Lecture / Ecriture
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Quand les lumières s’éteignent de Erika Mann

Erika Mann
  Quand les lumières s’éteignent

Erika Julia Hedwig Mann est une femme de lettres allemande née en 1905 à Munich et morte en 1969 à Zurich. Elle était la fille aînée du romancier Thomas Mann. En 1933, elle choisit avec son frère Klaus et son père Thomas Mann, de fuir l’Allemagne. La famille trouve refuge en Suisse puis aux Etats-Unis qu'ils fuiront plus tard pour cause de maccarthisme. Toute sa vie Erika Mann parcourra le monde comme reporter de guerre.

Quand les lumières s’éteignent - Erika Mann

Taire ou dénoncer : paroles d'exil
Note :

   "La vie dans notre ville suivait son cours. La vieille place du marché aux maisons colorées encerclant la statue équestre,n’avait pas changé au cours des siècles. Au visiteur de passage s’offrait un tableau paisible et envoûtant."
   
   La guerre n’a pas encore éclatée, imaginons un touriste se promenant dans une petite ville riante, proprette, fleurie, une petite ville disons... de Bavière. Un étranger qui la visite la trouverait pimpante, une ville où il fait bon vivre, "seuls les drapeaux rouges bruissaient dans le vent". Ce n’est pas tout à fait une ville comme les autres.
   
   C’est le premier récit du livre qu’Erika Mann écrivit en 1940.
   Comment faire comprendre, expliquer, dénoncer ce qu’est devenu son pays sous la botte nazie? Erika Mann va tenter de le faire à travers une dizaine de récits qui vont petit à petit passer de la douceur trompeuse, à l’inquiétude, à l’incompréhension, à la peur jusqu’à la terreur pure.
   
   1935 Congrès du parti nazi à Nuremberg
   Que va faire le patron d’une usine qui découvre que sa secrétaire, dont il est tombé amoureux, est à moitie juive?
   Pouvait-on imaginer qu’un paysan soit arrêté parce que dans le gosier de ses poules on a trouvé de l’orge, nourriture interdite par le régime en place, cela pourrait prêté à sourire si...
   Quand la bêtise s’en mêle une jeune fille est poussé au suicide par les ragots....
   Que penser de cet homme qui la nuit falsifie ses livres de comptes non pour cacher des bénéfices mais au contraire pour enfler son chiffre d’affaire par crainte de voir son entreprise désignée comme inutile.
   
   "De jeunes SS, sanglés dans leurs uniformes élégants, défilaient dans les rues en ordre parfait"

   
   Pas de grand plaidoyer, c’est à travers des scènes de la vie quotidienne d’une ville sans nom que l’on voit petit à petit se mettre en place le système qui broie les individus, qui les rend lâches, qui les pousse à l’indifférence coupable ou à la résistance héroïque. La délation devient la règle, la bêtise est récompensée,
   Pasteur, professeur d’université, médecin, tous les citoyens sont soumis au même dilemme, sont tentés par la même lâcheté.
   
   Une préface et une post-face présentent très bien les circonstances dans lesquelles fut écrit ce livre, le parcours de son édition. Il est traduit pour la première fois en français.

critique par Dominique




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