Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le soulier rouge de Rosita Quintana de Hernan Rivera Letelier

Hernan Rivera Letelier
  Malarrosa
  Le soulier rouge de Rosita Quintana
  L'art de la résurrection

Hernán Rivera Letelier est né à Talca, au Chili, en 1950, il a toujours vécu dans les déserts des mines de nitrate d'Atacama. Il y a longtemps travaillé comme ouvrier et a entrepris des études secondaires à l'âge de vingt-cinq ans.
(Source éditeur)

Le soulier rouge de Rosita Quintana - Hernan Rivera Letelier

♫♪ Mon enfance passa...*
Note :

   Écrivain chilien que je découvre grâce à ce livre. Né en 1950, mineur et autodidacte il a commencé ses études à vingt ans. Son premier roman au titre très poétique "La reine Isabel chantait des chansons d'amour", avait en son temps et comme celui-ci obtenu le prix national des lettres chiliennes.
   
   Un vieil homme frappe discrètement à une porte... puis un peu plus fort... encore plus fort... de plus en plus rageusement... puis il se prosterne et s'écroule en larmes devant cette porte qui ne s'ouvre pas...
   
   Nous retrouvons un jeune garçon de treize ans Hidelbrando del Carmen dans sa vie de tous les jours, ses joies et ses peines dans le village Antofagadsta dans le désert Atacama. Après un réveil à l'aube, il part pour son travail matinal livrer des journaux, sa mère étant décédée, son père mineur, son frère boxeur et sa sœur ont quitté la maison, elle avec un poète de passage! Il est un peu livré à lui-même tout en étant proche de la communauté évangéliste. La journée commence au pas de course, sa rivalité professionnelle avec Pince la Lune, grand benêt qu'il dupe facilement. Sa cliente préférée, prostituée au déshabillé vaporeux, spectacle qui le laisse transpirant de la tête aux pieds...
   
   Protestant dans un monde catholique, il est souvent en butte aux moqueries des enfants de son âge, il adore le cinéma, surtout les films mexicains et par-dessus tout Rosita Quintana dont les longues jambes sur l'écran sont un spectacle inoubliable!
   
   La vie suit son cours un peu monotone, il se promène le nez au vent, observe le monde du haut de ses treize ans, entre les Évangélistes et la rue avec ses multiples tentations surtout féminines, le cinéma, où le noir le rend téméraire et entreprenant!
   Mais un jour le destin fait qu'il trouve un soulier rouge dans la rue! Un escarpin avec un talon fin et haut, objet de tous les fantasmes et de toutes les suppositions... où est la femme à qui appartient cette chaussure et qui est-elle?????
   
   Hidelbrando del Carmen, le parpaillot, élevé dans la crainte du péché par une mère ultra pratiquante. Mais, une sorte de revanche il aime tout ce qui lui était défendu, le cinéma en particulier! Son avenir il veut être artiste... et bien évidement reconnu. Mais pour cela il faut que l'enfance se termine.
   
   Quelques amis, Allumette par exemple, mais surtout un univers peuplé de femmes et de jeunes filles, plus belles et désirables les unes que les autres!
   
   Mireya la blonde grande adepte du rock & roll, il fera son portrait, elle le récompensera d'un baiser fougueux, mais devra se battre avec son petit ami! C'est dur la séduction! Sœur Olimpia Palacio, superbe jeune femme qu'il a aperçue un jour en petite tenue, la belle, blonde et entreprenante Maria Mariola, la non moins entreprenante, mais brune, Genèse, plus grande et plus forte que lui, il avait toujours le dessous!
   
   Des personnages forts mais pas toujours recommandables, l'homosexuel, le crasseux, la femme du cinéma qui transformera HdC de chasseur en proie, chose que le laissera pantois et pour le moins surpris!
   
   Un livre sympathique sur l'éducation sexuelle (entre autre) d'un jeune chilien entre l'église évangéliste et la rue avec toutes ses tentations, entre ses rêves, une chaussure rouge et la réalité moins brillante hélas. Un ouvrage qui se déroule dans un cadre dépaysant et régi par ses propres lois. Quelques lignes sont consacrées au travail dans les mines de salpêtre, avec l'exemple de Noiraud, garçon chétif, gabarit idéal pour déposer la poudre aux fonds des trous. Pendu par les pieds, à trois ou quatre mètres de profondeur, il creuse d'abord une petit excavation pour que le résultat soit meilleur! Un travail inhumain!
   
   
   Extraits :
   
   - La maison, la rue, le monde entier paraît se noyer dans une sieste millénaire d'archéologie. Pas même le noir d'un vautour pour ternir l’effrayante luminosité du ciel.
   
   - Le ciné était l'une des choses de la ville qui lui faisait perdre la tête.
   
   - Elle avait peu de poitrine. Mais c'était ses longues jambes dorées, visible d'ouverture généreuse de la chemise de nuit, qui faisait délirer Hidelbrando del Carmen.
   
   - Parfois le regard de la femme lui semblait inquiétant et mystérieux ; parfois, dur et moqueur comme le regard des blondes fatales dans les films…
   
   - Maria del Mar et Mireya la blonde, aussi rouées et aussi adorables l'une que l'autre, en femme sachant parfaitement ce qu'elles vont montrer, prirent tout leur temps pour se déshabiller.
   
   - Puis, minaudant, lui souriant comme seuls doivent sourire les anges, elle exigea qu'il veuille bien lui montrer tout de suite.
   
   - Leur deuil était le fait d'un vieux chagrin que l'usure du temps avait transformé en une douce aura de sérénité. Elles avaient perdu quelqu'un de très cher depuis bien longtemps et avaient oublié d'enlever ses emblèmes fanés de la douleur.
   
   - Riant tout seul de plaisir il se rappela que sa mère disait que les taches de rousseur sur le visage des fillettes étaient des baisers d'anges.
   
   - "Les films, mon petit, lui disait sa mère, ce ne sont que les rêves de Satan, le Diable, mis en boîte".
   
   - Il se rappelle toujours que cette fois-là, la sœur Olimpia Palacios, avec sa petite bouche foncée et son petit cul retroussé comme les anges, avait laissé le policier de service complètement abasourdi.
   
   - Il s'était senti plus humilié qu'un ange souffrant de pépie.
   
   - Alors, plongé dans l'obscurité de son antre misérable, entouré de silence, il découvrit soudain, comme s'il comprenait pour la première fois combien il était seul au monde. Il eut peur.
   

   Titre original : Himno del angel parado en una pata (1996)
   
   * Chanson de Jacques Brel.

critique par Eireann Yvon




* * *