Lecture / Ecriture
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Ciseaux de Stéphane Michaka

Stéphane Michaka
  La fille de Carnegie
  Ciseaux

Ciseaux - Stéphane Michaka

La plume et les ciseaux...
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   L'histoire veut que Raymond Carver, écrivain alcoolique en mal de publication, ait vu ses nouvelles pour le moins "minimalisées" par Gordon Lish. Stéphane Michaka revisite à sa manière l'époque, la vie et la carrière de Raymond Carver.
   -Je m’appelle Raymond. Je suis écrivain.
   Enfin, j'espère le devenir.
   Ces deux phrases résument la philosophie de Raymond Carver au début de sa carrière. Être ou ne pas être édité? L'être, même dans une version tronquée de ses écrits? Et quand en plus, des problèmes de couple et d'alcoolisme viennent se superposer à cela, l'existence devient pour le moins chaotique.
   
   Le fait d'être édité permet d'arrondir un peu les fins de mois. Maryann, elle, trouve que les coupes sont trop importantes. Carver le pense aussi, mais après un semblant de résistance finit toujours par dire oui même si, comme pour "Composte" par exemple le coup est dur à encaisser. Il lui semble avoir été dépossédé de son histoire qui est en réalité la leur à Maryann et lui!
   
   L'usure du temps et leurs propres démons emmèneront le couple à la rupture, même si, et la nouvelle "Le matelas" le prouve, les sentiments ne sont jamais complètements exclus de leur relation malgré que chacun ait refait sa vie.
   Mais la vie n'est pas toujours simple et le destin souvent cruel... la mort est au bout de chaque chemin. Pour certains, la route est plus longue que pour d'autres.
   
   Raymond Carver pourrait être le prototype américain de l'écrivain maudit, qui semble toujours avoir le monde et les éléments ligués contre lui. Mais est-il capable de se remémorer ce proverbe "Aide-toi et le ciel t'aidera"? Sa rencontre avec Joanne semble lui donner une certaine stabilité qui lui manquait ; avait-il eu le temps de l'acquérir avant?
   Maryann Burk-Carver constate une chose, elle avait 14 ans quand ils se sont rencontrés , mariés à 16 ans car enceinte, deux jeunesses effacées et un début de vie d'adultes beaucoup trop précoce. Tous les ingrédients de l'échec étaient réunis, l'alcool devenant le catalyseur de toutes les frustrations.
   
   Douglas (Gordon Fish) quel est, avec le recul, son rôle exact dans la carrière de Carver? Reconnaissons qu'il ne bénéficie d'aucune complaisance de la part de l'auteur-éditeur aux dents longues, style écrivain raté qui semble se venger sur les auteurs qu'il édite... Son comportement avec les femmes ne lui attire pas réellement de sympathie supplémentaire, bien au contraire.
   
   Joanne ((la poétesse Tess Gallagher), elle, semble avoir assez de poids et de poigne pour lutter contre le récurent problème d'alcoolisme de Carver, hélas une autre maladie va faire son apparition.
   
   La femme inconnue, prénommée Jeannine, passade d'un soir, inspiratrice de "Pétunias"que l'on trouve ici dans ce que je pense être la version première écrite par Carver.
   
   L'écriture est très originale, chaque chapitre a son narrateur, sauf s'il y en a plusieurs, alors ce sont uniquement des dialogues entre eux. On trouve aussi des courriers entres les protagonistes de cette épopée littéraire! Un livre bien écrit, mais dont la lecture exige une attention très soutenue.
   
   Les affres de la création littéraire multipliés par les problèmes pécuniaires et une dépendance à l'alcool obligent l'auteur, pour être publié, à accepter des coupes très sombres (il parle d'amputations) dans ses textes. Prenons par exemple la nouvelle "Pétunias" qui figure dans sa version d'origine dans ce livre, 15 pages qui deviennent un fragment de 2 pages et demies nommé "Composte"!
   
   
   Extraits :
   
   - L'horloge interne des alcooliques, on est tous ici pour s'en débarrasser.
   
   - Plus loin, la route est à 2 km, de l'alcool en vente libre. On ne doit pas s'aventurer là-bas.
   
   - Ah oui : mon prénom, c'est Douglas. Dans le métier, on m' appelle "Ciseaux".
   
   - La vérité, c'est que j'aime boire. J'aime le goût de l'alcool. Tout serait beaucoup plus simple si je n'aimais pas ça.
   
   - On est fauché et je ne veux pas renoncer à écrire.
   
   - La seule prescription : "Garder la foi et une bouteille à portée de la main."
   
   - Raymond, parfois, a des pudeurs de midinette.
   
   - Une chance pour moi. La bourse et le recueil.
   
   - Ce que j'aurais fait à sa place? Eh bien... je ne suis pas John Cheever.
   
   - J'avais l'impression que ma vie recommençait. J'étais mort une première fois, et elle recommençait.
   
   - "Bonheur", oui. On peut employer ce mot. Mais ce bonheur est fragile, car les démons peuvent resurgir à toute heure.
   
   - Il a ajouté, avec une légère grimace : "Juste quand j'apprends que je suis incurable, on me décerne le titre de docteur. La vie a un sacré sens de l'humour, tu ne trouves pas?"

critique par Eireann Yvon




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