Lecture / Ecriture
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Bambois, la vie verte de Claudie Hunzinger

Claudie Hunzinger
  La survivance
  Bambois, la vie verte
  La langue des oiseaux

Claudie Hunzinger est une artiste et écrivain française née en 1940. Elle vit en montagne. C’est son unique nationalité. Elle est artiste et écrivain. Elle a fabriqué des livres en foin, écrit des pages d’herbe, édifié des bibliothèques en cendre et publié cinq livres. (Source éditeur)

Bambois, la vie verte - Claudie Hunzinger

Réédition urgente
Note :

   "Finie la double vie, fini le personnage que j'enfilais avec des habits propres chaque semaine. Ça va commencer par les cheveux, fous, ils vont pousser fous. Et j'aurai des habits rien que de laine, pleins de boucles et de poils, sans qu'on me regarde avec trente paires d'yeux. Je vais être Mélu, tout-à-fait Mélu, et tisser plein les doigts tout l'hiver".
   
   Pour celles et ceux qui ont lu "la survivance" Bambois est un récit dont des extraits sont repris dans le roman, à quarante ans de distance. Sous forme de journal, nous suivons l'arrivée et l'installation d'un jeune couple dans une petite maison isolée dans le massif des Vosges, en 1965. Mélu donne encore des cours de dessin à Colmar, Pagel veut s'installer comme berger après avoir fait l'école de Rambouillet.
   
   Ils sont jeunes, inconscients de ce qui les attend, mais pleins d'envies et de projets. Ils veulent vivre en contact avec la nature, le plus simplement possible, à l'écart de la société de consommation qu'ils voient arriver.
   "Huit heures du soir. Le vent a effacé toutes les traces. Ma toute petite lumière en allant à la bergerie. Les sonnailles rassurantes. En revenant vers la maison, j'ai eu comme une hallucination lumineuse. et la pensée que, si un ange tout-à-coup surgissait et me parlait, cela ne m'étonnerait pas vraiment".

   
   La réalité n'a bien sûr rien de facile. Ils se heurtent à la rudesse du climat, aux aléas de l'élevage, les dettes s'accumulent, la neige les bloque souvent l'hiver, ils se sentent parfois isolés, mais il y a la joie de vivre, la joie des rencontres qui se font. Deux enfants vont naître, Chloé et Robin.
   "27 Avril 1969. Naissance de Robin. Congé pour moi. Printemps délicieux passé avec Pagel et Chloé à cueillir des crosses de fougères, des feuilles de bouleaux, des pousses de bruyère, et à nous extasier chaque jour sur les nouvelles couleurs sorties de l'alambic".

   
   Ce récit est un vrai bonheur de lecture, qui m'a rappelé toute une époque où le retour à la terre avait le vent en poupe et où l'on espérait une autre vie, plus rêvée que réaliste. Là, malgré les difficultés, le couple va tenir le coup. Les notes qu'ils ont prises au jour au jour permettent de suivre leurs progrès et leurs déconvenues dans une langue poétique pour elle, quelquefois rageuse pour lui, mais toujours omniprésent le plaisir de mener cette vie là envers et contre tout.
   "Il neige dehors et moi, au chaud, je file la laine blanche et bouclée : elle fait un fil d'une totale beauté avec des nids de duvet blanc qui floconnent tout au long".

   
   L'arrivée des brebis est un grand moment et plus encore le jour où ils se mettent au tissage. Il y a des passages merveilleux sur la recherche des plantes tinctoriales des Vosges et les essais successifs sur la laine. J'ai eu la sensation de la toucher cette laine et de la voir. Et puis Mélu est une artiste, elle fait des expositions qui vont avoir du succès et leur permettre de sortir la tête de l'eau.
   "Le lichen des rochers est intarissable en couleurs fauves, sauvages, celles des pelages du renard, de l'écureuil, du cerf fuyant dans les feuilles mortes. Dans le coussin, dans le tapis tissé, l'odeur du cerf reste longtemps. La teinture au lichen est sans doute celle qui garde le plus l'odeur secrète de la forêt".

   
   Au fil du temps, les visiteurs se succèdent à la recherche d'un autre modèle de vie, je pense notamment à Simonne Jacquemard (prix Renaudot 1962) et Jacques Brosse, en quête d'un lieu ou créer un village. Il y a aussi l'ermite qui les a incités à se mettre au tissage, personnage impressionnant et entreprenant. D'autres repartiront assez vite, vaincus par les dures conditions du quotidien.
   "L'euphorie, ce soir! La merveille d'être : sur la table les longues bouteilles de vin nouveau que Modestine a achetées chez un vigneron de Kaysersberg. Les noix à fourrer dans les crêpes, et, volant en l'air, les projets, les rires, les rêves. Perlou ronfle fort, la tête sur nos genoux, pour avoir aussi une crêpe. Moi je dis "oui, je ne vais plus en classe, tant pis, tant mieux, je reste ici, c'est trop bien, je ne redescends plus jamais ..." Modestine rit en disant qu'elle est paf, partie, complètement, que c'est la faute du vin bourru et de Bambois, Pagel dit qu'ils vont se sentir bien tous les deux, Robin et lui, avec tant de femmes autour d'eux à leur faire des crêpes et des baisers".

   
   Si vous avez aimé "la survivance", Bambois est un complément indispensable, le début de l'aventure, même si l'auteur a semé la confusion entre réalité et fiction dans son dernier ouvrage.
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critique par Aifelle




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Peut-on vivre autrement ?
Note :

   Vivre de la montagne
   
   Retour en arrière que j’aurais pu faire après la lecture de "Survivance" mais que je choisis de lier avec des récits de montagne.
   
   Qui n’a pas rêvé un jour de grimper sur le flanc d’une montagne d’y construire un chalet et là, de vivre de peu.
   
   Mélu et Pagel s’installent dans les Vosges, dans une ferme où ils vont tenter d’élever un troupeau. Vivre de ce troupeau est forcément difficile et d’un rendement précaire. La météo est parfois capricieuse, la vie un peu difficile dans cette ferme au confort spartiate.
   
   Mais rien n’arrête nos rêveurs, les kilomètres à faire pour assurer un minimum grâce aux poste de Mélu comme prof de dessin qui pour se faire enfile "des habits propres chaque semaine"
   
   Les naissances sont partout, Chloé puis Robin, mais aussi les agneaux qu’ils faut mettre au monde, soigner, tondre pour permettre le travail de la laine.
   Filer, teindre, tisser pour le plaisir, pour la subsistance aussi.
   
   Les amis sont là et de nouveaux arrivent pour rencontrer ce couple marginal, différent, entreprenant. Ils partagent "les projets, les rires, les rêves"
   
   Ce couple en a fait rêver plus d’un. Je garde précieusement ce petit livre qui, disparu une première fois dans une inondation, a repris sa place dans ma bibliothèque.
   
   Le genre de témoignage qui incite à la réflexion aujourd’hui encore sur la surconsommation, qui incite à s’interroger et à vivre un peu autrement.
   
   Passez un peu de temps sur les chemins des Vosges vous ne le regretterez pas.

critique par Dominique




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