Lecture / Ecriture
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Soudain trop tard de Carlos Zanón

Carlos Zanón
  Soudain trop tard

Soudain trop tard - Carlos Zanón

Gens de Barcelone
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Poète, critique littéraire, parolier et scénariste, Carlos Zanón revisite le roman noir à sa façon. Le lieu, Barcelone, capitale de la Catalogne, qui à en croire la lecture de ce roman souffre des mêmes maux que toutes les autres métropoles du monde.
   
   Au petit matin, après certainement une nuit très agitée, Epi tue à coups de marteau celui qui semblait être son ami Tanveer! Comment, cela on le sait, mais pourquoi telle est la question.
   Dans la précipitation qui s'ensuit, Epi se sauve et Álex, son frère, fait disparaître l'arme du crime. Un Pakistanais qui se trouvait là pour profiter des toilettes, ferait un coupable idéal. Mais cela nécessite malgré tout un minimum de précautions, et une certaine concertation entre les deux frères et aussi la femme responsable de tout cela, Tiffany, qui fut tour à tour maitresse d'Epi et de Tanveer. Elle a évincé de son lit le premier quand le second est sorti de prison!
   La mort de Tanveer revue et corrigée par la communauté maghrébine, devient un haut fait d'armes où il est abattu par la police... puis par un mac pour avoir un peu trop tabassé une gagneuse. Rumeurs et fantasmes.
   Au bar, Salva, le patron n'est pas trop triste de la mort de Tanveer, mais il cherche à protéger son commerce alors la version que donnera Álex à la police l’intéresse au plus haut point. Mais celui-ci est-il crédible? Une étrange affection le rapproche de ce dernier. Les souvenirs de la vie passée, avant les changements survenus dans le quartier, chose qui a fait fuir tous les autochtones. Commence alors un chassé-croisé entre les protagonistes de cette nuit et les souvenirs qui les ont conduit à ce fait divers matinal.
   Epi Dalmau, malgré les conseils de son frère, ne peut se résoudre à oublier Tiffany. L'arrivée du métisse dans le quartier a foutu en l'air sa vie, pas glorieuse soit, mais heureuse. Álex Dalmau, son frère, schizophrène, ancien drogué ; avec son frère, ils sont un peu escrocs, ayant oublié de déclarer le décès de leur mère pour continuer à toucher les prestations et allocations diverses. Ils se souviennent de leur père, professeur humilié et méprisé.
   
   Tanveer Hussein est l'image même du caïd de banlieue, qui ressemble d'ailleurs beaucoup à son cousin français. Flambeur, dealer, considérant les femmes comme des jouets sexuels, métis : père arabe et musulman et mère espagnole. Pour lui tout peut se voler et tout le monde peut trahir! L'argent et la force sont aussi des arguments sonnants et trébuchants!
   Tiffany Brisette demi-mondaine, femme d'apparence peu fatale l'auteur la décrit ainsi :   "Tiffany n'a rien de fracassant. Et plutôt petite, la tête comme enflée et de grands yeux".
   Elle doit malgré tout avoir des qualités cachées.
   D'autres personnages hantent les nuits de Barcelone, Pep le policier, Rocìo Baeza, la vieille femme qui se prostitue, en manque de clients, car la concurrence africaine est rude, et en faisant en sorte que son mari l'ignore! Alors quand une camionnette s'arrête... elle se dit qu'elle n'aura pas perdu sa nuit... mais il se peut qu'elle trouve autre chose...
   
   Une plongée dans une ville en pleine mutation, des faubourgs en voie de paupérisation où se retrouvent les laissés pour compte, d'une fausse prospérité qui fut basée sur du vent et la spéculation immobilière! Sexe, alcool et drogue avec pour corollaire une violence décuplée pour trouver l'argent nécessaire pour avoir l'impression pendant quelques secondes d'exister. Une grande bouffée de nostalgie pour une ville (encore une!) qui semble avoir perdu son âme.
   
   
   Extraits :
   
   - Apparemment, il n'y a guère d'urgence à appeler les secours.
   
   - Vivre à New York. Être immensément riche. Ne pas être né dans cette ville de merde remplie de vélos et de chieurs.
   
   - Cette main qui peut caresser peut également frapper. C'est à cela que ressemble la leçon.
   
   - Comme si chacun avait séquestré le secret de l'autre et qu'aucun des deux ne pensait un seul instant payer le prix de leur libération.
   
   - Des musiques étranges, des mots neufs et ce désagréable acharnement à vouloir conquérir le Nouveau Monde.
   
   - Que dans le voisinage ne reste plus que des tarés, des pauvres, des junkies, des ivrognes et des vieillards.
   
   - Le problème avec les voix intérieures, la musique qui joue fort dans les voitures et les rêveries sexuelles, c'est que ça distrait.
   
   - Un jour, une amie de turbin lui a dit qu'il y avait pire que faire la pute : le faire sans avoir de clients.
   
   - Aujourd'hui encore, même si sa propre famille n'existe plus, Epi ressent toujours de la haine pour eux. Si catalans, si civilisés, si citadins.
   
   - Il continue sa recherche : une chanson en anglais. Futé comme il est, il la traduit. Ce soir, c'est le soir. Un avertissement. Epi presque une prémonition.
   
   - Álex était l’eunuque chargé de préserver la virginité de sa reine. L'être inoffensif. Álex s'en fichait.
   
   - Rubén est si préoccupé par l'invasion des Noirs, des Arabes et des Latinos que les pédés, pour le moment, ne sont pas encore trop.
   

   
   Titre original : Tarde, mal y nunca. (2009)
   
   * Policiers catalans

critique par Eireann Yvon




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