Lecture / Ecriture
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Kleptorama de Stéphanie Lopez

Stéphanie Lopez
  Kleptorama

Kleptorama - Stéphanie Lopez

Pas si bête !
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Sibylle V., 35 ans, habite à Lyon et travaille comme pigiste free-lance dans divers journaux et magazines. Elle mène une vie en apparence tout à fait normale, formant un couple heureux et épanoui avec son compagnon, Anselme, mais en réalité elle est kleptomane depuis une quinzaine d’années. En plus de faucher, chaparder et piquer sans cesse dans les magasins (généralement les grandes surfaces ou les multinationales comme Zara ou H&M), sans jamais se faire prendre, elle a un côté control freak qui l’amène à ranger et à faire le ménage en permanence : nettoyer, balayer, astiquer... comme dirait Kassav. Bourrée de tocs, elle s'enfonce chaque jour un peu plus dans son addiction, sans jamais parvenir à mettre un terme à cette fâcheuse habitude. Jusqu'au jour où, après avoir échangé des étiquettes sur des DVD chez Gibert pour économiser cinq malheureux euros, elle est retrouvée et arrêtée par la police. Après avoir subi un bref rappel à la loi et avoir remboursé sa dette, elle recouvre la liberté. Et surtout, elle décide de se prendre en main...
   
   Au début, en regardant le titre et la couverture, on s'attend au pire, à du Kinsella à la française, ambiance "Confessions d'une accro au shopping". Et puis, dès le premier paragraphe, on reste scotché : chaque phrase, chaque ligne fourmille d'allitérations, d'assonances, de rimes internes, de jeux de mots subtils et autres détournements de clichés littéraires, ce qui est plutôt rare dans les romans dits "féminins". Cette prose rythmée et rimée se déploie d'un bout à l'autre du roman, en évitant plutôt bien l'écueil de l'artificialité ou du simple jeu d'écriture, et nous entraîne dans un tourbillon de trouvailles et de pointes parfaitement amenées.
   
   Certes, l'intrigue est très faible, et il n'y a pratiquement pas d'histoire pendant les trois quarts du roman, mais l'ensemble reste plaisant, virevoltant et amusant, avec juste ce qu'il faut d'humour grinçant pour basculer dans un second degré rafraîchissant et rassurant : on est donc très loin de Lauren Weisberger et de son diable qui s'habille, comme chacun sait, en Prada. Même l'héroïne, malgré ses penchants peu vertueux, est plutôt attachante, à tel point que le dénouement arrive un peu vite : on aurait bien aimé connaître avec un peu plus de détails le fin mot de l'histoire.
   
    En tout cas, voici un roman original, au style atypique et réjouissant, avec de nombreux jeux d'intertextualité (Zola, Balzac ou encore Baudelaire, pour ne citer qu'eux), et qui a le mérite, en outre, de nous interroger sur notre propre tendance, non à la kleptomanie (encore que...) mais au consumérisme. Un livre agréable, donc, court, divertissant et surtout bien plus intelligent qu'il n'en a l'air.

critique par Elizabeth Bennet




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