Lecture / Ecriture
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No présent de Lionel Tran

Lionel Tran
  No présent

No présent - Lionel Tran

On ne saisit pas toujours l'intérêt...
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Fin des années 80. Le narrateur, âgé d’une vingtaine d’années, et qui vient d'avoir son bac, est issu d’une famille tendance baba-cool, mai 68, révolution sexuelle. Il se remémore son enfance passée en HLM à Vaux-en-Velin, avec sa sœur et sa mère soixante-huitarde qui recevait régulièrement chez elle amants et militants, tout en disant à ses enfants qu'elle regrettait de ne pas avoir avorté, eu égard à la façon dont le monde avait tourné. Après une vague tentative d’études à l’université, il décide de ne pas entrer dans le rang, et crée, avec d’autres jeunes gens un peu perdus et aux noms évocateurs (Sida, Steak, Rambo, Candy), un collectif nommé Tabula Rasa, au cœur de la Croix-Rousse, quartier en voie de "boboïsation" mais où subsiste une large population underground. Ils squattent un atelier à moitié délabré où chacun s’essaie à la création artistique (peinture, sculpture, collage, écriture…). Mais très rapidement, le projet artistique vire au grand n’importe quoi, et les pseudos-artistes semblent passer davantage de temps à se droguer, à dealer ou à végéter qu’à créer des œuvres d’art dignes de ce nom, se retrouvant entraînés malgré eux dans un engrenage destructeur qui les conforte dans l'inaction.
   
   Si Sartre avait vécu dans les années 1990, voilà typiquement le genre de livre qu'il n'aurait pas écrit. Que dire de cette autobiographie un peu vaseuse, au titre pourtant alléchant, mais qui se révèle, comme d'ailleurs la plupart des récits de ce genre, complètement inintéressante? Certes, l'analyse proposée des années 1990, avec la montée du terrorisme, l'augmentation du chômage et l'arrivée de la crise, est assez fine, menée avec beaucoup de lucidité et de recul, certes, l'auteur parsème son récit de quelques pointes d'humour désabusé, comme autant de saillies dans le récit sombre et souvent fumeux qu'il nous propose, mais les personnages secondaires manquent réellement de corps, ils ne sont qu'à peine esquissés (ce qui est tout de même dommage pour une population faite apparemment d'artistes), voire caricaturés, et l'intrigue est minimaliste, nous conduisant à un dénouement déceptif qui frise l'arnaque.
   
    Le récit est très bref, avec de nombreuses pages qui ne contiennent que quatre ou cinq lignes, le style heurté, haché, pas déplaisant sans être transcendant, et l'ensemble reste facile à lire. Néanmoins, l'œuvre demeure souvent obscure, on ne voit pas vraiment où l'auteur veut en venir, et on se demande finalement si ce livre n'est pas davantage un règlement de comptes envers une mère enfermée dans un militantisme dépassé qu'un témoignage sur la dérive d'une génération perdue et abandonnée. Un livre en forme d'énigme donc, dont on ne saisit pas toujours l'intérêt, et qui semble surtout destiné à satisfaire le besoin de l'auteur de nous raconter sa vie, pourtant loin d'être aussi palpitante que ce qu'il a l'air de penser.

critique par Elizabeth Bennet




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