Lecture / Ecriture
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Open City de Téju Cole

Téju Cole
  Open City

Teju Cole est un photographe et écrivain nigério-américain né en 1975.

Open City - Téju Cole

Rêveries du promeneur solitaire
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Avant toute chose, dire que j'ai haï le bandeau apposé par l'éditeur (Denoël) sur le livre: "Si Baudelaire était un jeune Africain errant dans les rues de New York aujourd'hui, c'est certainement le livre qu'il écrirait."!!!! Non mais franchement! Quelle déclaration absurde et grotesque! Je n'ai même pas vu ce qui était censé faire penser à Baudelaire dans ce roman. On se demande ce qui passe par la tête des services marketing et ce qu'ils ont déjà lu, en fait, dans leur vie. Ils font plus de tort que de bien à leurs livres.
   Bref.
   
   La quatrième de couverture, elle, ne pouvait que retenir mon attention:
   "Julius, un jeune Nigérian interne en psychiatrie, trompe sa solitude en déambulant sans but précis dans New York. Nous sommes en hiver : Julius vient de connaître une rupture douloureuse, la pression des consultations le laisse exsangue et son passé au Niger le hante sans qu'il sache trop en démêler les raisons profondes. Très vite, ces longues marches deviennent un exutoire nécessaire et l'occasion de confronter son isolement à des milliers de visages anonymes dans une ville cosmopolite mais meurtrie par les attaques du 11 septembre. De rencontre fortuite en rencontre fortuite, ces mille visages prennent corps, donnent de la voix, existent comme autant de témoins d'un paysage humain morcelé,(...) cependant qu'en contrepoint l'architecture que Julius déchiffre sans relâche, la musique qu'il écoute, les pièces d'art qu'il contemple dévoilent au lecteur le prodigieux palimpseste de la ville. Mais Julius, comme les oiseaux qu'il chérit, se sent hiberner, vaciller : pour que le printemps advienne et qu'il puisse reprendre possession de lui-même et de son passé, il lui faudra aller au bout de pérégrinations physiques et mémorielles qui le mèneront à Bruxelles et sur les traces de son passé nigérian."
   
   C'était la promesse de longues marches dans New-York, de rencontres humaines significatives et de discussions sur des œuvres d'arts de tous genres (musique, littérature, architecture etc.). Comment résister? Et c'est bien ce que j'ai eu en effet, mais... n'empêche que j'y ai trouvé moins de plaisir que prévu. J'ai commencé à tiquer lorsque j'ai vu notre jeune psy chercher une église pour prier en vue d'obtenir un soulagement du patient qu'il ne parvenait pas à aider. Cela devait partir d'un bon sentiment mais, à mes yeux, trahissait surtout une sérieuse incompétence.
   
   Nous suivons notre Julius, le narrateur et marchons dans ses pas et il est vrai que culturellement, c'est instructif. C'est plaisant, mais est-ce que cela mène quelque part? On apprend des choses, mais j'ai aussi parfois eu l'impression de lire une page de wikipedia étant donné la forme narrative choisie. Et on n'a pas l'impression que ces "pages culturelles" viennent soutenir une thèse ou alimenter un questionnement plus profonds.
   
   Le personnage lui-même, dans l'intimité duquel nous entrons, ne m'a pas paru très sympathique. Je l'ai souvent trouvé conciliant ou au contraire méprisant là où il n'y avait pas à l'être. Il n'est pas non plus franchement antipathique mais il y avait comme un contre-emploi par rapport à ce que j'aurais fait à sa place. C'était étrange. Je me suis demandé si ce n'était pas quelqu'un de secrètement hautain. Mi-blanc, mi-noir, il est par ailleurs en permanence confronté à une vision raciale du monde, qu'il le veuille ou non.
   
   Il a coupé tous les ponts avec sa mère depuis pratiquement son enfance, sans que l'on sache bien pourquoi. C'est une relation mère/fils très étrange qui semble avoir toujours été dénuée d'affection sans que cela nous vaille la moindre explication, le moindre commentaire de notre psy. Par contre, il se soucie soudain de sa grand-mère maternelle qu'il a toujours négligée au point de ne pas savoir si elle est vivante ou morte. Il se met tout à coup en tête de la retrouver à partir de rien et surtout sans demander à sa mère et s'envole (sans trop de considération pour ses collègues et patients) pour Bruxelles où il va passer trois semaines de recherches de plus en plus molles qui ne porteront bien sûr aucun fruit, sans qu'il s'en soucie beaucoup. Dans le même temps, l'éloignement géographique aura raison de sa dernière liaison et il vivra quelques rencontres amoureuses sans lendemain.
   
   Mais ne focalisons pas sur les critiques, il y a aussi des qualités. C'est un roman cultivé, pas déplaisant à lire et qui aurait pu être bon. On y lit de nombreux commentaires intéressants sur bien des sujets culturels. Il pâtit à mes yeux d'avoir été encensé par des lecteurs pas assez exigeants, d'être entièrement axé sur un personnage central que j'ai moyennement aimé et de ne soulever aucune problématique existentielle de façon enrichissante. A la fin, un "sursaut" du récit, on ne peut même pas dire un "rebondissement" ou "retournement" tellement c'est... incongru, vient jeter un trouble sérieux qui ne sera jamais éclairci d'aucune manière. Dans quel but? Le lecteur reste perplexe plus que séduit.
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critique par Sibylline




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New York ville ouverte
Note :

   Teju Cole est un jeune auteur américano-nigérian.
   
   Julius, mère allemande et père nigérian, vit à New York, psychiatre et chercheur, et passe de longs moments à marcher dans la ville. Julius parle assez peu de sa vie privée, c'est que l'homme est un solitaire. S'il arpente New York c'est tout en rêveries et en rencontres. Mêlant ses souvenirs d'Afrique et d'Europe, Bruxelles surtout où il vécut quelque temps et où il revient quelques mois, c'est cette partie qui m'a séduit le plus, une pérégrination cosmopolite dans cette ville, curieuse capitale transnationale, facilement brocardée mais si fascinante. Réflexion aussi sur le racisme, un peu confuse à mon esprit, et très légèrement condescendante m'a-t-il semblé, avec pas mal de références aux philosophes avec lesquels mes relations ont toujours été froides. Ainsi je n'ai pas toujours emboîté le pas de Julius avec un égal bonheur.
   
   Quand il déambule dans New York City Julius croise des personnages très différents. Mais ne vous attendez pas à du "haut en couleurs", ce n'est pas le genre de la maison. Souvent marqués par une double culture ou une difficile acculturation, ces deux termes relevant parfois du pléonasme, le vieux professeur de lettres nippo-américain, le cireur haïtien, ont peiné à me passionner vraiment. C'est parfois ésotérique et pompeux, un dictionnaire peut s'avérer utile, ce qui ne me gêne pas, j'aime les dicos. Mais le holisme, j'en ignorais tout et après consultation je n'ai guère compris davantage. Les errances, mais le terme ne convient pas, de Julius, ne m'inciteront pas poursuivre avec Teju Cole dont c'est le premier roman.
   
   Cet homme-là est protéiforme, photographe, musicologue, je crois, au vu des influences de Mahler ou du jazz dans ses promenades urbaines. Passionné d'architecture aussi à l'évidence vu la construction du récit et les digressions sur le développement de la ville. "Open City" m'a trouvé un peu fermé. Si hommes et surtout idées y circulent, le sang manque, comme lymphatique. Julius, double de Teju, est un type brillant, trop pour moi. On a évoqué Dos Passos. Lourde hérédité sur laquelle je ne m'étendrai pas, ma lecture de la somme "Manhattan Transfer" étant ancienne, malgré un souvenir très fort de chef d’œuvre dont à la réflexion je ne suis plus très sûr.

critique par Eeguab




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