Lecture / Ecriture
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La Tristesse du samouraï de Victor del Arbol

Victor del Arbol
  La Tristesse du samouraï
  La maison des chagrins
  Toutes les vagues de l’océan

Victor del Árbol est né à Barcelone en 1968. Après avoir étudié l'Histoire, il travaille dans les services de police de la communauté autonome de Catalogne. Il est l'auteur de deux romans
(source l’éditeur)

La Tristesse du samouraï - Victor del Arbol

Tristesse, mon œil! Voyeurisme, oui
Note :

   A Barcelone, en 1981, peu après le putsch manqué, Maria, avocate de renom agonise lentement dans un lit d’hôpital. Un cancer du cerveau. Elle déplore que dans les coupables arrêtés, un certain Publio ne figure pas. Pourtant il est extrêmement coupable et de bien des méfaits. Maria est bien placée pour le savoir. Avant d’échouer dans ce lit, elle a œuvré en vain pour l’appréhender.
   
   Quarante ans plus tôt, en 1941, à Merida, en Estrémadure, une autre femme, Isabel Mola est aussi en très mauvaise posture. Recherchée pour avoir commandité l’assassinat de son mari Guillermo, éminent chef phalangiste, elle veut fuir au Portugal avec son jeune fils Andrés. Hélas Isabel a été trahie par son amant "Elle crut voir vaciller l’homme et son sourire méphistophélique, cet amer, obscur et néanmoins séduisant prince du néant".
   Là, j’ai commencé à tiquer, à cause des effets de style d’un goût douteux qui sonnent faux; il y en aura un certain nombre…
   
   Isabel a elle-même trahi l’instituteur amoureux d’elle, qui s’est impliqué dans une machination infernale.
   Et cela va continuer avec les descendants des trois familles compromises, qui n’auront de cesse des s‘être tous étripés les uns les autres, sans compter le malheureux jeune soldat qui s’est trouvé là par hasard et sera entraîné aussi dans cet horrible engrenage. Des bourreaux, des victimes, et quelques uns qui sont les deux à la fois.
   
   Quant au samouraï, et son code de l’honneur, il n’est qu’un pâle prétexte pour justifier des tortures et des crimes de la part de dangereux psychopathes. Je m’attendais à un roman historique, avec des héros concernés par les crimes de leur père. Mais les fils de Guillermo, en particulier, sont vraiment très nuls!
   
   De l’Histoire, nous avons les décors, par exemple, la contrée autour de Badajoz, avec le souvenir de massacres, et le pont tristement célèbre où tant de prisonniers furent jetés…
   
   Pas du tout convaincue par cette lamentable boucherie qui se poursuit sur quarante années, la narration s’attardant beaucoup trop sur les descriptions de tortures épouvantables, avec un penchant désagréable pour le voyeurisme. Séquestration, humiliation, viols, exactions commises sur un détenu, mutilations et suicide, meurtres, souffrances diverses, sans compter le cancer en phase terminale qui s’invite, sans raison, car Maria, l’avocate qui tente de rendre justice, n’avait nul besoin de tomber malade pour que s’accomplisse l’intrigue…
    ↓

critique par Jehanne




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Y a t-il un rachat possible?
Note :

   Si vous pensez que ce roman se passe au Japon, oubliez tout de suite!
   Nous sommes à Barcelone en Mai 1981, la tentative de coup d’état contre la démocratie date de quelques mois.
   Une femme, qui sait que sa mort est proche, livre les détails de sa vie. C’est une brillante avocate qui a envoyé sous les verrous un inspecteur jugé coupable d'une grosse bavure policière. Ce qu’elle ignorait alors c’est que quelqu’un tirait des ficelles dans l’ombre et que, comme une marionnette, elle avait fait ce qu’on attendait d’elle et comme Pandore elle avait lâché la folie et le vice dans les rues.
   Pour comprendre comment tout cela a commencé il faut faire un saut dans le temps et l’espace.
   
   Mérida en Estrémadure 1941
   Une ville qui bruit encore de la lutte entre républicains et phalangistes. Une femme attend sur un quai de gare, elle est belle, elle est la femme d’un dignitaire franquiste et donc du côté des vainqueurs. Un enfant l’accompagne, c’est son fils, le plus jeune, car l’aîné elle l’a tout bonnement abandonné.
   Isabel, c’est son nom, n’atteindra jamais sa destination, l’enfant sera confié à son père, son père qui le hait. Un instituteur de village s'est épris de cette femme qu’il n’aurait jamais du regarder, tel le "ver de terre amoureux d’une étoile" et ce pêché il va le payer au prix fort.
   
   Entre ces deux dates l’auteur nous plonge dans la période sombre de l’Espagne, la terrible guerre civile, le franquisme, les débuts de la démocratie à deux doigts d’être confisquée.
   Quarante années pendant lesquelles d’aucuns ont laissé libre cours à l’ambition, à la haine, d’autres ont peaufiné leur vengeance, certains enfin sont assaillis par la culpabilité.
   Vous allez écouter la voix de María qui va revenir sur ces temps où les assassinats sont la façon simple d’éliminer un gêneur, où la torture se pratique en toute impunité.
   De quel côté se situent les descendants, les héritiers? Y a t-il un rachat possible?
   
   Ce livre est un polar oui mais il est beaucoup plus : une histoire rouge sang où victimes et bourreaux se croisent, se reconnaissent.
   Pour filer la métaphore japonaise je dirais que l’intrigue se déplie comme les origami, chaque pliure dévoile un peu de l’intrigue, les liens entres les personnes apparaissent.
   Ce qui est certain c’est que, composé comme une tragédie antique, ce livre est fait pour être dévoré, des geôles franquistes à la Division Azul, des amours impossibles à la vengeance inéluctable, on est totalement pris par le récit. Une vraie réussite!

critique par Dominique




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