Lecture / Ecriture
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Les désorientés de Amin Maalouf

Amin Maalouf
  Les Echelles du Levant
  Origines
  Le premier siècle après Béatrice
  Samarcande
  Le rocher de Tanios
  Léon l'Africain
  Le périple de Baldassare
  Les Croisades vues par les Arabes
  Les jardins de lumière
  Les Identités meurtrières
  Les désorientés

AUTEUR DU MOIS DE SEPTEMBRE 2005

Né au Liban en 1949, Amin Maalouf fit des études d'économie et de sociologie. Il fut ensuite journaliste et grand reporter. Il s'exila en France à partir de 1975.


Il écrit dans un français extrèmement classique, utilisant une langue de conteur qui charme ses lecteurs et les entraine partout où il veut les mener (assez souvent dans le bassin méditerranéen, assez souvent dans le passé).

Il a été élu à l'Académie française en 2011.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les désorientés - Amin Maalouf

Réminiscences
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   
   "Nous avons été séparés par la mort avant d’avoir pu nous réconcilier. C’est un peu ma faute, un peu la sienne, et c’est aussi la faute de la mort… Mais en un sens la réconciliation a eu lieu. Il a souhaité me revoir, j’ai pris le premier avion, la mort est arrivée avant moi. A la réflexion, c’est peut être mieux ainsi."
   Adam repart vers le pays de ses origines, le jour où un de ses anciens amis, avec qui il est brouillé depuis de longues années, le réclame sur son lit de mort. Mais lorsqu’il arrive, il est trop tard. L’ami en question est décédé.
   Adam et Mourad se sont connus à l’université. Lorsqu’ils étaient jeunes, ils avaient l’habitude avec une bande d’amis de se retrouver sur la terrasse de Mourad, d’où on voyait la mer. Ce cercle d’étudiants ne se quittait guère à l’époque, il y a trente ans déjà, avant que la guerre ne les disperse : "Vous êtes mes meilleurs amis. Cette maison est désormais la vôtre. Pour la vie", leur avait dit un jour Mourad.
   
    "Cet instant de fraternité avait été le plus beau de ma vie" nous dit Adam dont nous suivons le récit et le retour vers le pays natal. L’épouse de Mourad accueille Adam en lui disant : "Il n’a pas pu t’attendre". Tania souhaite que ce décès soit l’occasion pour les anciens amis de se réunir à nouveau. Adam envoie donc à tous un faire part ou un courrier plus long pour annoncer la mort de Mourad, l’occasion de revenir aussi sur ce qui les a éloignés l’un de l’autre. Il refuse malgré tout de se rendre aux funérailles et de prononcer une allocution "au nom de ses amis d’enfance", arguant qu’il a des impératifs professionnels qui l’obligent à rentrer rapidement. Mais finalement il restera plus longtemps que prévu au pays, hébergé par la belle Semiramis…
   
   J’ai découvert Amin Maalouf avec "Origines" qui avait été un choc pour moi. Il revenait dans ce livre sur ses ancêtres. Ici encore il interroge le passé et le récit alterne entre les réminiscences qu’Adam confie à son carnet et le récit des seize journées qu’il passera au Liban, pays qui n’est cependant jamais nommément cité dans le roman. On retrouve dans ce dernier opus son merveilleux talent de conteur. Il nous offre un récit sensible et émouvant, dans lequel Adam a 16 jours pour revenir sur ses idéaux de jeunesse, et les amitiés défaites, alors qu’il travaille sur la biographie d’Attila.
   
   Ce livre soulève bien des questions et notamment interroge sur la trahison, à travers la question que pose l’un des protagonistes : le traitre est-il celui qui part ou celui qui reste pour sauver son pays mais se compromet en raison de la guerre? Un livre qui revient aussi sur les différentes religions pratiquées par cette bande d’amis. Un livre qui renvoie enfin à son propre parcours et aux amis qu’on a laissés ou perdus sur le chemin… Et qu’il est temps, peut-être, de retrouver, avant qu’il ne soit trop tard.
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critique par Éléonore W.




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Sobriété d’un beau style
Note :

   Exilé volontaire à Paris depuis un quart de siècle, Adam voit son passé ressurgir quand un ancien ami de jeunesse lui téléphone en pleine nuit. Resté au pays natal, Mourad est en train de mourir et souhaite le revoir une dernière fois. Adam y retournera mais arrivera trop tard.
   
    Hébergé chez une vieille amie, Sémiramis, il consulte de vieilles correspondances, ouvre la malle des souvenirs. Historien, Adam travaille actuellement sur la biographie d'Attila. Un autre projet le tenaille, celui d'écrire le portrait de chacun de ses amis. A la mémoire des disparus, il va organiser les retrouvailles des vivants, ceux qui composaient "Le cercle des Byzantins". Exilés aux quatre coins du monde ou restés au pays, tous ont pris des chemins différents. La guerre les a séparés et la religion les a éloignés dans un monde qu'ils ne reconnaissent plus. Pendant 15 jours, l'Orient et l'Occident vont parler la même langue celle de l'universalité.
   
    A travers ses méditations, Adam nous transmet cette nostalgie tenace pour un monde révolu. Celui où de jeunes étudiants rêvaient de franchir les divisions communautaires de leur pays et qui ont subi la guerre et la corruption.
   
    Amin Maalouf nous raconte son passé et sans nommer une seule fois son beau pays, le Liban, il donne force et profondeur au récit. Dans un style clair il nous livre une réflexion profonde de la situation géopolitique et ses phrases simples nous émeuvent. Une écriture toute en retenue qui frôle l'absolu et le sublime. Les personnages explorent les grands sentiments avec délicatesse tout en donnant des avis différents. L'exercice est difficile mais les mots servent ici une grande sobriété qui ne fait pas oublier le tumulte des passions.
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critique par Marie de La page déchirée




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Un monde en train de basculer
Note :

   Superbe titre à double sens que celui donné au dernier très beau roman de l’Académicien Amin Maalouf.
   
   Sans jamais citer le nom du pays dont il est question tout au long du roman mais dont on comprend, par élimination et déduction, qu’il s’agit indiscutablement du Liban, Amin Maalouf nous interpelle sur la pertinence des stratégies mises en place par chacune et chacun de nous face à la survenue d’une guerre qui n’en finit plus, qui tantôt se clame pour éclater violemment ensuite, les amis d’hier devenant soudainement les ennemis d’aujourd’hui au nom de la religion, du dogme ou simplement par le jeu d’alliances aussi mouvantes que peu sûres.
   
   Désorientés sont les membres de cette bande d’amis. Ils se sont connus sur les bancs de l’Université où ils formèrent un groupe brillant, toujours prêt à discuter de tout, à philosopher brillamment. Ils étaient Chrétiens, Juifs ou Arabes et vivaient en parfaite harmonie dans une société qui se croyait un havre de paix et de démocratie dans un Moyen-Orient pourtant déstabilisé. Et puis la guerre survint et, avec elle, la première victime dans leur petit groupe et l’enlèvement d’un autre.
   
   Du coup, tout bascula très vite et chacun prit une voie qui lui fut propre. Beaucoup émigrèrent en France, aux Etats-Unis, au Brésil. Certains restèrent pour se radicaliser, se cacher ou pactiser avec le diable.
   
   Voici plus de vingt ans qu’ils ne se sont pas vus et c’est à nouveau le deuil qui va leur donner l’occasion de se retrouver. L’un d’entre eux vient de mourir, emporté par la maladie. Il fut Ministre et celui que tous haïrent pour sa compromission et la rupture définitive des idéaux de leur époque, eux qui furent marxistes ou idéalistes bien dans l’air du temps. A la demande la veuve du disparu auprès de celui qui est revenu spécialement au pays pour la première fois, ce dernier va organiser une nouvelle réunion des survivants. Il avait prévu de passer quelques heures au pays natal. Le voici qu’il y passe de nombreux jours, qu’il se réapproprie un pays qui n’est plus tout à fait le sien, en même temps qu’il renoue avec celles et ceux qu’il n’a, pour la plupart, pas revus depuis des années.
   
   Désorientés sont ces personnages en ce sens qu’ils ont pour beaucoup quitté l’Orient de leur jeunesse, celui d’éternelles promesses, de la vie simple, facile et joyeuse. Désorientés ils sont face à l’explosion de l’islamisme radical qui rend le vivre ensemble quasiment impossible marquant la fin d’un monde d’insouciance et le début d’un siècle plein de promesses de violence, de haines et de conflits parce que trop de ressentiments sont larvés entre l’Occident en crise et l’Orient en voie de radicalisation.
   
   Construit avec virtuosité entre écrits collectés par celui revenu au Pays et se retrouvant au centre de l’intrigue, récits couchés par lui, ceux de ses rencontres ou de ses réflexions, et narrations ou dialogues de scènes qui illustrent ce monde en train de basculer, ce roman ne peut que nous interpeler sur ce que nous aurions fait à leur place et ce que nous aurons, peut-être, à faire si les promesses de conflits larvés devenaient réalités.
   
   Un livre admirable, sensible, intelligent et touchant.
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critique par Cetalir




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Liban en déréliction
Note :

   C’est par un roman que passe Amin Maalouf pour nous livrer sa vision de la lente déréliction de ce pauvre pays depuis... longtemps, mais disons depuis 25 ans pour ce roman puisqu’Adam, Libanais ayant quitté le pays y revient pour recueillir le dernier souffle de Mourad, son ami de jeunesse avec lequel il était totalement brouillé.
   
   Oui, c’est ça le thème des "désorientés" ; le retour au pays 25 ans après d’un qui l’a quitté brouillé et qui fait son introspection en revenant. C’est ça et un peu plus aussi puisqu’il s’agit d’un roman. Pas précisément d’un roman d’action mais bien d’un roman d’introspection : l’introspection du Liban.
   "Jeudi, en s’endormant, Adam ne pensait pas que le lendemain même il s’envolerait vers le pays de ses origines, après des lustres d’éloignement volontaire, et pour se rendre auprès d’un homme à qui il s’était promis de ne plus adresser la parole.
   Mais l’épouse de Mourad avait su trouver les mots imparables :
   "Ton ami va mourir. Il demande à te voir.""
   
   "Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples."
Ça, ce n’est pas d’Amin Maalouf mais du Général de Gaulle ! Que l’Orient soit compliqué, chacun en conviendra. Il en est souvent ainsi des contrées au lourd fardeau d’histoire. Qu’on puisse y voler avec des idées simples, ce n’est certainement pas ce que pense Adam en train de voler entre Paris et ce pays innommé mais dont il est transparent, de par l’origine de l’auteur, de par l’histoire décrite, qu’il s’agit du Liban.
   25 ans après, après l’idéalisme et la générosité de la jeunesse qui permettaient à de jeunes musulmans, juifs et chrétiens d’avoir une histoire commune, 25 ans après Adam revient donc, plutôt contraint et forcé, pour ne même pas recueillir le dernier souffle de Mourad. Trop tard. Mais au moins pour tenter d’organiser une retrouvaille avec tous eux qui se sont éparpillés en Europe, en Amérique du Sud, qui sont restés au Liban mais sont en réalité aux antipodes les uns des autres.
   
   Pas didactique pour un sou, le parcours d’Adam pendant son court périple au pays va permettre à Amin Maalouf de tenter de nous montrer l’écheveau inextricable de la société libanaise. Une œuvre à la fois littéraire, psychologique et historienne...

critique par Tistou




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