Lecture / Ecriture
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C'est de fatigue que se ferment les yeux des femmes de Claire Fourier

Claire Fourier
  Métro Ciel & Vague Conjugal
  Je vais tuer mon mari...
  Les silences de la guerre
  C'est de fatigue que se ferment les yeux des femmes
  L'amour aussi s'arme d'acier
  Il n’est feu que de grand bois

Claire Fourier est un écrivain français née en 1944.

C'est de fatigue que se ferment les yeux des femmes - Claire Fourier

Le fil d'Ariane
Note :

   Quatre jours c'est le temps que dure ce récit, c'est aussi la quatrième œuvre de Claire Fourier que je lis. Ici le ton est différent, plus intimiste (mais peut-on être intimiste quand on écrit un livre destiné à être publié donc lu?) et sûrement plus personnel aussi. Du vendredi au lundi, de l'annonce de la mort à la fin de la cérémonie, et la description de ces jours que l'on n'oublie jamais, même plusieurs mois après.
   Claudie arrive dans le Finistère où est située la maison familiale, sa mère est décédée brutalement. Nous la suivrons du vendredi au lundi, grâce à ce texte écrit quelques temps après.
   
   Ariane était veuve depuis de nombreuses années, seule également, n'ayant pas tenté de refaire sa vie. Elle vivait dans un grand sentiment de peur incontrôlée, cette mère qui ne fut pas exempte de reproches, omniprésente, profonde sans en avoir l'air, insaisissable et changeante. Elle est morte d'après sa fille de solitude et aussi usée par les grossesses successives, quatre enfants en peu de temps, Claudie se rappelle la pension à partir de dix ans, le logement trop petit et les enfants turbulents comme tous les autres. Les deux femmes se ressemblaient physiquement beaucoup, mais la mère tente de garder une emprise sur sa fille par des lettres et des coups de téléphone qui est, dit-elle, son seul luxe! Elle était très critique pour juger des écrits de sa fille ; en citant "Métro ciel" elle parle d'explosions hormonales, et se demande aussi pourquoi avoir écrit "Vague conjugale". Les jours passent, l'émotion est toujours présente, mais la vie pour le reste du monde continue tant bien que mal, il faut préparer les funérailles, prévenir la famille, s'occuper des papiers, choisir le cercueil et recevoir le prêtre qui officiera le lundi, préparer éloge funèbre et malgré toute la peine, manger, dormir et accomplir toutes les contraintes corporelles des vivants. Un grand moment d'émotion pour l'auteure (moment que je partage) est l'écoute dans l'église, au cours de la cérémonie funèbre du "Kantik ar Baradoz" (Cantique du Paradis) et la malice d'avoir imposé ce chant à sa mère (Castillane) peu portée sur les traditions bretonnes.
   Ariane, la mère, être encore plus présent, bien que disparue mais dont le corps est là pour prouver encore pour quelques jours son ancienne existence terrestre. Personnage riche en couleurs et en contradictions, à la fois énervante et attachante.
   
   Claudie, (Caudie comme l’appelle sa mère) subit ce deuil inattendu de plein fouet, tente d'assumer mais le corps présent et le fantôme passé d'Ariane envahissent sa pensée et ravivent son chagrin.
   Roland le fils, Odile son épouse, font partie de la famille et sont les proches voisins d'Ariane et une aide précieuse pour Claudie.
   A noter la présence d'un personnage que je qualifierai d'historique, un dénommé Alphonse Arzel député maire de Ploudalmézeau célèbre pour son combat contre le groupe pétrolier Amoco suite à la catastrophe de l'Amoco-Cadiz. Un clin d’œil bien mérité.
   
   Un huis clos dans une maison entre une femme et le corps de sa mère décédée, avec tout ce que cela comporte d'émotions, de souvenirs, de regrets ou de remords et de tentatives pour nier la situation. Mais Ariane est morte, ce fût brutal, inattendu, mais hélas bien réel!
   
   C'est comme d'habitude chez cette auteure bien écrit sur un sujet pas très évident, une femme confrontée à la mort de sa mère et devant gérer son émotion, mais aussi les tracas administratifs, ainsi que les souvenirs dus au fait de revenir dans une demeure où elle a vécu jadis.
   Un livre que j'ai beaucoup aimé mais dont j'ai du mal à parler tant il me semble décrire des sentiments très (trop?) personnels.
   
   
   Extraits :
   
   - Ma mère est morte de mort subite.
   
   - Au moment voulu, je n'étais pas là. Depuis un an, je me répète ça.
   
   - Puisque je reconnais les noms, puisque je lis tout : Brest, Saint-Renan, Ploudamézeau, je reconnaîtrai maman tout à l'heure.
   
   - Je suis sidérée. On dirait que maman sourit. Pas à moi. À son sort. Au destin qui sauve. Je lui trouve un air illuminé, quoiqu'absent.
   
   - Maman vient de mourir, une mémoire atavique sort de l'ombre.
   
   - D'ailleurs, j'ai sommeil. Aurais-je envie de dormir si maman était morte? Le sommeil va chasser le cauchemar et me rendra a la saine réalité.
   
   - Je me laisse aller à un doux, -momentané- silence mortel.
   
   - Sa mort et ma mort : entre les deux, mille lieues.
   
   - Ta mort et ma mort : entre les deux, un trait d'union.
   
   - Au vrai, je ne ressemble pas à ma mère. Elle, une femme d'oral avant tout ; moi d'écrit. Extravertie, et a fait de moi une introvertie.
   
   - Je t'en supplie, je t'en supplie, réponds-moi... PARLE MOI .
   
   - Ici je coïncide avec moi-même. Le vent, la pluie, rien de gai, rien que du profond. Ici est mon habitation nodale, île pour la nageuse perdue en mer, lieu générateur de sacré à la jonction des temps.

critique par Eireann Yvon




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