Lecture / Ecriture
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Cordoue des Omeyyades de Antonio Muñoz Molina

Antonio Muñoz Molina
  Cordoue des Omeyyades
  Beatus Ille
  Le vent de la lune
  Fenêtres de Manhattan
  L'absence de Blanca
  Pleine lune
  Comme l’ombre qui s’en va

Ecrivain espagnol né en 1956 et habitant New York. Il est marié à une écrivaine : Elvira Lindo.

Il a fait des études de journalisme et d’histoire de l’art et a publié son premier roman ("Beatus Ille") en 1986.

Il a publié pour le moment plus d’une douzaine de romans et s’est vu attribuer de nombreux prix littéraires.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Cordoue des Omeyyades - Antonio Muñoz Molina

Chercher Cordoue d'autrefois en Cordoue d'aujourd'hui
Note :

   Il est une question qui me trotte dans la tête chaque fois que la lecture d'un roman m'entraîne en un lieu ou en un temps qui m'est totalement inconnu: peut-on faire confiance à un romancier pour nous faire découvrir une page d'histoire ou un pays étranger, sans nous raconter trop de carabistouilles? Non que je veuille refuser à l'auteur d'une oeuvre de fiction le droit de prendre des libertés avec la réalité, mais bon, j'aime pouvoir faire la part des choses. Et cette question s'est posée avec une acuité particulière à la lecture du livre qu'Antonio Muñoz Molina - à mes yeux un des meilleurs romanciers espagnols contemporains - a consacré à l'histoire de Cordoue sous le règne de la dynastie Omeyyade (càd. du début du VIIIème siècle à l'an 1031).
   
   Ce livre, qui n'est certainement pas un roman, est en fin de compte tout à fait inclassable. Antonio Muñoz Molina nous y fait partager les rêveries que lui ont inspirées ses promenades dans les rues de Cordoue et ses lectures qui l'entraînaient parfois bien loin de cette ville: "La théologie, dit Borges, est une branche de la littérature fantastique. L'Histoire ne serait-elle pas une branche du roman, une fiction d'ombres nées des ruines et des livres, une rumeur d'écritures et de voix du passé, d'indices discutables, de mensonges que les siècles ont transformés en vérité, et de vérités aussi inaccessibles que des statues cachées sous plusieurs mètres de terre." (p. 19)
   
   Le ton est donc donné d'entrée: plutôt qu'un essai historique, "Cordoue des Omeyyades" est une longue rêverie. Mais voilà. Il faut bien reconnaître que l'âge d'or que Cordoue a connu sous le pouvoir Omeyyade invite d'autant plus à la rêverie qu'il n'en reste aujourd'hui que peu de traces concrètes: les fanatiques de tout poil (musulmans, chrétiens ou tout simplement analphabètes irréductibles) ont uni leurs forces pour saccager la fabuleuse bibliothèque du calife al-Hakam (comparable par sa richesse à la bibliothèque d'Alexandrie, elle comptait plus de 300.000 volumes) et si la grande mosquée de Cordoue est toujours debout (cfr la photo de couverture), elle fut irrémédiablement mutilée sous le règne de Charles Quint lorsque la nouvelle cathédrale de Cordoue fut construite en son coeur, imposant sa masse opaque au milieu de la dentelle de pierre et des jeux de lumière du chef-d'oeuvre des Omeyyades. Et il faut bien reconnaître aussi que la rêverie que ces merveilles disparues inspirent à Antonio Muñoz Molina est terriblement séduisante. Et à la réflexion, cette approche quelque peu particulière ne donne pas de si mauvais résultats... Elle marche en fait franchement bien dans le cas présent, éveillant la curiosité en même temps qu'elle suscite l'émerveillement.
   
   Extrait:
    "La sonorité des cloches est plus emphatique que l'appel du muezzin. Tous les matins, à Cordoue, quand elles m'avaient réveillé, en marchant sans hâte dans la ville réelle j'entreprenais l'étrange tâche d'imaginer une ville qui n'existait plus. Je devais chercher Cordoue en Cordoue comme le pèlerin de Quevedo cherche Rome en Rome. Je visitais des ruines et j'y recherchais, comme dans les pages des livres, la présence et la vie quotidienne d'hommes qui avaient vécu mille ans plus tôt: hommes qui avaient regardé cette lumière que je voyais, dont les mains et les pas avaient usé les colonnes de marbre et le pavement de la mosquée. Au bout de mille ans, il ne restait presque rien de la ville qu'ils avaient habitée, mais les colonnes étaient toujours debout et le Guadalquivir continuait de couler entre les bancs de sable, dans l'épaisseur des roseaux et des lauriers-roses, avec la lenteur mythologique des fleuves sacrés." (p. 16)

critique par Fée Carabine




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