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Chardin, la petite table de laque rouge de Alice Dekker

Alice Dekker
  Chardin, la petite table de laque rouge

Chardin, la petite table de laque rouge - Alice Dekker

Objets inanimés, avez vous donc une âme ?‎
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   
   "Je n'ai eu d'autre désir que de faire naître le sentiment grâce à des volumes, à des couleurs et a des formes. Toucher, émouvoir, attendrir, révéler à chacun, l'ignorant comme le connaisseur, la poésie qui frémit dans les choses les plus humbles, dans les scènes les plus banales…"
   Voilà les paroles que Alice Dekker prête à au peintre des natures mortes, dans son livre "Chardin, la petite table de laque rouge" paru aux éditions Arléa.
   L'écrivain imagine que l'artiste vieillissant, s'adresse à son fils disparu dans une longue lettre, bilan de sa vie, pour lui révéler tout ce qu'il a tu sur lui-même jusqu'alors, lui si réservé, si pudique. Le peintre nous y apparaît en tant qu'homme avec ses qualités : son grand amour pour sa femme qu'il a épousée sans dot malgré l'opposition de leurs familles; son deuil profond à la mort de celle-ci. C'est elle, attablée à une table de laque rouge, qui figure dans le tableau "Une dame qui prend le thé". C'est aussi un travailleur méticuleux, un artiste honnête qui peint peu car il est toujours à la recherche de la perfection.
   
   Mais il n'est pas sans faiblesses pourtant : quand déçu par son fils, il l'oblige à renoncer au testament de sa mère; sa vanité, parfois, qui le pousse à la recherche des honneurs. Comme tout artiste, Jean Simeon Chardin a des doutes sur son talent et il a besoin de se l'entendre confirmer. Ceci nous introduit dans la vie artistique du XVIII siècle à une époque où les arts sont classés dans une hiérarchie très stricte sur laquelle veille scrupuleusement l'Académie Royale, la peinture historique représentant le sommet de cet art. Chardin y fut admis comme "peintre dans le talent des animaux et des fruits", c'est à dire au bas de l'échelle, lui qui délaissant l'héroïque, ne prenait ses modèles que dans le quotidien :
    "Et pourtant, si beaucoup dédaignaient la banalité de l'original, ils allaient bel et bien en admirer la copie, et en être les premiers surpris."
   
   Ce roman, d'un tableau à l'autre, mis en perspective avec les autres peintures de son siècle, nous permet de mieux connaître l’œuvre de Jean Simeon Chardin et surtout de mieux la comprendre, en ce qu'il transcende la réalité et l'anoblit. Et comme celui-ci, héritier des peintres flamands et de Vermeer, fait partie de mes peintres préférés du XVIIIème français, je dois dire que j'ai aimé ce petit livre qui en fait le tour.
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critique par Claudialucia




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Le dieu des petits riens
Note :

   Quand on est provinciale une visite au Louvre se prépare pour en profiter au maximum. Je connais à peu près par cœur le parcours à faire pour aller rejoindre les tableaux que j’aime, ceux que je vais revoir à chaque visite.
   Les tableaux de Chardin en font partie, portraits ou natures mortes.
   Le choix de ce livre était donc tout à fait évident.
   
   C'est une lettre, une lettre au fils, l’âge venu Chardin, le peintre des petites choses, se livre. Il fait retour sur sa vie de peintre, ses espérances déçues, ses réussites, ses remords.
   "Toucher, émouvoir, attendrir, révéler à chacun, l’ignorant comme le connaisseur, la poésie qui frémit dans les choses les plus humbles, dans les scènes les plus banales"
   Joli programme pour un peintre qui longtemps est jugé comme mineur par ses pairs, il vit à une époque où les tableaux d’inspiration religieuse ou historique sont les seuls vraiment admirés.
   Il lui manque la culture et le talent pour les grands tableaux, il va alors peindre à sa mesure mais sans beaucoup de chance de se faire remarquer avec ses "carrés de viande" et "ustensiles de cuisine"
   
   Acharné et à la recherche des honneurs, Chardin parvient à être élu à l’Académie en tant que "peintre dans le talent des animaux et des fruits" et même à y occuper une place importante.
   Artisan solitaire et soigneux il va se faire une place et bientôt il s’attaque aux portraits ou comme l’on dit à l’époque à la peinture de "figures". Sa femme, son frère lui servent de modèles.
    "Le profil de ta mère était des plus gracieux"
   dit-il
   " Dans une Dame qui prend du thé son cher visage était plus lumineux"

   
   Après la mort de sa femme il vit des jours difficiles mais qui nous donneront des chefs d’œuvres. Ainsi pour "l'enfant au toton"
   "J’ai peint l’intime chaleur d’une maison, la candeur de l’enfance, la paisible simplicité du quotidien"

   
   Dans ce livre l’homme Chardin apparait avec ses failles, ses incertitudes, ses efforts, ses pudeurs.
   
   Une belle biographie romancée, subtile et attachante qui invite à s’offrir une petite visite au Louvre!

critique par Dominique




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