Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Lame de fond de Linda Lê

Linda Lê
  In memoriam
  A l’enfant que je n’aurai pas
  Les évangiles du crime
  Lame de fond
  Œuvres vives
  Comment ça va la vie ?

Linda Lê est née en 1963 au Vietnam et fait ses études au Lycée français de Saïgon. Après la chute de cette ville, elle s’installe au Havre avec sa sœur et sa mère françaises puis suit les cours de Khâgne au Lycée Henri-IV. Elle commence à publier très jeune.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Lame de fond - Linda Lê

Un très beau texte
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Van nous parle de l’intérieur de sa tombe. Il vient de mourir d’un accident de voiture, percuté par sa femme alors qu’il sortait de chez sa maîtresse. Tour à tour, les trois femmes auprès desquelles il partageait son quotidien vont prendre la parole : Lou, sa femme, qui revient sur leur couple et plaide la thèse de l’accident ; Laure sa fille, diplômée de Normale sup, punk et rebelle ; Ulma, enfin, sa maîtresse eurasienne.
   
   Les langues se délient autour de Van, exilé politique à l’âge de 15 ans après la prise de pouvoir des Nord Vietnamiens, dont la vie vacille avec l’arrivée d’Ulma.
   
   Un roman choral dans lequel on s’immerge immédiatement. Cette banale histoire de famille se transforme en une plongée dans l’héritage post colonial du Vietnam. Un très beau texte, intimiste, porté par une écriture magnifique, qui aborde les thèmes de l’immigration, de la famille et de l’amour.
    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Un peu banal mais porté par une belle écriture
Note :

   Bonne première surprise: il y a une table des matières à la fin. C'est devenu si précieux et si rare désormais que je prends ça comme un cadeau! Merci l'éditeur qui est... Christian Bourgois... Bravo!
   Alors donc, le récit se divise en quatre chapitres: Au cœur de la nuit, Aube, Midi, Crépuscule. Une journée par conséquent et quatre personnages à chaque fois: Van, Ulma, Lou, Laure.
   Pas mal, c’est simple et clair.
   
   La dédicace est "A mes sœurs"
   Bonne première impression!
   
   Je me lance dans la lecture pour au moins deux heures non stop, je pense!
   
   "Van: Je n'ai jamais été bavard de mon vivant. Maintenant que je suis dans un cercueil, j'ai toute latitude de soliloquer. Depuis que le couvercle s'est refermé sur moi, je n'ai qu'une envie: me justifier, définir mon rôle dans les évènements survenus, donner quelques clés pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui n'est qu'un fait-divers. "
   
   (Bizarre, ce début! Le personnage est mort, enfermé dans son cercueil, et il évoque ses souvenirs? Serait-ce un récit fantastique?
   "Van est mort, tué par Lou, sa femme, la conductrice de la voiture qui l’a percuté, un soir où il rentrait chez lui, de retour de chez Ulma, sa maîtresse. Lou venait d’avoir les preuves de l’adultère grâce aux photos prises par un détective.
   Le roman commence ainsi, comme un roman policier. On en est loin cependant."

   
   C’est un roman polyphonique à quatre voix. Quatre narrateurs, trois vivants et un mort. Van, le disparu, était aussi le mari, le père et l’amant. Chacun dira sa vérité. Ils s’aimaient, se décevaient, se heurtaient, se trahissaient mais ce qu’ils découvrent des liens réels entre l’amant et la maîtresse, tous deux d’origine vietnamienne devenus français, sera la lame de fond qui bouleverse tous les liens difficilement maintenus jusqu’alors. Un secret de famille? Une fatalité historique? Un coup du sort?
   Le passé resurgit, violent, celui des années de guerre au Vietnam, de l’émigration, des années 68, de la vogue gothique suivie par Laure, la fille de Van, le vietnamien, puriste et amoureux fou de la langue française et de Lou, la bretonne, classique et coincée.
   
   On frôle souvent les clichés mais la langue est belle et sauve l’histoire un peu pâlotte.
   La force des personnages tient avant tout à leur passé et à ces liens familiaux rompus par les tragédies historiques. Les deux femmes ont eu des mères très peu maternelles et ont été élevées par leurs grand-mères, plus solides. Van a quitté son pays en y laissant une mère âgée et isolée de tous, qu’il ne reverra jamais, ce qui lui vaut un remords éternel qui l'empêche de retourner là-bas. Laure, elle, rue dans les brancards, en quête de sa propre identité française et vietnamienne, tout en cherchant à faire son deuil:
   "Maintenant que Van est dans la tombe, je voudrais tellement, si son esprit hante notre maison, qu'il accorde à Lou son pardon, qu'il ait des motifs d'être content de moi, qu'il veille sur nous et qu'il chasse les mauvaises ondes. Je voudrais tellement ne plus être cette âme en peine qui se trimballe d'une pièce à l'autre en ayant le cœur serré par un horrible sentiment de vide. "

   Voilà c’est ça, le roman tel que je l’ai ressenti: beaucoup de solitude, d’abandon, de trahison, de silence, et la mort pour finir, suivie des regrets, des désillusions, d’un début de vérité. Le tout enveloppé dans l’écrin d’une belle écriture, riche et maîtrisée à la fois.
    ↓

critique par Mango




* * *



On le touche, le fond
Note :

   Voilà une histoire qui commence de façon originale: Van est mort. Et Van écrit quand même pour raconter ses malheurs. Il a d'ailleurs une bonne raison de se plaindre: Lou, sa compagne, vient de le bousculer mortellement en voiture; exprès. Renversant, non?
   
   Puis, chaque protagoniste présente son point de vue: interviennent Lou, bien sûr, Laure, sa fille, et Ulma, sa sœur. C'est une symphonie en quatre mouvements à quatre interprètes. On se dit qu'entendre la version de chacun sera plaisant. Celle de Lou, parce qu'elle a été trompée, celle de Laure parce que son père n'a pas toujours été tendre avec elle et celle d'Ulma - c'est plus scabreux - qui a couché avec son demi-frère, Van. Et ce n'en n'est pas une.
   
   Puis, tout se délite. On se surprend à bâiller, à regarder l'heure, à décompter les pages; ce n'est pas bon signe, ça. Chacun a des circonstances atténuantes, surtout Lou qui fut abusée. Lui aussi, Van, en a: enfant adultérin d'un vietnamien, profitant de la paix qui s'instaurait dans les années 60, pour s'offrir le repos du guerrier avec une rencontre de passage. Et pas qu'une. Paris vaut bien une fesse.
   
   On n'accroche pas à leurs explications. C'est surtout très éthéré: ça manque de récits, d'images, de mouvements. Pas davantage de suspense. Que de la confidence.
   
   Ça bavasse; à la fin, ça lasse, ça casse. Et on passe.

critique par Alain Dagnez




* * *