Lecture / Ecriture
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En lieu sûr de Wallace Stegner

Wallace Stegner
  Angle d’équilibre
  Vue cavalière
  La vie obstinée
  Le goût sucré des pommes sauvages
  La montagne en sucre
  En lieu sûr
  Lettres pour le monde sauvage

Wallace Earle Stegner est un écrivain et historien américain écologiste né en 1909 et décédé en 1993. Il a été surnommé "le Doyen des Ecrivains de l'Ouest".

En lieu sûr - Wallace Stegner

Pas de frontière à l'amour et l'amitié
Note :

   Comment sait on dès les premières lignes que l’on vient d’ouvrir un très bon roman?
   
   L’histoire avance lentement mais vous ne remarquez pas cette lenteur, vous êtes suspendu aux mots, ils vous tiennent en haleine. En quelques paragraphes les héros semblent faire partie de votre univers depuis toujours.
   Un roman sans armes à feu, sans passions exacerbées, sans divorce, sans drogue, rien de spectaculaire ici.
   Des vies pleines, riches, parfois difficiles, une amitié qui repose sur de fortes différences et qui pourtant ne vacille pas même dans la tempête.
   Il est temps de faire connaissance avec les deux couples d’universitaires car vous allez passer la moitié d'un siècle avec eux.
   
   Dans les années trente, Larry Morgan, le narrateur, vient d’épouser Sally qui attend un bébé.
   Il a obtenu un poste à Madison, Wisconsin, ils sont désespérément fauchés et Larry s’acharne à l’écriture de nouvelles qu’il espère vendre à des magazines.
   La rencontre avec Sid et Charity Lang va changer le cours de leur vie. Le couple Lang représente la notoriété, la richesse, les relations mondaines. C’est une véritable adoption plénière qui va avoir lieu, ils vont tout partager : Les soirées à parler littérature, les espoirs des uns et des autres, les pique-niques qui deviennent un rituel mémorable, les naissances, les vacances dans le Vermont, la guerre, les échecs.
   Des liens fort se créent qui gomment les différences et font accepter les contraintes de la vie quotidienne.
   
   Tout n’est pas parfait, Sid rêve d’écrire de la poésie mais pragmatique et ambitieuse Charity le pousse à écrire des articles et livres pour servir sa carrière, elle organise tout, est indispensable à tous, mène d’une poigne de fer toute sa tribu et les Morgan très vite en font partie. Larry regimbe parfois devant tant d’autorité mais toujours les quatre amis sont soudés face aux réussites joyeuses comme aux accidents de l’existence. L’amitié encaisse tout les chocs car dit Larry :
   "Mon sentiment pour eux est une part de moi-même avec laquelle je ne me suis jamais querellé, même si mes rapports avec eux ont pu être plus d’une fois quelque peu raboteux."

   
   En plusieurs retours vers le passé Wallace Stegner décrit à merveille la vie qui s’écoule, le partage permanent, la mémoire des instants heureux. Voilà ce qu’il dit de ses intentions à la parution de ce qui fut son dernier roman :
   "Je voulais faire toucher du doigt une vérité moins fardée encore que d’habitude, une vérité vraiment nue. Faire entendre une musique qui ne remuerait que de tout petits bruits, mais dont les échos iraient un peu plus loin."
il tient parole je vous l'assure.
   
   Un roman pour lequel un critique américain parle de "rasade de sagesse" j’aime bien l’expression. Un livre qui est une belle méditation sur l’amitié, la création littéraire, la compassion et l’amour entre les êtres, servi par une écriture sans effet, dépouillée mais jamais mièvre.
   Je vous propose de lui faire une place dans votre bibliothèque.
    ↓

critique par Dominique




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Crossing to safety
Note :

    Première parution 1987
   
    Je sens que je vais perdre toute crédibilité en proposant (encooooore!) un coup de cœur d'un auteur chouchou, mais tant pis. De toute façon c'est le dernier, et comme "En lieu sûr" ne se trouve plus en librairie (sauf occasions), j'ai dû m'y coller en VO. L'occasion extraordinaire de découvrir l'écriture de Stegner sans le filtre de la traduction. Des allitérations parfois impossibles à rendre, l'usage virtuose de la langue anglaise et de ses préfixes et suffixes, un vocabulaire d'une précision incroyable pour décrire la nature (normal si on connaît Stegner) mais aussi une femme en train de tricoter (j'ai été bluffée, on s'y croyait, quel sens de l'observation).
   
   Dominique (une autre fan) explique dans son billet avoir su dès le début que c'était un bon roman, et ses raisons sont absolument validées. Les 320 pages se lisent avec grand bonheur, et une tendance à ralentir la lecture pour faire durer le plaisir.
   
   Alors, de quoi ça parle? Ce n'est pas vraiment nécessaire de le savoir, mais puisque vous ne me faites pas confiance (sachez quand même que je l'ai acheté et lu sans vraiment connaître le contenu, moi, Stegner sur une couverture, ça me suffit), en voici une petite idée et n'allez pas râler après que j'en ai trop dit.
   
   A la fin des années 30, dans une petite ville du Wisconsin, deux couples tombent en amitié, comme on dirait tombent en amour. Surtout de par la volonté de Charity, l'énergique épouse de Sid Lang. Ils viennent du nord est des Etats Unis, où la famille de Charity possède maison et terrain près d'un lac, Battell Pond, et ils sont plutôt aisés. L'autre couple, Larry et Sally Morgan, originaires eux de l'ouest du pays, n'ont plus de famille et vivent du salaire de professeur de Larry.
    En dépit d'une certain déséquilibre de départ, leur amitié démarre très fort car les maris sont collègues et les épouses enceintes et devant accoucher à la même période...
   
    Le roman débute en 1972, quand les Morgan reviennent à Battell Pond, et Larry le narrateur revient sur la passé. Procédé bien connu, mais parfaitement maîtrisé par Stegner, qui distille les informations en avançant et reculant dans le temps, des détails ne venant qu'après l'annonce d'un événement.
   
    Des passages éblouissants, y compris dans le souvenir de Larry, cette randonnée dans les bois et le malaise entre Charity et Sid, cette Charity a toujours voulu tout contrôler, tout prévoir, et la lumineuse année en Italie. Stegner est un auteur sachant présenter ses personnages l'air de rien, faire sentir une ambiance, on pourrait juger (Charity est vraiment terrible!) mais toujours un détail apporte un autre éclairage.
   
    Que dire de plus? Des passages aussi sur l'écriture (Larry écrit romans et articles, avec succès, Sid aimerait écrire plus de poésie, mais... oui, compris, Charity veille à sa carrière universitaire!) et son propre roman dans les mains du lecteur? Et puis quand la fille des Lang suggère que Larry écrive sur ses parents, "How do you make a book that anyone will read out of lives as quiet as these? Where are the things that novelists seize upon and readers expect? Where is the high life, the conspicuous waste, the violence, the kinky sex, the death wish? Where are the suburban infedilities, the promiscuities, the convulsive divorces, the alcohol, the drugs, the lost week ends?Where are the hatred, the politicol ambirions, the lsut for power? Where are speed, noise, ugliness, everything that makes us who we are and makes us recognize ourselves in fiction?"
   

    Et puis des passages, comme ça, au détour d'une phrase
    "Dying's an important event. You can't rehearse for it." (Mourir est un événement important. Vous ne pouvez le répéter." (répéter au sens théâtre)

    Le père de Larry qui disait à son fils
    "Do what you like to do. It'll probably turn out to be what you do best." (Fais ce que tu aimes faire. Ce sera probablement ce que tu feras le mieux)
(alors que le père de Sid ne voulait pas qu'il suive des études littéraires)
   
   Un auteur à lire absolument!

critique par Keisha




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