Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Contes à rebours de Nick Flynn

Nick Flynn
  Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie
  Contes à rebours

Auteur américain, poète, né en 1960, dans le Massachusetts.

Contes à rebours - Nick Flynn

American patchwork
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Titre original : The ticking is the bomb
   
   Ce livre me rappelle que je ne peux pas simplement dire que je suis contre (ou pour) l'autofiction. En fait, j'aurais tendance à dire que je ne l'apprécie guère (ayant en tête le multiples exemples de nombrilisme intégral tant dans les "réflexions" ("ma mère m'a-t-elle jamais aimée? Bouhh ouhh ouhh...") que dans les anecdotes rapportées dans ces ouvrages), mais quand, par le biais de son vécu, l'auteur nous fait partager ses réflexions approfondies et documentées sur des grandes problématiques humaines, alors oui, j'apprécie le genre, et je le reconnais bien volontiers. C'est ce qui se passe avec Nick Flynn, dans cet ouvrage comme avec le précédent*.
   
   Ici, deux détonateurs :
    le premier: Flynn a reçu un prix pour son premier roman, il en a été flatté et à l'occasion de la remise du prix il a été photographié serrant amicalement la main d'un autre lauréat dont il n'a découvert que plus tard que l'ouvrage justifiait l'usage de la torture. Or c'est là un point sur lequel N. Flynn ne peut transiger, rien ne peut à ses yeux justifier la torture dont il nie qui plus est toute capacité à apporter des renseignements fiables. Il est d'autant plus sensible au problème qu'après ce 11 septembre, les notions de "torture acceptable" ou "torture nécessaire" s'infiltrent dans l'opinion publique (il n'y a qu'à regarder les feuilletons américains et même nous, de l'autre côté de l'Atlantique, devons le remarquer). Il y a aussi Guantánamo, hors zone de droit... Et puis il y a les photos d'Abou Ghraib qui se répandent dans les médias montrant des soldats américains s'amusant beaucoup à torturer des prisonniers. Déshonoré à ses yeux par cette poignée de main, il entreprend, pour la contrebalancer, de rédiger un ouvrage qui traitera du droit ou non d'utiliser la torture et des limites de celle-ci (ou commence-telle?), de ce qui conduit des soldats à la commettre, poussés par leur état major, et une population à l'accepter voire l'applaudir.
   "Je me sens un peu taré, comme si j'étais seul à voir ce dont tout le monde nie l'existence."
   
   Le second détonateur, c'est le compte à rebours du titre, c'est le délai qui raccourcit avant la naissance de son premier enfant. Naissance extrêmement stressante pour cet homme qui a tellement de mal à maîtriser sa propre existence et qui craint par dessus tout de ne pas éprouver à la naissance de sa fille tout l'amour qu'il sait qu'il lui doit. Au fil de ce compte à rebours, il revient sans cesse par la pensée à ses relations avec ses propres parents: son père (le clochard de "Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie") et sa mère, qui s'est suicidée..."franchissant enfin la porte dont elle tenait la poignée depuis tant d'années". Il évoque aussi sa propre vie, ses échecs et ses faiblesses, comme ce qui le porte et fait de lui un homme cultivé et un écrivain, et,sans doute, un "honnête homme".
   
   Cet ouvrage est un patchwork habile de tout ce dont je viens de vous parler, sous une optique jamais superficielle, jamais convenue ou insincère. C'est une réflexion moderne et approfondie sur une facette des Etats Unis aujourd'hui, les enjeux de la liberté individuelle et de la justice, la place des individus et le grand mouvement national qui les englobe.
   
   J'ai beaucoup apprécié ce livre que j'ai trouvé honnête, juste, sensible et intelligent. A lire si l'évolution de la pensée nord-américaine actuelle vous intéresse. Quant à moi, je vais lire son premier roman qui m'avait échappé jusque là.
   
   
   * "Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie"
   
   
   «C'est une erreur de dire "la pluie tombe", ou "le vent souffle". Qu'est la pluie si elle ne tombe pas? Qu'est le vent s'il ne souffle pas? La pluie n'est que chute, le vent n'est que souffle.»

critique par Sibylline




* * *