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Ce que cache ton nom de Clara Sanchez

Clara Sanchez
  Ce que cache ton nom

Clara Sanchez est une écrivaine espagnole née en 1955.

Ce que cache ton nom - Clara Sanchez

Rencontre improbable
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Sur les 261 œuvres présentes sur la liste du prix Nadal 2010, la plus prestigieuse récompense littéraire espagnole, c’est ce roman de Clara Sanchez qui l’a obtenu.
   
   Au cœur de ce roman se tient la rencontre, plus qu’improbable a priori, dans une petite ville de la Costa Brava espagnole, de deux êtres que tout sépare et qui n’auraient jamais dû se rencontrer: Julian, à la fin de sa longue vie, un républicain espagnol, rescapé du camp de Manthausen et Sandra, une toute jeune femme, enceinte d’un homme qu’elle croit ne pas aimer, venue se réfugier là, dans une petite maison prêtée par sa sœur.
   Julian poursuit des criminels nazis, de paisibles retraités en apparence, dont un couple d’octogénaires norvégiens qui se prennent d’amitié pour Sandra qu’ils installent bientôt dans leur belle villa. Quelle est leur véritable intention?
   Heureusement Julian met en garde Sandra qui va l’aider dans ses recherches mais le danger guette cependant.
   
   Ce n’est pas à proprement parler un thriller, ni un policier mais plutôt un bon roman psychologique où priment les sentiments humains, des plus violents aux plus subtils. La haine, l’amour, l’amitié, la jalousie et le besoin de vengeance et de justice, dominent tour à tour. La toile de fond, derrière l’apparence légère et anodine d’une petite station balnéaire espagnole, n’est rien moins que la tragédie apocalyptique des camps de concentration nazis dans toute leur horreur.
   
   C’est avec plaisir et intérêt que j’ai lu ce roman essentiellement pour les deux narrateurs que sont les deux personnages principaux habilement campés dès les premières pages. Après quoi, la curiosité nous entraîne à vouloir savoir ce qu’ils vont devenir : on ne peut plus lâcher l’histoire! Le récit balance constamment entre les récits des deux narrateurs.
   
   Julian: "Ma fille pensait que j’étais un vieux fou, un cas désespéré obsédé par un passé qui n’intéressait plus personne et dont il n’oubliait ni un jour, ni un détail, ni un visage, ni un nom, même si c’était un nom allemand long et compliqué, alors qu’il devait souvent faire un gros effort pour se rappeler le titre d’un film."
   Sandra: "J’étais enceinte de cinq mois et, plus ça allait, moins je voyais clair dans la question de savoir si je pouvais avoir ou non l’envie de former une famille ; d’un autre côté, c’était un fait que j’avais laissé mon travail, avec une complète insouciance, justement maintenant que le travail était difficile à trouver, et que ça allait être dur de m’occuper toute seule de l’enfant.
   C’était fin septembre: on pouvait encore se baigner et prendre le soleil. Vers le milieu du mois, les maisons alentour avaient fermé leurs portes jusqu’au prochain été. Quelques-unes seulement , comme la nôtre, restaient habitées toute l’année et la nuit, malgré les lumières, d’ailleurs peu nombreuses et éparpillées, elles donnaient une terrible impression de solitude."

   
   Titre original : Lo che esconde tu nombre
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critique par Mango




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Moyen moyen...
Note :

   Fredrik et Karin Christensen vivent paisiblement dans une petite ville près d'Alicante. Ce sont d'anciens nazis. Elle ancienne infirmière, lui ex-tortionnaire. Sandra est une jeune femme enceinte en plein questionnement sur son avenir, celui de son enfant. Le hasard veut qu'un jour tous les trois se rencontrent et nouent une relation petite-fille/grands-parents qui bénéficie à chacun d'eux. Julian est un vieil homme qui a passé sa vie, après avoir été déporté au camp de Mathausen, à rechercher  les anciens nazis cachés. Il vit en Argentine et sur les conseils de son vieil ami Salva, il atterrit dans cette petite ville, prêt à débusquer le couple Christensen. Il se lie lui aussi avec Sandra.
   
   Ce roman part d'une idée excellente et débute sous les meilleurs auspices :"En sortant de là-bas [Mathausen], moi je voulais juste être normal, m'incorporer à l'humanité normale. Mais lui [Salva] m'avait dit que ce serait impossible, qu'il faudrait continuer à survivre. Et il avait raison, jamais plus je n'ai pu me doucher en fermant la porte à clé, jamais plus je n'ai pu supporter l'odeur de l'urine, pas même la mienne. A l'époque du camp, Salva avait vingt-trois ans et moi dix-huit, et j'étais physiquement plus fort que lui. Quand on nous a libérés, il pesait trente-huit kilos. Il était squelettique et pâle, mélancolique et très intelligent." (p.10)
    Très emballé, je me lance donc dans cette lecture avec envie et enthousiasme. Malheureusement, cette envie et cet enthousiasme furent vite réfrénés. Que de propos inutiles et oiseux dans la première partie de ce roman! C'est sans doute grâce à mon intelligence très au-dessus de la moyenne (avertissement : évidemment, c'est de l'humour, je ne suis pas "très au-dessus de la moyenne", plutôt "très largement au-dessus"!) que j'avais compris que Sandra n'allait pas bien, qu'elle nouait une relation pas très saine avec les Christensen et que Julian n'allait pas se faire que des amis en Espagne. Je dis cela parce que l'auteure nous le rabâche tellement qu'à force j'ai fini par y croire moi à mon QI sur-développé! Je serais franchement déçu voire abattu et même carrément dépressif si l'on me prouvait le contraire. Mais, je suis d'un naturel optimiste donc j'y crois à donf.
   Toujours est-il que la très bonne idée de départ de ce roman est noyée dans des considérations peu importantes sur la grossesse, le tricot, les faiblesses qu'apportent l'avancée en âge, pas inintéressantes, certes, mais de nombreuses fois répétées. Alors, je me pose donc la question suivante : pourquoi écrire 444 pages là où 250 auraient largement suffi? Un format plus compact aurait dynamisé le récit, donné du rythme et empêché l'esprit du lecteur (le mien au moins) de divaguer, de papillonner, de s'envoler vers des horizons lointains à certains moments (Est-ce que j'ai bien fermé le gaz? Qu'est ce que je vais préparer à manger ce soir? Je fais le ménage cet après-midi ou demain? Demain, là, je lis! Ah oui, à propos Yv, reviens dans ta lecture!)
   
   Tout n'est pas mauvais bien au contraire, les personnages évoluent : il sont bien décrits à leurs différentes phases, Sandra, particulièrement et Julian aussi même si l'on peut remarquer pas mal de clichés et de stéréotypes. L'auteure sait installer des rebondissements pour retenir le lecteur, et placer des réflexions, des phrases fortes :"Avant de connaître Karin, il ne me serait jamais venu à l'esprit que le mal prétend toujours faire le bien. Karin affectait toujours de faire le bien, et avait fait de même lorsqu'elle avait tué ou aidé des innocents. Le mal ne sait pas qu'il est le mal, tant que quelqu'un ne lui arrache pas le masque du bien." (p.144) Le problème étant que ces passages plus "sérieux" doivent être repérés dans une littérature passe-partout. Point de recherche d'écriture ici pour retenir le lecteur.
   
   Disons pour résumer que c'est un bouquin pas mal qui aurait pu être très bon voire excellent après un régime amaigrissant évident et un passage dans un salon de beauté pour embellir le style littéraire. Preuve que ce que je raconte est totalement subjectif, ce livre est un best-seller en Italie et en Espagne et a eu un prix (le Prix Nadal 2010). Mais s'il fallait se fier aux différents et nombreux prix...

critique par Yv




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