Lecture / Ecriture
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Le monde à l'endroit de Ron Rash

Ron Rash
  Un pied au paradis
  Serena
  Le monde à l'endroit
  Une terre d'ombre
  Incandescences
  Le Chant de la Tamassee

Ron Rash est un auteur américain de poèmes, de nouvelles et de romans né en 1953.

Le monde à l'endroit - Ron Rash

Le décor et les personnages !
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Titre original : The World Made Straight, 2006.
   
   En Caroline du nord, l’année 1962-63. Dans les environs d’Asheville, le comté de Madison.
   Travis Shelton 17 ans, a quitté l’école. Il aide son père à s'occuper d'une plantation de tabac. Le vieux n’est jamais content, considère son garçon comme un bon à rien, et le bat volontiers. Travis est parti pêcher des truites pour les vendre, et se faire un peu d’argent de poche. Il tombe sur un champ où l’on cultive la marijuana. Après en avoir cueilli pas mal, il se met en contact avec Shank son ami pour les revendre. Shank l’amène chez Leonard Shuler. Leonard a l’âge d’être son père ; il vit dans un mobile home avec une femme toxicomane, deux chiens de chasse pas méchants du tout, des étagères pleines de livres, des disques de classique et country, et une belle Winchester. Renvoyé du collège où il enseignait l’histoire, Leonard est devenu dealer après avoir fait des tas de petits métiers.
   
   Lorsque Travis l’imprudent se fait coincer par les propriétaires du champ de cannabis, Carlton Toomey et son fils, il se réfugie chez Leonard, et se met à étudier et à lire, en vue de changer de vie. Une vie pas facile, les Toomey sont menaçants, le père de Travis le rejette, sa petite amie ne veut rien lui céder. Leonard voudrait qu’il réussisse là où il a échoué. Travis n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite.
   
   Une tragédie datant de la guerre de Sécession va symboliser l'antagonisme de Travis et Leonard. Leurs ancêtres n’étaient pas du même côté, et le massacre de Laurel Shelton pèse sur leur relation. Ils font des pèlerinages au lieu du massacre : Laurel Shelton est de ces lieux "qui te paraissent plus vrais que toi, donc, c’est qu’ils sont hantés".
   Travis s’est épris de David Shelton l’un de ses ancêtres, massacré là-bas à l’âge de douze ans.
   Leonard affectionne son trisaïeul le docteur Candler, dont il possède le journal de bord ; le docteur Candler bon médecin et fin lettré, jeté dans cette guerre, fut-il coupable? Et Leonard qu’a-t-il été faire dans cette galère?
   Comment Travis le rebelle peut-il envisager son avenir?
   
   Un beau roman d’apprentissage, une langue travaillée, poétique et abrupte, qui nous fait aimer cette terre montagneuse au climat rude et ses personnages tourmentés.
   ↓

critique par Jehanne




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Un coin des Appalaches
Note :

   Ron Rash nous a habitués (pour notre plus grand plaisir) à des histoires bien âpres et noires, sans un gramme de graisse, se déroulant du côté des Appalaches. Cette fois ci, le jeune Travis Shelton se cherche un peu. Ses copains ne rechignent pas à boire de la bière et goûter à diverses drogues, fournies entre autres par les Toomey et Leonard, ex-prof devenu dealer. Travis vole des plans de de cannabis aux Toomey, qui le punissent très sévèrement.
   
   La vie de Travis prend un nouveau tournant quand, suite à une n-ième dispute avec un père dur et intransigeant, il emménage chez Leonard. Qui le pousse à reprendre sérieusement ses études et l'entraine dans sa passion pour un événement de l'histoire locale.
   
   Ron Rash décrit toujours merveilleusement bien ce coin des Appalaches. Il a l'art de présenter ses personnages sans rien imposer à son lecteur, le laissant juge. Toujours un côté tragédie à l'ancienne, quand il dénoue l'histoire de ses personnages au lieu même où s'est déroulée un événement frappant de la guerre de Sécession, impliquant les ancêtres de divers protagonistes. Symboliquement très fort.
    ↓

critique par Keisha




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Beaucoup de qualités
Note :

   "Travis voulait partager un peu de cette assurance-là, et grâce à ses lectures c'était bien parti. Il apprenait d'une façon nouvelle, chaque devoir de lecture et chaque discussion reliée à une seule chaîne. Sauf que chaîne n'était pas le bon mot, parce que les chaînes maintiennent les choses serrées et que Travis avait la sensation inverse, celle d'un élargissement, comme des ondulations sur un étang. Synthèse. Voilà comment Léonard appelait cette forme de correspondance, et il prétendait qu'un tas de gens en fac, y compris certains qui y enseignaient, étaient incapables de faire ce qui venait naturellement à Travis."
   

   Travis a 17 ans ; il vit et travaille sur la ferme de son père, cultivateur de tabac, dans les Appalaches. Celui-ci est dur avec lui et ne lui a jamais reconnu la moindre qualité. Il aime aller pêcher la truite, et c'est en explorant un ruisseau qu'il découvre par hasard des plants de cannabis. Il va les vendre à Léonard, un dealer notoire, par l'intermédiaire de son ami Shank.
   
   Il aura le tort d'y retourner et le propriétaire du cannabis le piégera et le punira avec une grande brutalité. Son père en profitant pour le rabaisser encore plus, Travis va quitter la ferme et s'installer chez Léonard le dealer, ancien professeur, qui a détecté chez lui des capacités d'apprendre inexploitées.
   
   Pendant un an, Léonard va faire travailler Travis dans son mobil-home pourri, occupé également par Dana, une toxico. Lori, la petite amie de Travis va aussi l'inciter à reprendre ses études. Léonard a exercé comme professeur et les enchaînements qui l'ont amené à se retrouver dealer à la petite semaine lui ont fait perdre sa femme et sa fille, parties en Australie.
   
   Par ailleurs, chaque chapitre commence par le journal d'un médecin qui a participé à la guerre de sécession. Léonard révèle à Travis qu'il y a eu un massacre dans le coin dont personne ne parle plus, mais qui a concerné sa famille. Travis se passionne pour le sujet et approfondit les recherches. Le présent finira par se mélanger au passé, obligeant chacun à affronter ses fantômes.
   
   Si on se prend à espérer parfois que Travis va suivre tranquillement sa route, chez Ron Rash, la rudesse des hommes est toujours prête à se manifester, les réactions sont viriles, les vieilles rancunes remâchées, les erreurs ne pardonnent pas et rien n'est donné facilement.
   
   Troisième roman de l'auteur, aussi bon que les précédents. J'y ai retrouvé l'amour de la nature, du travail bien fait et respectueux de la terre, la fine analyse de la psychologie des hommes, le poids du passé sur le présent et une intrigue parfaitement menée.
   
   Si vous n'en avez encore lu aucun, mon préféré à ce jour reste "Un pied au paradis".
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critique par Aifelle




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Rudesse du Nouveau Monde
Note :

    On a tendance à l’oublier mais la vie dans le Nouveau Monde, je veux parler ici des Etats – Unis (ou au moins de l’Amérique du Nord), est rude. Notamment en milieu rural. Guère de protections sociales, comme en Europe, guère "d’amortisseur", c’est la règle du "chacun pour sa peau" et il vaut mieux être fort plutôt que faible. On a souvent tendance à l’oublier.
   
   Dans "Le monde à l’endroit", Ron Rash nous remet justement la tête à l’endroit. C’est que le monde dont il est question n’est pas la Californie ou une grosse métropole de la Côte Est, il s’agit d’un bled paumé de Caroline du Nord, rural de chez rural, où le père de Travis Shelton tente de faire survivre sa famille en s’éreintant – et en demandant à Travis de s’éreinter de la même manière – à produire du tabac qui ne génère guère de profit, en tout cas pas en rapport avec les efforts abrutissants à fournir.
   
   Travis a 17 ans. Il est mal dans sa peau. Il se sent brimé, pas reconnu à sa valeur, plutôt en rébellion. Le terreau est propice pour commettre une c… . La c… en question, c’est qu’il tombe un beau matin, partant pêcher la truite, sur une plantation clandestine de cannabis. Et qu’il en prélève des plants, qu’il revend à un dealer notoire, Leonard Shuler. Hélas il prend goût à cet argent plus facile que celui du tabac. Il y retourne et … tombe sur le propriétaire, Carlton Toomey et son fils, le degré juste au-dessus des dégénérés mentaux, qui lui fait payer cher son vol. Il lui sectionne gentiment au couteau un tendon d’Achille (trop cool!). Tout va s’enchaîner derrière : la fuite de la maison familiale après brouille définitive d’avec le père, le refuge trouvé auprès de Leonard Shuler qui s’avère en fait un enseignant en rupture de ban et qui a pas mal de problèmes psychologiques à régler lui aussi.
   
   Paradoxalement la prise en main de Travis par Leonard s’avèrera positive, Leonard retrouvant ses réflexes d’enseignant. Ron Rash va nous décrire la maturation de Travis dans ces moments clés de la formation d’un homme. Se greffera sur tout ceci le passé (même aux Etats – Unis!) qui va diviser les deux hommes, un passé qui date de la guerre de Sécession et relatif à un massacre comme on sait en commettre en temps de guerre… Et puis l’amour aussi. Que serait une formation d’homme sans amour?
   
   Pas simple non plus. Mais Ron Rash ne choisit pas la simplicité, Ron Rash a choisi de nous écrire un beau roman : c’est le cas.

critique par Tistou




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