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La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker

Joël Dicker
  La vérité sur l’affaire Harry Quebert
  Le livre des Baltimore

Joël Dicker est un écrivain suisse romand né en 1985.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La vérité sur l’affaire Harry Quebert - Joël Dicker

Impossible à lâcher !
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   "Le premier chapitre Marcus, est essentiel. Si les lecteurs ne l’aiment pas, ils ne liront pas le reste de votre livre. Par quoi comptez-vous commencer le vôtre?"
   Marcus Goldman a écrit un premier roman qui s’est très bien vendu. Fort de ce succès, il a signé un contrat avec son éditeur pour un second titre. Mais c’est la page blanche… Impossible d’écrire une seule ligne… Or l’ultimatum approche… La date à laquelle il doit remettre le manuscrit est en effet imminente.
   Alors, il se réfugie chez un de ses anciens professeurs, avec qui il a toujours gardé contact. Il espère que ce dernier, écrivain lui aussi, lui donnera des recettes pour qu’il retrouve enfin l’inspiration. Peine perdue… Jusqu’au jour où éclate une affaire qui concerne cet enseignant, qu’il considère comme un ami et un mentor.
   Alors que ce dernier vit paisiblement dans la petite ville d’Aurora, auréolé du succès de ses précédents livres, on découvre en effet dans son jardin des restes humains d’une femme disparue 30 ans auparavant. Immédiatement accusé d’avoir assassiné cette jeune fille de 15 ans, d’autant qu’il a eu une relation sentimentale avec elle à l’époque, il est arrêté, emprisonné et ses livres sont ôtés des rayonnages, aussi bien des librairies que des bibliothèques. Il a beau clamer son innocence, personne ne le croit. Seul Marcus est convaincu qu’il n’est pas le meurtrier. C’est la raison pour laquelle il retourne sur place afin de mener l’enquête et de prouver que son ami n’est pas coupable. L’occasion aussi pour lui de retrouver l’inspiration et de réussir à finir ce deuxième roman qui n’est autre que l’enquête en cours.
   
   Difficile de lâcher ce roman une fois qu’on l’a commencé. Mise en abyme permanente du livre en train de s’écrire, les personnages y sont magnifiquement campés et le suspens omniprésent. C’est un pavé dense, avec une intrigue complexe aux multiples rebondissements, et ce jusqu’à la dernière page L’intrigue ne manque pas de force, et offre une réflexion sur l’écriture, la justice, les médias et l’amour.
   
   Cet ouvrage de tout de même 650 pages se lit comme un polar sauf qu’il est beaucoup plus qu’un polar… Déjà repéré par la critique et plébiscité par les lecteurs ayant eu la chance de l’avoir en main, il est maintenant célèbre dans la mesure où il vient d’obtenir à la surprise de beaucoup, vu les sérieux concurrents qu’il avait, le grand prix du roman de l’Académie Française. Et il est encore en lice pour Le Goncourt et l’Interallié.
   
   Un pavé qui s’adresse autant aux lecteurs occasionnels qu’aux passionnés de littérature. C’est sans doute ce qui fait sa force et aussi le fait que ce roman 100% américain est écrit par un suisse quasi inconnu.
   
   "Qui ose, gagne, Marcus. Pensez à cette devise à chaque fois que vous êtes face à un choix difficile. Qui ose, gagne."
Joël Dicker a gagné le premier grand prix littéraire de la rentrée 2012. Gageons que ce superbe jeune homme de 27 ans saura maintenant suivre un autre des conseils que donne Harry à Marcus tout au long de ce roman bluffant "Trouvez l’amour, Marcus. L’amour donne du sens à la vie. Quand on aime, on est plus fort! On est plus grand! On va plus loin!".
   
   
   Grand prix du roman de l’académie française
   Prix Goncourt des Lycéens 2012
   Prix LIRE du meilleur roman français 2012

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critique par Éléonore W.




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Le roman des surprises
Note :

   Cela a été une grande surprise de voir le Grand Prix de l’Académie attribué cet automne à un quasi-roman policier! Ces messieurs-dames recherchent ordinairement des textes à l’ambition plus classique et certains ont contesté leur choix de cette année. Souvent sans avoir lu le livre il est vrai, car c’est une grosse brique à laquelle vous devrez consacrer plus d’un après-midi.
   
   Cela a été une grande surprise de voir que ce roman américain avait été écrit par un Suisse! Pour ma part, c’est ce second point qui m’a le plus étonnée. Il est vrai pourtant que le jeune Joël Dicker a déjà une longue expérience personnelle de l’Amérique où il a vécu et étudié mais quand même… le mythe du "grand roman américain" sera-t-il repris finalement par une enfant de la vieille Europe?...
   
   L’aspect roman policier a rebuté ceux qui aiment que la littérature soit traitée avec plus de sérieux mais Poe n’écrivait-il pas des histoires d’horreurs et Orwell de la Science Fiction? "Crime et châtiment" n’est-t-il pas (entre autres) un polar? et Thérèse Raquin? Et … la liste serait trop longue pour que je vous l’impose, vous êtes à même de la compléter sans moi et en conclure que cet aspect n’enlève ni n’ajoute rien à une œuvre.
   
   Et moi j’ai trouvé cette "Vérité sur l’affaire Harry Quebert" fort bien écrite et aussi riche en réflexions sur ce qu’est devenue la littérature en ce 21ème siècle (aux USA pour l’instant mais nous savons bien que nous suivrons ce chemin) qu’en rebondissements passionnants de l’intrigue. Les presque 700 pages se dévorent sans temps mort, fatigue, ni baisse de l’attention et le lecteur se demande autant si ce ne serait pas X le coupable qu’il s’interroge sur ce qu’il faut penser du livre devenu pur objet de consommation. Y peut-on quelque chose? Peut-on retourner le phénomène au plus grand bénéfice de la Littérature? Comment réagir? Tout rejeter ou s’adapter? Ou considérer tout simplement que ce mode de fonctionnement n’empêchera pas plus l’Ecrivain de produire des œuvres que les dictats du bon plaisir royal, des feuilletons du 19ème ou les diverses autres contraintes historiques de la production de livres n’en a empêché les auteurs des siècles précédents? J’opte pour la seconde vision des choses mais nous ne sommes pas si nombreux. Nous verrons hum… ou plutôt l’avenir dira qui a raison.
   
   Joël Dicker manifeste de façon d’autant plus étonnante qu’il en est encore à ses débuts littéraires, une maîtrise styliste et technique remarquable, une excellente finesse psychologique également et il arrive à allier une profondeur de vue sur le métier, le rôle, la place de l’écrivain à un remarquable sens du suspens et des retournements de situations. Que lui reprocher  pour ce second roman? Moi, je ne vois pas.
   
   Allez, ne le snobez pas, ne boudez pas votre plaisir, allez-y plutôt voir vous-même. (Même si vous trouvez qu’un mètre, c’est profond pour planter des hortensias.)
   
   
   Extrait :
   
    "Prenez un mot, et répétez-le dans un de vos livres, à tout bout de champ. Choisissons un mot au hasard : mouette. Les gens se mettront à dire, en parlant de vous : "Tu sais bien, Goldman, c’est le type qui parle des mouettes." Et puis, il y aura ce moment où, en voyant des mouettes, ces mêmes gens se mettront soudain à penser à vous. Ils regarderont ces petits oiseaux piailleurs et ils se diront : "Je me demande ce que Goldman peut bien leur trouver". Puis ils assimileront bientôt mouettes et Goldman. Et chaque fois qu’ils verront des mouettes, ils penseront à votre livre et à toute votre œuvre. Ils ne percevront plus ces oiseaux de la même façon. C’est à ce moment-là seulement que vous savez que vous êtes en train d’écrire quelque chose. Les mots sont à tout le monde, jusqu’à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. Voilà ce qui définit un écrivain."
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critique par Sibylline




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Ma vérité sur le littéraire Joël Dicker
Note :

   Pourquoi ce livre n’est-il pas sorti l’été? Serait-ce pour gagner des prix d’automne? Non, tout de même pas… Et pourtant si… Apparemment…
   
   Je suis partagé entre plaisir sincère d’avoir aimé suivre l’intrigue de ce livre, efficace enquête aux multi-rebondissements, et agacement de lire un style si plat, parfois répétitivement niais. Raison de cette note, globalement positive mais en creusant, je ne comprends pas pourquoi tant d’engouement autour de ce livre…
   
   Voyons d’abord ce qui fait de cet ouvrage, un de ceux dont on veut absolument dévorer la fin.
   Marcus Goldman est un jeune écrivain qui va être sauvé du syndrome de la page blanche par l’affaire Harry Quebert, ce dernier n’est autre que son mentor, celui qui a fait de lui un écrivain quelques années auparavant. L’élève va écrire le livre qui disculpera le maitre des meurtres pour lesquels il est accusé. L’affaire remonte à plus de 30 ans et la victime principale vient d’être retrouvée enterrée dans le jardin de l’auteur accusé. Elle s’appelait Nola, avait 15 ans et a vécu une histoire d’amour avec Harry, alors tout jeune auteur d’une trentaine d’années…
   
   Voici donc la trame simple et habile qui donne envie de tourner les pages de cette histoire, une enquête mélangeant les points de vue, les sauts et retours dans le temps, très habilement ordonnée. Pour ceux qui veulent qu’un livre soit simple et divertissant et qu’il réponde à toutes les interrogations sur les faits, vous serez servis.
   
   Voyons ensuite ce qui m’a fortement déplu.
   Marcus Goldman est un écrivain aux dents longues dont l’objectif principal est le best-seller. Pour cela il accepte tout de son éditeur requin et nous la joue victime d’un système commercial féroce. Il est stressé de ne pas arriver à écrire un second bouquin (son premier ayant eu beaucoup de succès!) et nous le fait savoir de manière répétée (ce qui est sacrément agaçant et nous le peint tout de suite comme un enfant gâté par la vie aux problèmes de riches). Harry Quebert est un professeur d’université détenant le secret du roman imparable (ses 31 conseils débutent chaque chapitre du livre, il faut reconnaitre que 2 ou 3 ne sont pas mal du tout…), il a vécu dans le New Hampshire une histoire d’amour (dont aucun mot de l’auteur nous indique qu’elle ait été charnelle… Pudeur, peur du scandale, bref c’est pas du Nabokov…) avec Nola, une jeune fille fonceuse aux réactions bizarres qui ferait fuir le plus déluré des hommes trentenaires. C’était en 1975 et vous savez la suite.
   
   Je reconnais être un peu dur mais j’ai trouvé les considérations sur le métier d’écrivain, sur la société américaine et surtout sur l’amour version eau de rose bien trop souvent navrants. Beaucoup de clichés et de redondances et même, il m’a semblé, une invraisemblance. Des personnages qui, du coup, paraissent bien caricaturaux, presque irréels. Ce qui est aussi la marque de fabrique d’autres auteurs aux considérables succès de vente dans les aéroports (je n’ai rien contre en passant).
   
   Au final, d’accord pour dire que nous avons une lecture agréable et divertissante, efficace et addictive. Par contre, énoncer que le livre traiterait de la société américaine pré Obama et des relations humaines avec justesse et lucidité, alors là non. D’où mon étonnement évoqué plus haut.
    ↓

critique par OB1




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Harry dans tous ses états
Note :

    Grand succès actuel ce livre n'est pas un très grand livre. Mais il a une qualité non négligeable, il se lit avec un vrai plaisir simple, celui de se confronter à une embrouille policière efficace. Habilement construit, ce pavé de 650 pages nous emmène en Nouvelle-Angleterre et veut mêler adroitement et à sabots pas toujours d'une exemplaire finesse, le vertige de l'écriture, le roman dans le roman, la sociologie d'une petite ville du New Hampshire, les rebondissements abracadabrants.
   
   Marcus Goldman, écrivain est amené à enquêter sur son mentor Harry Quebert, écrivain lui aussi mais sec depuis 33 ans, depuis la disparition de Nola, quinze ans. Nola dont on vient de retrouver le corps dans le jardin d'Harry. Joël Dicker joue sur différents tableaux avec plusieurs coupables possibles, base de tout polar, mais aussi avec une variation sur l'acte d'écrire, pas mal fichue d'ailleurs. Ce qui fait qu'à la fin on ne sait plus très bien qui a écrit quoi. Mais c'est bien troussé, d'un abord très aisé malgré les drames. Il me semble toutefois que l'Académie Française a été un peu généreuse en couronnant "La vérité sur l'affaire Harry Quebert". Pour le Goncourt des Lycéens on comprend mieux. N'ont-ils pas l'âge de la victime?
   
    Pourquoi ce roman a-t-il rencontré une telle audience? Et pourquoi les détracteurs sont-ils montés au créneau? A mon avis ce livre remplit son rôle presque à l'excès, la roublardise de l'auteur, ou son savoir-faire, c'est selon, permettant à tous les lecteurs de traverser ce récit au galop. Pourtant il ne manque pas d'une certaine complexité, avec de nombreux retours et une constante oscillation entre Quebert et Goldman, le suspect et l'enquêteur, tous deux aptes à bâtir des histoires puisqu'écrivains. "Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé". On peut voir les choses comme ça. De toute façon il n'y a pas de mal à se faire du bien et les lecteurs plutôt satisfaits, j'en suis, oublieront vite cet ouvrage agréable et sans séquelles.
   
    Polémique puisque polémique il y a eu. Certains critiques, non des moindres, Nouvel Obs. par exemple, et d'autres, ont cru voir dans La vérité... l'ombre de Philip Roth. C'est faire beaucoup de place médiatique à Joël Dicker, bon faiseur. Comme souvent je pense qu'il n'y a ni excès d'honneur ni indignité dans ce livre. Pourquoi Roth, le maître absolu de l'écriture nord-américaine, version Est? Parce que, dixit Obs. , l'affaire se passe dans une petite ville universitaire de la côte atlantique. Parce que Quebert est un intello, prof de fac, soupçonné, comme tout le monde ou presque, d'obsessions sexuelles. Parce que comme Philip Roth, il fait partie de la longue lignée de l'écriture juive de Nouvelle-Angleterre. Parce que la transmission des générations y tient une grande place, le relais Harry-Marcus. Tout ceci est à mon avis sans intérêt. Plus sévère, mais plus juste, l'accusation d'easy reading, péjorative mais qui m'a semblé évidente, un peu comme l'easy listening, courant musical un peu simpliste, mais pas forcément bouillie musicale dans l'ascenseur. En conclusion, lisez "quand même" La vérité... On a tous ses faiblesses. Et surtout, qui de nous est toujours un aigle?
    ↓

critique par Eeguab




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Goncourt des lycéens pas pour rien
Note :

   Il y a un signe qui ne trompe pas au sujet de l’intérêt d’un livre : ce roman a été distingué par le Goncourt des lycéens, (et la même année, par le Grand Prix de l’Académie Française) ; mais en la matière, le choix des jeunes lecteurs est plutôt sûr, si l’on en juge par l’ensemble des romans distingués au fil des années.
   
   Des prix, donc, et un véritable succès public. Parfois, ça rend méfiant. Mais une fois ce pavé ouvert, les pages défilent toute seules. La vérité sur l’Affaire…, appartient à ces livres qui vous prennent par le fil des mots et que l’on ne peut quitter sans regret. Et pourtant, cela commence par une panne d’écrivain, et il y sera beaucoup question des motivations à l’écriture. Mais rassurez-vous, il ne s’agit nullement d’un récit nombriliste, auto centré sur le monde des intellectuels. Les personnages de Dicker sont de chair et de sang, ils souffrent, sont imparfaits, se trompent, et nous mènent par le bout des pages.
   
   Le narrateur, Marcus Goldman, est un écrivain dont le premier livre a connu un succès foudroyant. Mais alors que les effets de cette réussite commencent à s’estomper, il découvre avec horreur que son inspiration s’est tarie. Il souffre désespérément de "la maladie des écrivains", selon le diagnostic de son mentor et ami Harry Quebert, son ancien professeur que Marcus admire à la fois pour ses talents d’Homme de Lettres et la sagesse de ses conseils. Harry invite son ex- étudiant à séjourner chez lui, loin du New York tapageur, dans sa grande maison à l’écart d’une petite ville du New Hampshire, Aurora. À l’aise dans ce contexte, Marcus reste en panne cependant, et pas plus que les menaces de l’éditeur, les encouragements du professeur et ses confidences sur ses propres difficultés ne l’aident à surmonter sa panique. Déprimé, le jeune auteur retourne affronter les foudres de son éditeur et les conséquences de son dédit, quand une nouvelle incroyable vient bouleverser l’Amérique. Alors que l’écrivain notable a engagé des jardiniers pour composer une plate-bande sur son terrain, les ouvriers ont mis à jour des ossements humains, à deux pas de la maison du grand homme.
   
   Les médias s’emparent d’autant plus de l’affaire qu’il s’agit d’un homme célèbre. Immédiatement, des recoupements s’imposent, en rapport avec la mystérieuse disparition d’une adolescente trente ans plus tôt, dans la petite ville d’Aurora. Peu après, Harry Quebert est arrêté et jeté en prison, l’Amérique, qui l’avait adulé comme Grand Écrivain, le honnit à grands cris.
   
    Marcus est troublé, car pendant son récent séjour, Harry en était venu à livrer quelques confidences mentionnant la jeune fille en question, Nola Kellergan. Sachant la maison ouverte pour lui et n’écoutant que son amitié, il retourne dans le New Hampshire pour tenter d’aider en retour l’écrivain déchu. Dès lors, les péripéties s’enchaînent sur un rythme haletant, les vérités et contre-vérités s’affrontent par l’intervention de personnages secondaires tous assez finement humanisés, tous membres d’une communauté campagnarde dont l’ennui est éclairé par les célébrités locales. Au fil de l’intrigue, Joël Dicker lance de multiples pistes, nous ouvre des perspectives évidentes qu’il referme avec jubilation quelques chapitres plus loin. Son écriture a été comparée à l’efficacité anglo-saxonne, il est vrai que le fil du roman se déroule sans accroc, le lecteur harponné par chaque épisode de cette quête à la vérité… Jusqu'à l’ultime retournement dont je me garderai bien de laisser filtrer le moindre indice.
   
   Une excellente lecture pour combler les froides soirées d’hiver qui s’annoncent.
    ↓

critique par Gouttesdo




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Le chainon manquant avec la littérature anglo-saxonne ?
Note :

   Je m’étais longtemps interrogé sur une assertion d’amis anglophones, vivant en France, et qui me disaient continuer à lire, en anglais, mais surtout, des ouvrages anglo-saxons, décrivant la littérature française comme trop "bavarde", introspective, nombriliste. Ça me laissait dans le doute, je n’arrivais pas à sentir ce qu’ils me disaient. Et puis avec le temps, à lire aussi bien de la littérature française que d’autres origines dont anglo-saxonne, je crois avoir compris quel était leur propos.
   C’est vrai que nous n’avons d’équivalent à des John Irving, Russell Banks, Richard Ford... pour les USA, Graham Greene, William Boyd voire John Le Carré pour la Grande Bretagne. Des auteurs qui parlent de la vie comme elle va, de l’évolution des sentiments humains, de grands mouvements de société, mais en s’appuyant sur une histoire qui fait sens, une véritable histoire dont on a envie de connaître les tenants et aboutissants. Pas des raconteurs d’histoire pour le plaisir de raconter une histoire, mais s’appuyer sur une histoire pour signifier des choses importantes.
   Il me semble en effet que les auteurs francophones s’ancrent moins dans une histoire, sont plus "hors-sol", plus "théoriciens", et aux yeux des amis anglophones dont il est question, même s’ils ne le disent pas ainsi, en quelque sorte moins intéressants.
   A cet égard, Joël Dicker, avec "La vérité sur l’affaire Harry Quebert", pourrait être le chainon manquant entre les deux. Il y a du John Irving (celui de "Dernière nuit à Twisted River"), du Russell Banks ("La réserve"), du Graham Greene ("Un américain bien tranquille") dans cette "Vérité..." là.
   
   Ça se passe en Nouvelle Angleterre, donc évidemment la comparaison avec des auteurs américains se fait d’autant plus facilement. Mais c’est l’amalgame complexité de l’histoire (qui rebondit tout au long des pages)/justesse psychologique et profondeur de la réflexion qui m’a fait faire cette comparaison avec les Américains.
   
   Joël Dicker nous trimballe dans une espèce d’enquête à rebours, une enquête qui a à voir avec l’écriture, une enquête qui vise à disculper son mentor, son professeur de littérature, Harry Quebert, celui qui l’a amené au statut de (jeune) écrivain. Du coup Joël Dicker travaille à plusieurs niveaux temporels puisque les faits sur lesquels il se penche dateraient de trente ans et il fait passer Marcus Goldman, le jeune écrivain, par tous les états psychologiques vis-à-vis de Harry Quebert.
   Tout est parfaitement maîtrisé, exploité. C’est un vrai bonheur de lecture!
    ↓

critique par Tistou




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Qui a tué Nola Kellergan?
Note :

   Parfois le destin nous met dans les mains une pépite littéraire rare. Cela vaut la peine d’être mentionné, il y a si peu de belles choses dans la vie. Dès qu’on plonge dans le second roman de Joël Dicker, on est happé par l’intrigue et, immanquablement, quelques souvenirs reviennent à la surface.
   
   On pense naturellement à la série Twin Peaks, sortie du cerveau fécond et passablement névrosé de David Lynch. Une jeune fille est retrouvée morte, seulement dans le cas qui nous occupe, son corps mettra 33 ans à refaire surface. Si Twin Peaks se situait dans un village perdu au cœur du Montana (si ma mémoire ne me joue pas des tours, du moins au milieu des montagnes rocheuses), Aurora est une station balnéaire de la côte Est. Et là, c’est tout l’univers de John Irving qui vient frapper l’imagination, sauf que dans un roman du célèbre romancier de la Nouvelle Angleterre, il serait question de lutte et non pas de boxe. D’autre part, Dicker n’a pas le talent d’Irving pour mettre en place les différentes parties d’un puzzle. Il a d’autres dispositions, dont celle de nous faire haleter d’impatience jusqu’à la fin de l’histoire.
   
   « La vérité sur l’affaire Québert » présente plusieurs niveaux de lecture. Ca en fait un roman foisonnant. D’abord, bien sûr, élément central, l’enquête policière qu’un jeune talent littéraire va devoir mettre en place pour découvrir la vérité sur son mentor, le célèbre écrivain Harry Québert. Non seulement, le parallèle entre les deux personnages est intriguant : quasiment même parcours (un premier livre remarqué, puis l’énorme succès du second) ajouté au fait que Joël Dicker marche aussi un peu sur le parcours de ses personnages. Ensuite, on assiste à gestation, la fabrique d’un roman. Voilà l’originalité du propos. Comment écrit-on? Chaque chapitre sous la forme d’un subtil décompte, donne des conseils d’écriture. Et c’est bien la seule chose que l’on puisse reprocher à Dicker : le syndrome Musso ou Levy (excusez du peu!) qui subit un peu trop le formatage des écoles d’écriture à l’américaine (style : stage d’ateliers d’écriture ou comment captiver le lecteur en dix leçons). On aurait aimé davantage de personnalité dans l’œuvre. Que l’auteur s’implique davantage. Mais ne faisons pas la fine bouche. Après tout Dicker a de belles années devant lui s’il ne tombe pas dans le dangereux travers de toujours écrire le même livre.
   
   Enfin, ce roman est un roman d’amour. Un amour pur et total, désintéressé, sublime. Tout simplement parce que l’histoire d’amour n’est pas au centre du récit, son architecture ne repose pas totalement dessus. Cela en fait sa force, sa pureté, sa franchise, un absolu total.
   Après l’amour il ne reste plus que le sel des larmes
   note Harry Québert.
   Dicker sait faire exister ses personnages en quelques mots, tout comme un bon caricaturiste parvient à croquer un caractère en deux trois coups de crayon. Et cette fois, on ne peut s’empêcher de songer au polar de jk Rowling (Une place à prendre).
   
   Devant tant de maitrise, on a du mal à pinailler et, finalement, le seul mauvais point de ce formidable roman c’est, finalement, son titre. On aurait aimé un très sobre Aurora, New Hampshire ou, mieux, et en référence à la série de Lynch : qui a tué Nola Kellergan?

critique par Walter Hartright




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