Lecture / Ecriture
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Laisser les cendres s'envoler de Nathalie Rheims

Nathalie Rheims
  L'un pour l'autre
  Le Chemin des Sortilèges
  Laisser les cendres s'envoler

Laisser les cendres s'envoler - Nathalie Rheims

Avis hésitant
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   "Une femme se souvient de son adolescence, du jour où sa mère, brusquement, l'a abandonnée. Du jour au lendemain, elle a quitté le foyer conjugal, pour vivre avec un artiste à l’œuvre grandiloquente, un homme-enfant dont elle assouvira tous les caprices, et qui aura sur elle l'ascendant d'un gourou. Pour la narratrice, qui a vécu un amour maternel absolu, cet abandon est un choc. Respectueuse de la règle familiale du silence et de l'impératif du non-dit, il lui a fallu des années avant de pouvoir y mettre des mots." (note éditeur)
   
   
   L'écriture de Nathalie Rheims est franche, directe, sèche, nerveuse et assez rapide ; voici par exemple le tout début du livre :
   
   "J'ai perdu ma mère. Elle a disparu il y a plus de dix ans. Ma mère est morte, je le sais. Mais lorsque j'y pense, je ne ressens aucun chagrin, pas la moindre émotion. Tout reste plat comme une mer gelée, pas un seul frémissement à la surface de l'eau. Quand je pense à elle, il ne se passe rien." (p.5)

   
   J'aime cette écriture. Pas de fioriture. Droit au but. Nathalie Rheims veut tout dire sur la relation -ou l'absence de relation- avec sa mère et plus largement avec sa famille avant la fin, sa propre fin. Sans doute le décès récent de son compagnon n'est-il pas étranger à son besoin de se libérer de cette enfance solitaire (je ne suis pas un adepte des ragots, des feuilles à sensation, mais j'ai su fortuitement -ce n'est pas un secret d'état non plus- que N. Rheims était la compagne de Claude Berri). Madame Yv qui travaille avec des gens en fin de vie me dit régulièrement que lorsqu'on approche de la mort, on recueille ce que l'on a semé. Si l'on n'a pas pu faire le point, le bilan de sa vie et la paix avec ceux qui nous entourent, notamment assainir les relations plus ou moins orageuses, eh bien tout cela ressort à la fin. Mme Rheims, soyons clairs, je n'insinue point insidieusement que vous seriez en mauvaise santé ou âgée, parce que Madame Yv, encore elle, ajoute, que se faire une fin de vie paisible nécessite d'y travailler toute sa vie durant ! Certes, ici, cet assainissement se fait avec une morte et c'est sans doute pour cela que l'auteure écrit : "Normalement, avec le temps vient le moment du pardon. Sans lui, pas de travail de deuil possible. Il me suffirait de pardonner. Ce serait si simple, si facile. Hop, le problème serait réglé. C'est ainsi que cela se passe, ainsi que l'on survit à la mort des êtres chers. Mais pour nous deux la question ne se pose même plus, celle de sa mort ou de la mienne. Je n'en suis plus là. Pardonner, ne pas lui pardonner, pour moi cela ne fait plus aucune différence. Pour elle, pour moi, c'est mort, tout simplement." (p.67)
   Je ne crois pas que la question soit de pardonner ou pas (ce terme revêt un caractère religieux qui ne me sied guère), mais simplement d'être en paix avec soi-même, d'avoir pu se libérer d'une tranche de vie plus ou moins longue et difficile en en parlant ou en l'occurrence en écrivant dessus.
   
   Malgré mon entrée en matière, je suis un peu hésitant quant à mon avis sur ce livre : j'ai aimé beaucoup de passages, touchants, durs, mais d'autres m'ont laissé dubitatif voire indifférent. J'avais été touché et j'avais aimé "Le chemin des sortilèges" de la même auteure, malgré des critiques çà ou là sévères (dans la presse et sur certains blogs : j'avais lu à l'époque, par exemple, que N. Rheims écrivait avec ses pieds ; ceci étant peut-être vaut-il mieux avoir de jolis pieds que des mains calleuses?), l'écriture qui oscillait entre rêve et réalité pouvait provoquer des émotions. Là, moins. Peut-être un peu trop de répétitions ou de longueurs. Loin de moi cependant l'idée de dire que c'est un mauvais livre. C'est juste que cette fois-ci, à certains moments, l'écriture de l'auteure ne me provoque pas d'émotion particulière, je me suis fait parfois l'effet de me voir lire sans vraiment "entrer" dans les pages. Ce n'est pas le thème qui me gêne, au contraire : cette histoire de petite fille riche qui se sent et se sait rejetée par sa mère, parce que Nathalie Rheims évacue très vite la question : "J'avais pourtant conscience, déjà, de l'absurdité de ce que je ressentais. Qui aurait pu ne pas avoir envie d'appartenir à la famille prestigieuse qui était supposée être la mienne? Qui aurait pu ne pas adorer tous ces gens charmants, élégants, si bien élevés, si gentils aussi?" (p.11/12) La détresse de l'absence de lien maternel ou affectif est aussi terrible dans les familles riches que dans les familles pauvres. D'ailleurs la jeune narratrice s'affranchira très tôt de sa famille en vivant des rôles qu'elle joue au théâtre.
   
   Je m'aperçois en faisant ce billet que sans doute je suis passé à côté de certaines pages, car en tentant de retranscrire ce que je pense et ce que j'ai ressenti avec cette lecture, je m'emballe et j'en arrive à me dire qu'il faut que je le relise un peu plus tard. De fait, avant d'écrire un article, en général, j'en sais la teneur, eh bien, là, non. Hésitant au départ, je deviens de plus en plus peut-être pas totalement enthousiaste mais au moins positif. Probablement la marque d'un bon livre qui donne le meilleur de lui-même après coup, un de ceux qui restent en mémoire? Je vais donc le garder dans ma bibliothèque d'abord pour cette raison et ensuite pour la dédicace de Nathalie Rheims.

critique par Yv




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