en Angleterre, l’ethnologie est à la mode grâce à la découverte de terres et de civilisations inconnues. Darwin publie "De l’origine des espèces" en 1859. Rappelons aussi que les mystérieux "enfants sauvages" Victor d’Aveyron et Kaspar Hauser avaient fait leur apparition seulement quelques décennies auparavant. Narcisse fait partie de ces bêtes curieuses du siècle qui font sensation et alimentent la curiosité (d’autant plus qu’il porte les tatouages extraordinaires des aborigènes). Il est même présenté à l’impératrice Eugénie.
   
   Ce qui affleure entre les lignes, c’est la critique de l’arrogance de l’homme "civilisé" qui est convaincu de la supériorité de sa civilisation Ainsi, Vallombrun décide, lorsqu’il apprend que Narcisse a deux enfants là-bas en Australie, d’aller les enlever à leur mère pour les conduire à leur père (projet qui échoue heureusement). A aucun moment l’idée que les enfants pourraient en souffrir ne l’effleure. Non, il croit bien faire. Il est sûr d’agir pour leur bien. (Et soyons honnêtes, ce complexe de supériorité ne nous a toujours pas complètement quittés de nos jours!)
   
   Je retiens de ce roman les pages consacrées aux joutes au sein de la Société de Géographie, lieu de présentation des découvertes, où, au nom de la Science, les explorateurs se confrontent et surtout s’affrontent, chacun ayant l’ambition d’être le meilleur, celui qui apportera la plus importante contribution. Notre pauvre Vallombrun n’étant pas parvenu à faire progresser la Science grâce à Narcisse, s’y fait laminer. Profondément blessé, il conçoit le projet de fonder une science nouvelle : l’ "adamologie". Entendez par là une science globale qui ferait fusionner en son sein toutes les sciences "ayant l’homme pour objet d’étude" mais restant isolées jusque là dans son coin : sociologie, ethnologie, psychologie, anthropologie. Elles viendraient compléter les savoirs tels que "la géographie, la morale, la pédagogie, la grammaire, la politique, voire la médecine  (…) Des savoirs qui dialoguent et s’enrichissent mutuellement." Bien sûr, Vallombrun ne mènera pas à terme son projet visionnaire, et le travail commencé finira dans un tiroir.
   
   Une fin assez désillusionnante.
    ↓

critique par Alianna




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Narcisse et Octave
Note :

    Parfaite quatrième de couverture, alors allons-y :
   « "Au milieu du 19ème siècle, Narcisse Pelletier, un jeune matelot français, est abandonné sur une plage d'Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard : il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher à la manière de la tribu qui l'a recueilli. Il a perdu l'usage de la langue française et oublié son nom.
    Que s'est-il passé pendant ces dix-sept années? C'est l'énigme à laquelle se heurte Octave de Vallombrun, l'homme providentiel qui recueille à Sydney celui qu'on surnomme désormais le "sauvage blanc". »

   
    J'ignore ce qui m'a le plus fascinée dans ce roman englouti en moins de deux jours, sans doute grâce à l'histoire hors du commun et à l'écriture fluide et belle. La relation de l'aventure de Narcisse, de son abandon sur la côte et ses premiers temps chez les Aborigènes. Ou, en alternance, les lettres d'Octave, relatant ses tentatives pour comprendre Narcisse et découvrir son passé. Ce choix de narration à dix-sept ans d'intervalle dope l'intérêt du lecteur, c'est évident.
   
    Narcisse et Octave sont au départ des hommes du 19ème siècle et leur vision des "sauvages" est empreinte des préjugés et incompréhensions de l'époque (et d'autres ultérieures!), l'homme blanc étant bien sûr supérieur, et sa civilisation le but ultime à imiter et atteindre. Cela se ressent bien dans les réflexions et craintes de Narcisse au contact de la tribu qui le recueille, mais aussi au travers des lettres d'Octave, en dépit de la sympathie manifeste qu'il éprouve pour le "nouveau" Narcisse, calme et pacifique.
   
    Le lecteur n'aura pas toutes les réponses aux questions légitimes sur la vie de Narcisse dans la tribu, son mutisme ou son indifférence actuels.
    ↓

critique par Keisha




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Le sauvage de qui?
Note :

   "Ce qu'il advint du sauvage blanc" de François Garde est le genre de livre que l'on ne laisse plus une fois commencé tant on est accroché au récit.
   
    Nous sommes en 1843 lorsqu'un jeune marin français, Narcisse Pelletier, parti un peu trop loin à la recherche d'eau sur une plage d'Australie où son navire a accosté, est laissé seul sur le rivage. D'abord persuadé que le capitaine va faire demi tour pour venir le rechercher, Narcisse commence à désespérer et a bientôt des difficultés pour survivre. C'est une vieille femme qui le découvre, l'adopte et l'introduit dans la tribu où il va avoir bien du mal à s'intégrer. Dix-sept plus tard, un navire anglais le retrouve mais Narcisse a oublié sa langue, ne peut se réhabituer à la vie qui était la sienne jadis. Un scientifique Octave de Vallombrun le recueille pour étudier les effets d'une autre civilisation sur celui que l'on appelle "le sauvage blanc".
   
   
   Un récit d'aventure
   

   Le livre se lit au premier degré comme un récit d'aventure : vous partagez les sentiments du jeune matelot, ses espoirs et ses craintes. Vous vivez avec lui sa recherche de l'eau, de la nourriture, ses essais infructueux pour s'en procurer car Narcisse Pelletier n'est pas un Robinson Crusoé et mourrait certainement de faim et de solitude s'il n'était recueilli dans la tribu.
   
   
   Un récit philosophique
   

    Mais par l'intermédiaire de ce personnage qui a été inspiré à l'auteur par une histoire vraie, le roman vous invite à vous interroger sur sur le sens du mot "sauvage". Lorsque Narcisse commence à vivre dans cette tribu, tout choque sa morale et ses habitudes, la nourriture, la nudité des corps, la liberté des mœurs, les coutumes mais aussi la dureté de cette vie qui est un combat pour survivre, la chasse, la pêche assurant au jour le jour la subsistance. Certes, nous sommes loin du mythe du "bon sauvage" à la Rousseau! Le matelot est mal accueilli, la vie dans la nature est loin d'être exaltante; mais quand Narcisse réintègre sa civilisation, tout le heurte, il ne peut se réhabituer à une morale pudibonde, aux vêtements qui emprisonnent, à une nourriture sans goût, à des mentalités si étranges. Les préjugés sociaux qui font que Narcisse est considéré comme un cobaye, livré à la curiosité de la bonne société, les hiérarchies sociales, l'âpreté au gain des héritiers de Vallombrun, tout témoigne d'un Monde qui n'a aucune leçon à donner aux autres. Nous nous trouvons dans une interrogation qui rejoint celle de Montaigne, Pascal ou Rousseau sur la prétendue supériorité d'une civilisation sur une autre et sur la relativité de toutes choses. L'habileté de l'écrivain réside donc dans cette confrontation, à travers le même personnage, de deux modes de vie très différents, qui amène à une réflexion sur la notion même du mot civilisation .
   
   "Or je trouve, pour en revenir à mon propos qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en ce peuple, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas conforme à son usage; à vrai dire, il semble que nous n'ayons d'autre critère de la vérité et de la raison que l'exemple et l'idée des opinions et des usages du pays où nous sommes. "
    Montaigne Essai des Cannibales Livre 1 chapitre 31

critique par Claudialucia




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