Lecture / Ecriture
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Transsibérien de Dominique Fernandez

Dominique Fernandez
  L'art de raconter
  Avec Tolstoï
  Porporino Ou Les mystères de Naples
  Transsibérien
  La Course à l’abîme

Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Ecole Normale Supérieure, agrégation d'italien, doctorat ès-lettres. Il écrit régulièrement pour le Nouvel Observateur. Il a obtenu le prix Médicis en 1974.
Il publie "L'Art de raconter" en 2007 et "Ramon", la biographie de son père, en 2009.
(source l’éditeur)

Transsibérien - Dominique Fernandez

A travers la steppe
Note :

   Photographies de Ferrante Ferranti
   
   
   "L’expérience du Transsibérien abolit toute distinction entre soi et le monde, par une dilatation de l’individu à l’infini"
   
   J’avoue, j’ai un faible pour Dominique Fernandez, son Tolstoï m’a beaucoup plu et j’ai craqué pour son dernier livre : "Transsibérien".
   Il faut dire qu’en le feuilletant en librairie que suis tombée sur cette phrase "Ce récit, je m’en excuse, sera farci de lectures et relectures" ce qui fut une incitation très forte.
   
   En 2010 Dominique Fernandez a participé à un voyage dans le cadre de l’Année Franco-Russe, un voyage mythique en Transsibérien.
   Avec une pléiade d’autres auteurs et journalistes, à bord de wagons aux couleurs des deux pays.
   "Le Transsibérien quitte chaque jour Moscou, gare de Iaroslavl, à 16H50"
le bout du voyage est sur la quai de Vladivostok quelques 9000 km plus tard.
   L’auteur se fixe quelques règles pour ce journal de voyage : pas question d’être "aveugle et bêtement enthousiaste" mais rester vigilant, observer, s’interroger, critiquer si nécessaire mais à la manière d’un amoureux de la Russie.
   L’auteur a prévenu, les références littéraires seront nombreuses, l’occasion pour le lecteur de se plonger dans un bain de littérature russe de Tchekhov en route pour Sakhaline, Dostoïevski en route pour la Maison des morts, en passant par Tolstoï et ses récits du Caucase ou Gorki, celui des récits d’enfance, avant qu’il encense la construction du Belomorkanal.
   
   C’est aussi le voyage vers le Goulag de Chalamov ou Soljenitsyne car "Très rare sont les ouvrages qui parlent d’une autre Sibérie que celle des prisons, des camp, des travaux forcés".
   Mais la Sibérie c’est aussi l’aventure, la toundra glacée, l’impétuosité de l’Ienisseï, le "silence du Baïkal" ou le fleuve Amour.
   Les étapes du voyage sont une litanie de noms qui font rêver : Nijni-­Novgorod, Ekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk, Irkoustk, Krasnoïarsk...
   
   "Des rivières, des tourbières, des étangs coupent l’immense forêt. Pas une maison, pas un homme, pas une automobile, pas un animal. Un monde s’étend devant nous, aussi neuf qu’à son origine La plaine, les arbres, le ciel, toujours la plaine, toujours les arbres, toujours le ciel, dans une suspension du temps qui ouvre la porte sur l’éternité".
   
   A chaque étape, voyage officiel oblige, c’est une succession de réceptions en fanfare, de dîners, de rencontres plus ou moins contraintes avec des Russes, de spectacles, de visites, de conférences.
   Les conditions matérielles sont très bonnes comparativement au voyageur lambda, une provodnitsa à leur service exclusif pour assurer la vie à bord, cette employée est chef du samovar qui trône en tête de wagon toujours prête à délivrer les verres, le thé, le sucre et faire abaisser les marches du wagon à chaque arrêt.
   La traversée occasionnelle du wagon de troisième classe remet les pendules à l’heure russe, l’inconfort réservé au "prolétariat d’esclaves" soulève l’indignation de Dominique Fernandez.
   
   Au gré des étapes et visites organisées on passe d’un conservatoire de musique à une représentation du Barbier de Séville à l’Opéra d’Ekaterinbourg, on apprend que Rudolf Noureev est né dans un wagon du Transsibérien. Parfois les visites sont décevantes et les rencontres ou les échanges avortés. Mais il y a aussi des moments de grâce comme cette rencontre avec des lycéens qui se livrent à un jeu littéraire franco-russe à faire pâlir d’envie n’importe quel enseignant.
   Moment d’émotion que celui où Irina une des accompagnatrices russes lui propose "d’aller déposer des fleurs au pied du monument élevé à la mémoire du poète Ossip Mandelstam" c’est la dernière image qu’emporte Dominique Fernandez, la statue de celui qui écrivait
   "Fourre-moi plutôt, comme un bonnet, dans la manche de la chaude pelisse des steppes sibériennes".

   
   j’ai aimé ce voyage mais je n’ai pas tout à fait tout dit. Si la littérature russe est largement présente la française ne l’est pas moins et de Théophile Gautier à Balzac , d’Alstophe de Custine à Alexandre Dumas, nombreux sont les français qui ont écrit sur cette Sibérie. Il invite aussi à la lecture d’Andréï Makine le sibérien le plus français qui soit.
   En vrai amoureux de la Russie l’auteur rend le voyage passionnant, deux carnets de photos accompagnent parfaitement le texte.
   Vous vous dites peut-être qu’il y a un grand absent dans toutes ces évocations, LE héros de la Sibérie, le courageux, le téméraire Michel Strogoff... ce n’est pas un oubli, ce sera pour la prochaine étape.

critique par Dominique




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