Lecture / Ecriture
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C de Tom McCarthy

Tom McCarthy
  C

Tom McCarthy est un écrivain anglais né en 1969.

C - Tom McCarthy

Ça valait la peine
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Je vais tout d'abord vous situer l'histoire à grands traits:
    ce sera celle de Serge Carrefax que nous découvrons à sa naissance en 1898 et que nous suivrons jusqu'à son terme. Il nait dans le domaine de Versoie où sa mère (sourde et le plus souvent absente pour cause de brumes opiacées) tient un élevage de vers à soie qui va jusqu'au tissage et la vente de pièces de soierie; et où son père, savant et inventeur excentrique, passionné de transmission par ondes de sons puis d'images, tient une école pour sourds auxquels il apprend à maîtriser leur voix pour pouvoir s'exprimer oralement. Il a une sœur ainée (Sophie) qui, très jeune, manifeste une intelligence très vive, un fort caractère, un vocabulaire remarquablement étendu et précis, et un esprit scientifique total. Ce sont d'ailleurs de brillantes études d'entomologie qu'elle entamera avant de se donner la mort. Serge lui, plutôt maladroit au contraire, réduit de vocabulaire -du moins dans son jeune âge-, calme et plutôt docile, a hérité de la passion du père pour les ondes et devient télégraphiste, amateur d'abord puis militaire quand survient la guerre de 14-18 durant laquelle il sera observateur et mitrailleur sur un avion. Plus tard, il visitera l'Egypte et les fouilles archéologiques que l'auteur nous présente bien démythifiées...
   
   Ce qui frappe à la lecture de ce roman, c'est l'absence de sentiment. Aucune affection (ni haine, notez bien) n'est manifestée au sein de la famille. Serge et Sophie s'entendent assez bien et il y aura plus tard, après coup, des évocations de tendances incestueuses, mais on n'en voit rien et l'ambiance n'est ni aux gestes, ni aux mots tendres. La mère ne s'intéresse à personne et le père (genre "grande gueule") trouve tout "Formidable!" mais ne suit jamais que sa propre pensée. Serge lui-même est un être neutre, autonome, égocentré, qui ne manifeste le besoin de personne, aime bien tout le monde, mais sans désir de proximité, aime encore un peu plus certaines femmes (de préférences dotées de particularités physiques inattendues), mais n'est pas du genre à éprouver une grande passion amoureuse. Le lecteur est un peu perdu face à ce déroulement de vies sans affects. C'est l'absence d'amour, je l'ai dit, mais aussi l'absence de peur alors que les survivants de son escadrille seront rares à la fin de la guerre, l'absence de compassion aussi.
   
   Tout le livre tourne autour de l'idée de communication. C'est la communication des sourds, du télégraphe, des livres, du journal, des petites annonces à clé, du cryptage des codes secrets, des signes sur les murs de Londres, des langues étrangères et leur traduction, des hiéroglyphes, et même la communication avec les morts grâce à une séance de spiritisme pas piquée des hannetons. Une sorte de paradoxe avec des personnages centraux qui communiquent si peu.
   
   Divisé en quatre parties : Crépine – Chute – Collision – Communication, ce roman est placé sous le signe du C, comme carbone ("Le carbone : l'élément fondamental de la vie") mais aussi papier carbone. C comme communication code crypte Carrefax Caire cocaïne cyanure etc. sans compter les initiales qui n'ont pas survécu à la traduction. (Je remarque que cela aurait presque pu être aussi le livre du S, beaucoup de personnages ayant cette initiale.)
   Il est rédigé entièrement au présent ce qui accentue le non-recul réfléchi, on est plutôt dans le compte-rendu, sentiment accentué par les descriptions cliniques détaillées et l'usage du vocabulaire scientifique.
   
   Mon sentiment a évolué au fil des 425 pages de ce roman un peu difficile. Intérêt au début puis léger ennui face aux longues descriptions hyper détaillées, un peu de rejet des personnages et de cette façon d'écrire puis, l'intérêt s'éveille justement pour cette façon d'écrire, lecture plus favorable et intéressée pour terminer convaincue de la valeur littéraire de l'objet. Ça valait la peine d'être fait, ça valait la peine d'être lu.

critique par Sibylline




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