Lecture / Ecriture
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La table des autres de Michael Ondaatje

Michael Ondaatje
  Le patient anglais
  La table des autres

Philip Michael Ondaatje est un romancier et poète canado-srilankais né en 1943.
Il est surtout connu pour avoir écrit le roman dont a été tiré le film "Le Patient anglais".

La table des autres - Michael Ondaatje

Traversée fondatrice
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   
   Titre original : The cat's table
   
   C’est un livre qui commence de façon épatante : Michael n’a que 11 ans quand…
   "Il avait été décidé que j’irais en Angleterre par bateau et que je ferais le voyage seul. Nul ne mentionna qu’il s’agissait peut-être d’une expérience inhabituelle, ni qu’elle pourrait être excitante ou dangereuse, si bien que je l’abordais sans joie ni peur. On ne m’avait pas prévenu que le bateau comporterait sept ponts, qu’il y aurait six cents personnes à bord dont un commandant, neuf cuisiniers, des mécaniciens, un vétérinaire et qu’il renfermerait une petite prison et des piscines chlorées qui vogueraient en notre compagnie sur deux océans. (…) Que je doive passer vingt et un jours en mer, on en parlait comme d’une chose sans grande importance, de sorte que je fus étonné que des parents se donnent la peine de me conduire au port. J’avais supposé que je prendrais seul un premier bus puis que je changerais à Borella Jonction."

   dans le même esprit, rejoignant sa cabine, il néglige de faire ses adieux à ses accompagnateurs ou d’aller agiter le bras sur la passerelle tandis que s’éloigne le quai (où d’ailleurs peut-être, personne ne se préoccupe déjà plus de lui). C’est que Michael quitte la famille de son père avec qui il vivait à Colombo pour rejoindre à Londres sa mère dont il est séparé depuis quatre ou cinq ans et dont il ne se souvient plus très bien. Pas maltraité, on constate tout de suite le vide affectif dans lequel le garçon a été élevé, éducation qu’il va poursuivre sur ce paquebot avant de la clore dans les pensionnats britanniques qui eux, ne font pas l’objet du livre.
   
   Dès le premier repas, Michael constate que non seulement il n’est pas à la table du commandant (il est à la "table des autres"), mais encore à celle de ces tables qui est la plus éloignée et mal située, où ne se trouvent que des adultes sans valeur sociale et trois adolescents qui ne se connaissant pas encore mais vont devenir inséparables pour trois semaines, et même plus : Michael, le narrateur devenu Minah, Cassius, l’indomptable, et Ramadhin, le fragile. Ensemble, ils vont décider que les limites inter-classes ne les concernent pas, et que"Chaque jour nous devions faire une chose interdite" ; le tout en visitant, espionnant et fouillant le moindre recoin du paquebot.
   
   Comme vous le voyez, un décor et un canevas qui permettent beaucoup de choses passionnantes (d’autant qu’un mystérieux prisonnier, qu’on ne sort que la nuit chargé de fers, vient ajouter une touche de danger et de mystère). Enfermés sur ce bateau, se glissant partout, le plus souvent sans qu’on le sache, ces trois enfants vont étudier de près le monde des adultes et de leurs passions dont ils disposeront d’un échantillonnage assez large. L’auteur ne nous laissera pas manquer de scènes cocasses, émouvantes, intrigantes… ni de rencontres avec des personnages du même gabarit. Quant aux adultes "négligeables" de la Table des autres, ils vont se révéler de leur côté, aussi captivants que bien des marquis.
   
   Ce paquebot grand, soit, mais clos qui à travers deux océans fera passer Michael d’un monde à l’autre, le fera également passer de celui d’une enfance sri-lankaise à celui d’une adolescence britannique. Des aperçus sur le futur des trois enfants devenus adultes, ajoutent par moments un relief et une mise en perspective à ce qu’ils vivent là. C’est à la fois très réaliste, très réel, et imaginaire. M. Ondaatje a bien fait ce voyage à cet âge-là, avec la conséquence formatrice qui s’y attache mais, dit-il, les évènements qu’il place dans son récit n’ont pas vraiment eu lieu. D’autres, sans doute. Je croirais volontiers en effet que ce sont transpositions, métaphores et fantasmes d’un voyage qui, bien qu’on ne lui eut même pas mentionné "qu’il s’agissait peut-être d’une expérience inhabituelle" et dangereuse, allait orienter le cours de sa vie.
   
   La peinture des adultes m’a semblé moins heureuse : manque de réalisme et de profondeur, de justesse peut-être même ; limite puéril parfois (même quand c'est sanglant ou érotique). Un peu comme vu par un enfant quoi, mais alors que tout le monde est devenu grand et que ce sont des adultes qui agissent et parlent.
   Pas un monument littéraire donc, mais un bon moment de lecture tout de même.

critique par Sibylline




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