Lecture / Ecriture
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Tais-toi et meurs de Alain Mabanckou

Alain Mabanckou
  African psycho
  Verre Cassé
  Les petits-fils nègres de Vercingétorix
  Mémoires de porc-épic
  Et Dieu seul sait comment je dors
  Bleu, Blanc, Rouge
  Black Bazar
  Demain j'aurai vingt ans
  Tais-toi et meurs
  Lumières de Pointe Noire
  Petit Piment
  Le monde est mon langage

Alain Mabanckou est un écrivain français né au Congo-Brazzaville (où il a passé son enfance) en 1966. Arrivé en France à l'âge de 20 ans pour poursuivre des études de droit, il les a poursuivies jusqu'au troisième cycle, puis s'est tourné vers la littérature et a publié plusieurs ouvrages. Il enseigne également la littérature à l'université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Tais-toi et meurs - Alain Mabanckou

Un Africain à Paris
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Julien Makambo quitte son Congo natal et arrive en France sous un autre nom, José Montfort. Aidé par Pedro, membre du milieu africain de Paris, il va se faire une place au sein de cette société et vivre de divers petites combines plus ou moins prolifiques. Un jour, un vendredi 13, Pedro lui propose un gros coup. Coup qui le mènera en prison, là où il écrit son histoire, celle qu'Alain Mabanckou rapporte
   
   Je classe ce bouquin dans la catégorie polar eu égard à la collection "Vendredi 13" de l'éditeur. Ce n'est pas à proprement parler un roman policier. Alain Mabanckou décrit le monde de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) et le milieu africain de Paris. Celui des petites magouilles. Son (anti)héros est un pauvre garçon qui tombe dans un environnement qui le dépasse et qui l'amène à avoir des comportements répréhensibles bien que plutôt bénins. On découvre également la suspicion des uns par rapport aux autres selon leurs pays d'origine voire même selon la région s'ils sont du même pays. La solidarité africaine existe, certes, mais avec une certaine méfiance entre ethnies et nationalités. L'auteur montre aussi les appartements partagés à plusieurs, la promiscuité et la difficulté de vivre ensemble, parfois comiquement comme cette fois où Julien ramène une fille à l'appartement et que pris d'une envie pressante, il part aux toilettes et que : "De retour dans le studio, j'ai entendu Bijou hurler de plaisir :
   - Continue, chéri! Continue, mon amour! Ne t'arrête pas! Défonce-moi, chéri! Défonce-moi!
   J'ai allumé la lumière. Il y avait quelqu'un sur elle. C'était Bonaventure. Bijou a vite ramassé ses affaires et s'est enfuie, tandis que Bonaventure et moi nous chamaillions sous les éclats de rire des autres colocataires, tous réveillés." (p.83)

   
   Toute l'aventure de Julien se passe dans les quartiers de Paris dans lesquels la population d'origine africaine est nombreuse, dans les restaurants, les cafés. Alain Mabanckou excelle dans les alternances de moments graves et de moments plus drôles, comme des discussions oiseuses entre plusieurs protagonistes, ou des descriptions physiques, notamment des rois de la SAPE. C'est vrai que le costume vert diabolo-menthe de Julien, associé à une cravate et des chaussures bordeaux, doit valoir le coup d’œil.
   
   Et puis, plus largement, l'auteur décrit la pègre africaine et plus particulièrement, la pègre congolaise, entre les faux-papiers, les vols de chéquiers, les changements d'identité et une véritable économie parallèle -ou souterraine- de contrefaçons de marques, de billets de train, de métro. Bref, un monde qui m'est totalement inconnu sur lequel A. Mabanckou met le viseur. Un monde dans lequel un service n'est pas gratuit. Contrepartie sera demandée, mais personne ne sait encore quand ni sous quelle forme.
   
   Il parle aussi de tous ces hommes et femmes venus d'Afrique pleins d'espoir et qui se retrouvent confrontés à la triste et dure réalité de la vie quotidienne en France : plus de travail, pas d'argent, logements insalubres, ...
   
   Je vous le disais pas vraiment un polar, même si l'aventure qui va mener Julien en prison est suffisamment bien racontée, l'auteur sachant réserver quelques surprises et effets et les servir aux bons moments.
   
   Encore un très bon titre de cette collection, décidément excellente et un très bon livre de Alain Mabanckou qui ne me déçoit jamais (bon, un tout petit peu sur "Demain, j'aurai vingt ans", mais c'est oublié). Quels talents!
    ↓

critique par Yv




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Mabanckou - Makambo ?
Note :

   Julien Makambo vingt-cinq ans, Congolais de Brazzaville, a obtenu de faux papiers pour s’installer à Paris sous le nom de José Montfort. Ces papiers il les doit à Pedro qui l’a pris an charge à Paris, et plus précisément à un nommé Shaft, faussaire notoire.
   
   Il a partagé un studio avec trois autres jeunes de son pays, plus Pedro et Moussava, dit le Vieux. Pedro l’a fait travailler à toutes sortes de trafics en rapport notamment avec des chéquiers volés. Julien alias José est intégré dans la communauté Congolaise de Paris, la SAPE (société des ambianceurs et pourvoyeurs d’élégance) . Pendant quelques mois, il a vécu correctement, envoyé de l’argent à sa mère, sa sœur, et son neveu (le fils de Pedro, dont ce bienfaiteur ne s’occupe pas) et souvent fait la fête. Il n’en demandait pas plus. Mais les combines habituelles ne fonctionnant plus, Pedro a accepté un contrat requérant l'aide de José, lequel ne devait pas poser de questions, tout en sachant l'affaire très louche. L’affaire a mené Julien en prison.
   
   C’est de sa cellule qu’il écrit son histoire. Une histoire bien amère. Car Julien dès le début de son séjour a les mains liées, devant tout accepter de la part des aînés qui l’on fait venir en France. Même si le récit est humoristique, coloré, plein de détails loufoques sur le mode de vie des Congolais de Paris et des autres ethnies avec lesquels ils s’entendent plus ou moins bien, la réalité est très noire. Si les congolais et autres ethnies, que l'on rencontre ont l'esprit communautaire, c'est souvent le côté tribal qui l'emporte. S'ils préfèrent les combines, la délinquance sévère n'est jamais loin. Sans compter les incidences avec le pouvoir politique de leurs pays.
   
   Le récit nous montre finement et sans fioritures, le cheminement de José, qui pour redevenir Julien et pouvoir se regarder en face, doit refuser d’être encore un jouet entre les mains de ses aînés, quelque soit le prix à payer.
   
   L'histoire d'une courageuse prise de conscience.

critique par Jehanne




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