Lecture / Ecriture
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Souvenirs d'antan de Nikolaï Lvov

Nikolaï Lvov
  Souvenirs d'antan

Souvenirs d'antan - Nikolaï Lvov

Lvov ressuscite Tolstoï
Note :

   Dans un livre récent Vladimir Sorokine parodiait la Russie éternelle, Nikolaï Lvov, lui, tresse des couronnes à ses souvenirs, cette Russie d’avant la révolution c’est la sienne et quand il regarde en arrière c’est pour se souvenir des jours heureux."
   
   Le narrateur, Aliocha dont on devine aisément qu’il le double du romancier, est tout juste adolescent alors que règne Alexandre II dont on attend des réformes et qui permet à tous de regarder l’avenir avec optimisme.
   Moscou est le centre de la vie d’Aliocha, loin de la capitale Moscou vit encore à l’heure de la simplicité "Dans les rues recouvertes de pavés biscornus, entre les fentes, l’herbe verdoyante affleurait à la surface"
   Des petites échoppes occupent la Place Rouge, nobles et artisans, paysans, tout le monde respecte les rites religieux de la foi orthodoxe "les enfants recevaient leur éducation à la maison" tout le monde se connaît : les Gagarine, les Troubestkoï, les Chtcherbatov...
   
   La vie est rythmée par les saisons, au printemps "les enfants sautaient dans la rue par les fenêtres" l’hiver "ils dévalaient les pentes glacées et patinaient sur les étangs du Patriarche"
   
   Musique et littérature tiennent une grande place dans la vie d’Aliocha, mais aussi le précepteur qu’il déteste, la Niania qui le console de tout.
   
   L’été c’est le temps des visites il se souvient de son attente "nous regardions au loin, la grande route bordée de tilleuls centenaires, d’où devait surgir la calèche" celle de sa cousine Tania dont il va tomber éperdument amoureux comme on peut l’être à dix ans.
   La mémoire de la maison c’est Pelaguia Agapovna, c’est elle qui relate les faits et gestes des grands-parents, le temps où la famille vivait dans une isba de bois, les mariages, les pertes de jeu.
   
   Tout est empreint de poésie "les bosquets de lilas" "le pré en pente jusqu’à l’étang" les jeux, les représentations théâtrales, la lecture à voix haute du soir, la passion d’Aliocha pour Walter Scott...
   
   Mais bientôt c’est la fin de l’enfance, la guerre de Crimée va éclater dispersant la famille, le père part pour le Caucase, le narrateur entre dans le monde adulte.
   
   Des souvenirs superbement évoqués, la prose est simple et belle, poétique, parfois lyrique. Quand Nikolaï Lvov écrit ses souvenirs la Russie a basculé, le monde idyllique de l’enfance est loin, l’auteur profondément attaché à sa patrie est un esprit libre, il s’est marié avec une paysanne de son domaine et dénonce les abus, la pauvreté, sa proximité avec le peuple russe le pousse à s’engager politiquement mais la guerre civile lui fera prendre le chemin de l’exil.
   
   C’est la Russie des romans de Tolstoï, de Tourgueniev, de Bounine qui est présente ici ressuscitée par Nikolaï Lvov.

critique par Dominique




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