Lecture / Ecriture
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Derniers retranchements de Hervé Le Corre

Hervé Le Corre
  L'homme aux lèvres de saphir
  Les cœurs déchiquetés
  Les effarés
  Derniers retranchements

Hervé Le Corre est un auteur français de romans policiers, né en 1955 à Bordeaux.

Derniers retranchements - Hervé Le Corre

La vie en noir
Note :

   J'ai lu il y a longtemps, "Les effarés" d'Hervé Le Corre, mais pas encore "L'homme aux lèvres de saphir". Un recueil de nouvelles est, je pense, un bon moyen de redécouvrir cet auteur.
   
   "Tenir" ou simplement survivre, c'est malheureusement par les temps qui courent souvent l'unique préoccupation d'une certaine couche de la société... et pour Jessica il n'est pas évident de faire cohabiter Tony, son fils et Christophe, son compagnon.
   
   Famille aussi pour Sandra, enfin ce qu'il en reste, les mômes, le père est parti pour une autre, Bianca la chienne trouvée dans un buisson, une vie de chien oui, mais un jour tout dérape.
   
   "La troisième personne". Un homme qui parle, une femme qui se tait, la voiture qui avale les kilomètres, une rencontre inopportune et la mort au bord de la route. Un texte très fort qui présente la particularité d'avoir sur dix pages deux narrateurs.
   
   "Il parait " est un des plus beaux textes de ce recueil, la misère humaine des uns, l’appât du gain pour d'autres... mais parfois la vengeance est en marche. Une histoire qui fait froid dans le dos!
   
   "Le dernier jour" ce vieil homme aurait aimé que, pour son épouse, il fut paisible, mais un couple vient le gâcher... comme cela par sadisme, gratuitement, avec comme décor le calme d'un paysage de montagne... Un récit très prenant... la vengeance au bout du chemin et la mort dans l'eau d'un lac...
   
   "L'arrestation qui vient" traite d'un sujet peu utilisé dans la nouvelle, un conflit social dans une usine. Le narrateur est chez lui, fusil à la main et il attend les forces de l'ordre, comment ce qui démarre comme une grève des ouvriers pour sauver leurs emplois risque de se terminer par un bain de sang... perdu pour perdu...
   
   "Se taire" clôt en beauté et en horreur ce recueil! Un père va, sans le prévenir, chercher son fils à l'école. A sa grande surprise, il le voit monter dans un 4X4... Poussé par l'instinct et la curiosité il les suit, il retrouve d'autres jeunes. Ils rentrent tous ensemble dans un appartement, le père reste caché et découvrira après leur départ une scène d'horreur! Il prévient anonymement la police, mais vis à vis de son épouse et de son fils, il ne dit hélas rien!
   
   Des êtres à la ramasse comme on dit si poétiquement! Des hommes et des femmes qui portent toute la misère du monde sur leurs épaules, et cette misère est immense. Un écrivain veilleur de nuit dans un hôtel apprend à ses dépends qu'il ne faut pas attiser la flamme, ni mettre de l'huile sur le feu! L'une veut partir, lui pas trop, mais la vie est pleine de surprise... et pas souvent agréable! Une bande de gamins sous l'emprise d'un adulte pervers, cela donne des scènes d'horreur et de barbarie à l'état pur.
   
   C'est très bien écrit, très actuel et presque banal, le monde moderne dans toute sa démesure. Les difficultés de tous les jours poussées à leur paroxysme. Certaines nouvelles sont terrifiantes, presque toutes d'ailleurs!
   
   Un très bon moment de lecture, un excellent recueil, avec en prime un clin d’œil à Raymond Chandler et à quelques autres à qui la nouvelle "De l'autre côté du trottoir " est dédiée.
   
   
   Extraits :
   
   - Puis Christophe avait fait son apparition, rude, silencieux, travailleur. Vaillant comme une épée, disait-on de lui. Avec un homme à la maison, ça ira mieux, assuraient les voisines.
   
   - Pour une fois qu'elle innovait. Ils n'ont pas aimé, encore. Elle a l'habitude. Douze ans qu'elle fait la bouffe dans ces dix mètres carrés de cuisine aménagée comme elle a pu : beaucoup d'occase, peu d'opportunités. Rien de très neuf.
   
   - Elle ne voulait plus depuis dix jours que tu la touches. Elle était revenue auprès de ton fils, ce veau arrogant, ce cocu de films italiens.
   
   - … le papier pue moins quand il flambe que la chair humaine. Ne soyez pas choqués. Il ne s'agit que de moi.
   
   - Il paraît que c'était de l'antigel. Ils mettent ça dans les voitures parce qu'il paraît que dans certains pays mêmes les voitures ont froid.
   
   - "Pour aller où? C'est partout pareil. La même merde. Et puis on n'est pas encore mort! "
   
   - Je préfère me farcir la sale gueule des clients que le cul des grabataires. Voilà comment elle tranchait. Vous n'aviez rien à rajouter à ça.
   
   - C'est ce que j'aurais dû lui dire, je le sais maintenant.
   
   - Mais à présent le grand froid ne vient plus. N'ose plus. C'est presque une mémoire qui se perd. Une surprise, parfois au petit matin qui vous passe sur la nuque sa main glacée à la façon de certains fantômes.
   
   - Combien de morts suicidés ou détruits à petit feu après l'effondrement de la petite vie qu'ils s'étaient forgés?
   
   - Sauf qu'ils ne sont pas stupides. Ils viennent avec leur idée préconçue : les ouvriers sont des crétins qui n'ont que ce qu'ils méritent et s'accrochent à des emplois coûteux ou inutiles.
   
   - … on s'était mis à somnoler comme de vieux cons devant un beau film, insensible aux efforts de Jack Nicholson pour piéger un tueur de petite fille. *
   
   - J'étais coincé. On était coincé tous les trois.
   

   *La promesse d'après le roman de Freidrich Durrenmatt. (note personnelle).

critique par Eireann Yvon




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