Lecture / Ecriture
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Les malchanceux de Bryan Stanley Johnson

Bryan Stanley Johnson
  Albert Angelo
  Les malchanceux

Fils d'un magasinier et d'une barmaid, Bryan Stanley Johnson est né le 5 février 1933 à Hammersmith et, à l'exception de la guerre durant laquelle il a été évacué, a vécu à Londres presque toute sa vie. Marié à Virginia Ann Kimpton, il est le père de deux enfants.
Ses romans sont Travelling People (pour lequel il a obtenu le Gregory Award en 1962), Albert Angelo (1964), Chalut (prix Somerset Maugham en 1967), The Unfortunates (1969), R.A.S. Infirmière-Chef (House Mother Normal, 1971) et See The Old Lady Decently Buried (1975), publié posthumément. Outre deux volumes de poésie, il est aussi l'auteur de nouvelles et de pièces de théâtre. Il a également travaillé pour la télévision et le cinéma.
B.S. Johnson s'est suicidé le 13 novembre 1973
(Source éditeur)

Les malchanceux - Bryan Stanley Johnson

Roman à structure éclatée
Note :

   Jonathan Coe l’explique dans la préface, B.S. Johnson a résolument voulu faire dans l’innovation :
   « Alors, que se passait-il, dans cet esprit, dans cette tête, ce samedi après-midi alors que Johnson s’attelait à faire le compte rendu de son match de foot? Les souvenirs de Tony affluèrent, désorganisés, mouvement confus qu’interrompaient seulement le match et la rédaction du compte rendu. La confusion, la structure refusée par le flux des souvenirs, il fallait la raconter, et le plus fidèlement. Mais cette spontanéité impossible à contrôler, découvrit-il, était "contredite par le fait qu’un livre soit relié : le livre relié impose un ordre, contraint par la pagination, au matériau brut." Et comme toujours avec lui, la solution à ce problème fut encore radicale : les pages des "Malchanceux" ne seraient en aucun cas reliées.»

   
   Les pages des Malchanceux ne seraient en aucun cas reliées... D’où un "Mode d’emploi", lorsque vous ouvrez le coffret cartonné contenant les feuillets :
   "Ce roman possède vingt-sept sections temporairement tenues ensemble par un bandeau amovible.
   Exception faite du premier et dernier "chapitres" (indiqués comme tels), les vingt-cinq autres peuvent être lus dans n’importe quel ordre.
   Si le lecteur préfère ne pas accepter l’ordre dans lequel il a reçu le roman, qu’il se sente libre de le réarranger, avant lecture, dans l’ordre que lui offrirait le hasard."

   
   Parti-pris effectivement novateur. Résultat peu convaincant à mes yeux, je n’ai pas bien senti une plus-value au fait qu’on puisse mélanger les "chapitres" à l’exception des premier et dernier. D’autant qu’il règne quelques hiatus dans cet exercice ; on se retrouve en effet par exemple avec le narrateur à se demander où il va manger, avec liste des possibilités locales, quand on a lu peu avant comment et où s’était déroulé le repas en question...
   
   La trame du roman est la suivante. Un journaliste sportif est envoyé, comme chaque week-end, dans une ville des Midlands pour couvrir un match de football. Cette fois-ci entre City et United.
   Et là, une curieuse ambiguïté puisque si City et United évoquent irrésistiblement la ville de Manchester avec ses deux fameuses équipes, Jonathan Coe dans sa préface parle clairement de la ville de Nottingham, plutôt corroboré par des noms de rue donnés par Johnson dans le corps du texte (Castle Boulevard, University Boulevard,...). Mais pourquoi diable Manchester City irait affronter Manchester United à Nottingham?
   A noter que Johnson ne donne pas de nom de ville ni ne précise Manchester autour des vocables "City" ou "United".
   Notre journaliste sportif déboule donc en train dans "cette ville des Midlands" pour le match de fin d’après-midi quand il réalise qu’il connait cette ville, qu’il y est venu pour celui qui fut son ami le plus cher, mort depuis. Et le voilà du coup plongé dans les affres du souvenir, ou des lambeaux de souvenir (oui, notre journaliste présente certainement déjà des prémisses alzheimériens!). Il va passer les quelques heures qui précèdent le match à revisiter le passé associé à cet ami, à recoller des morceaux avec des lieux de cette ville (pubs, monuments, rues, magasins,...) et tout ceci dans un ordre aléatoire – d’où cette présentation foutraque et l’idée du roman non relié.
   
   C’est fort bien écrit et ça évoque davantage Proust dans le style qu’un journaliste sportif mais je ne suis pas sûr que le but visé soit atteint. Quant à moi, ça m’a laissé sur ma faim...

critique par Tistou




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