Lecture / Ecriture
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Pigeon vole de Melinda Nadj Abonji

Melinda Nadj Abonji
  Pigeon vole

Melinda Nadj Abonji est une écrivaine suisse d'origine hongroise née en 1968 en Yougoslavie (Serbie).

Pigeon vole - Melinda Nadj Abonji

Autobiographique
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   "Mamika, j'essaye de me souvenir comment s'est passée cette arrivée dans notre nouveau chez-nous, le nouvel appartement, le nouveau lit, les nouveaux jouets, avoir des toilettes dans l'appartement, une télé, le téléphone ; ça a fait quel effet, ouvrir la porte et entrer dans un monde complètement étranger, dans un appartement dont le loyer dépassait ce que maman gagnait en un mois?, que s'est-il passé au fond de moi, de Nomi, quand nous avons découvert la zone asphaltée devant l'immeuble, les plantes décorant les rebords des fenêtres, les balcons, et l'aire de jeux derrière la maison? Aussi souvent que je cherche à me souvenir du premier jour, des premiers jours en Suisse, je n'y arrive pas, le souvenir se brise à la gare, au moment où nous étions sur le quai, accueillis par maman et papa".
   
   
   La famille de la narratrice, Ildiko, est originaire de Voïvodine, région de l'ex-Yougoslavie, aujourd'hui Serbe. Elle fait partie d'une minorité hongroise. Les parents décident d'émigrer en Suisse pour offrir une vie meilleure aux enfants. Ils partent d'abord seuls et les deux filles les rejoignent quelques années plus tard.
   
   Roman sur l'exil, la séparation, la difficulté, voire l'impossibilité de se faire accepter, même en travaillant plus que les autres, mais avant tout récit familial, probablement d'inspiration très autobiographique. Ildiko, l'aînée, n'a au fond jamais supporté de quitter sa grand-mère chérie, sa Mamika, auprès de qui elle était heureuse et tout le roman est parcouru par la douleur de cet arrachement.
   
   De courtes scènes alternent entre les époques et les lieux, tantôt en Suisse, tantôt en ex-Yougoslavie, dressant peu à peu le portrait d'une famille où chacun se débrouille dans son coin, avec ses états d'âme et ses petits secrets. Après des années de galère, les parents ont réussi à acquérir un restaurant, offrant aux regards la vision irréprochable de gens bien comme il faut. En grandissant, les deux filles se sentent tiraillées entre les deux manières de vivre, là-bas et ici, peinant à faire comprendre aux parents leur besoin de liberté.
   
   L'inquiétude est grande lorsque la guerre surgit, les nouvelles de la famille restée là-bas se font rares, et ce sera l'occasion de révéler aux deux filles une partie du passé ignoré de leur père et de leur grand-père. Où l'on voit une fois de plus qu'un pays livré successivement à plusieurs mouvements extrémistes, tantôt fascistes, tantôt communistes, broie sa population sans pitié.
   
   Pour être tout-à-fait honnête, si je me suis attachée à la famille Kocsis, j'ai eu un peu de mal à entrer dans le style de l'auteur. Des phrases longues, mêlant plusieurs sujets et plusieurs époques à la fois. Passé ce petit inconvénient, le plaisir de la narration l'a emporté.

critique par Aifelle




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