Lecture / Ecriture
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Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza

Goliarda Sapienza
  L'Art de la joie
  Moi, Jean Gabin
  L'université de Rebibbia

Sicilienne, comme son héroïne de l'Art de la joie, née dans une famille socialiste anarchiste, Goliarda est entrée à l’Académie d’Art dramatique de Rome et a travaillé entre autres avec Luchino Visconti.

Elle commence dans les années 60 un cycle d’ouvrages autobiographiques qu’elle interrompt pour écrire son chef d’œuvre « L’ART de la JOIE » qui lui prendra 10 ans.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Moi, Jean Gabin - Goliarda Sapienza

Un féroce appétit de vivre
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Comme beaucoup, j'ai découvert Goliarda Sapienza avec le magistral "L'art de la joie"... et puis plus rien... les années ont passé sans qu'on reparle plus que cela d'elle, son œuvre, pourtant une des plus marquantes de la littérature contemporaine italienne au dire de beaucoup, n'étant pas traduite. "L'art de la joie" a cependant poursuivi son bonhomme de chemin, trouvant de nouveaux lecteurs. Jusqu'à ce que les éditions Attila décident d'ajouter une nouvelle pierre à l'édifice, et s’attellent à la tâche de traduire et éditer le reste de ses écrits permettant aux lecteurs qui n'ont pas le bonheur de pouvoir lire en italien dans le texte, de découvrir cette année "Moi, Jean Gabin".
   
   J'ai un peu tourné autour, un peu hésité, me demandant si la magie de "L'art de la joie" allait se renouveler. Je m'en suis approchée un peu dubitative, pour me trouver, dès les premières lignes, bousculée comme il y a 4 ans de cela. Il y a dans "Moi, Jean Gabin" le même souffle de liberté, la même violence, la même force des mots. Le même bonheur de vivre quelques soient les obstacles. On part sur les traces de cette gamine montée en graine, on entre avec elle dans cette famille de militants, d'artistes, débordante d'amour et de haine. C'est à la fois terrifiant et passionnant. Goliarda Sapienza parvient à faire vivre au lecteur cette enfance atypique, libre et violente. Le fascisme est là, caché derrière les portes et les bonheurs quotidiens, la guerre frappe à la porte, mais il y a Jean Gabin, les convictions féroces et l'appétit de vivre sous le soleil cru qui inonde Catane.
   
   On comprend un peu, à cette lecture, ce qui a porté, toute sa vie, Goliarda Sapienza.
   
    Je salue au passage le très beau travail des éditions Attila: non seulement elles offrent un texte merveilleux, mais en plus une biographie, des photographies qui permettent de mieux découvrir Sapienza et son invraisemblable famille.
   
   Vous l'aurez compris, j'ai aimé. Et plus encore. "Moi Jean Gabin" est, comme "L'art de la joie", de ces textes dont on sait qu'on les relira.
   
    "La vraie beauté a comme une pudeur innée, une défense dont la nature entoure ce qu'elle estime précieux et digne seulement de qui saura l'apprécier."

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critique par Chiffonnette




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Une ado sous influence
Note :

   Que le titre ne vous trompe pas, ceci n'est pas un livre sur le cinéma et l'auteure n'a pas écrit les mémoires de Jean Gabin. Voici en fait les souvenirs d'adolescence de G. Sapienza !
   
   Elle est la dernière née, en 1924, dans une famille recomposée et de ce fait nombreuse. Maria, sa mère avait eu sept enfants d'un même compagnon mort à la guerre et Giuseppe son père avait eu trois enfants avec une épouse décédée quatre ans auparavant. C'est le socialisme qui a créé leur foyer tourné vers la défense des pauvres et des ouvriers. Le ménage connu pour sa liberté de pensée et son antifascisme réside dans la Civita, le quartier populaire de Catane où Goliarda fait son éducation plus qu'à l'école.
   
   Au cinéma Mirone, dans son quartier, elle assiste fascinée à la représentation de Pépé le Moko ; on annonce pour bientôt la sortie de Quai des brumes. Le récit autobiographique tient dans l'intervalle. La gamine a été si impressionnée par l'acteur français qu'elle s'imagine dialoguer avec lui tout en vivant sa vie de petite dernière dans une maisonnée assez bizarre où un demi-frère, Ivanoé, l'élève plus que sa mère, et où les domestiques qui se succèdent, Tina puis Zoé, sont des criminelles en fin de peine où en libération anticipée dont Giuseppe a été l'avocat. Frisson garanti : Tina cache un couteau dans son corsage.
   
   Quand elle oublie l'école et le professeur Jsaya, Goliarda qu'on surnomme Iuzza, va traîner chez l'oncle Giovanni un commerçant qui pourrait lui confier une livraison susceptible de rapporter une ou deux lires, ou chez le montreur de marionnettes, où elle pourra raccommoder des puppi pour quelques lires aussi. C'est qu'il faut travailler pour financer les places de cinéma et les crespelle car à la maison il n'y a pas toujours à manger. Mais gare à la frangine Musetta qui a découvert la cachette des quelques lires mises de côté !
   
   C'est agréablement écrit, d'une plume amusée voire impertinente, et juste assez long pour peupler une après-midi de lecture en rêvant au soleil de Catane. En appendice, un dossier rappelle la vie compliquée de Goliarda Sapienza que l'on connaît surtout par son chef-d'œuvre, l'Art de la Joie.

critique par Mapero




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