Lecture / Ecriture
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Je vois des jardins partout de Didier Decoin

Didier Decoin
  Est-ce ainsi que les femmes meurent?
  Une Anglaise à bicyclette
  Je vois des jardins partout
  La pendue de Londres
  Dictionnaire amoureux des Faits Divers
  Le Bureau des Jardins et des Étangs

Didier Decoin est un scénariste et écrivain français, né en 1945.

Le Prix Goncourt lui a été attribué en 1977 pour "John l'Enfer".

Je vois des jardins partout - Didier Decoin

La cinquième saison
Note :

    "Je vois des jardins partout est une manière de visiter les jardins de ma vie"
   
   C’est sans doute la douceur de l’air qui m’a conduite à ce livre. En le feuilletant chez le libraire j’y ai croisé le nom de Vita Sackville-West et du coup la cause était entendue.
   
   Didier Decoin possède deux jardins qu’il entretient (ou fait entretenir, il avoue...) un jardin pour l’hiver proche de Paris et un plus au nord à La Hague, celui ci c’est son jardin de prédilection, celui qu’il regarde fleurir l’été, il dit joliment que jardiner "C’est avant tout faire confiance à la terre."
   
   Tout cela remonte à l’enfance, il a passé des heures dans les allées de Bagatelle à faire voguer des bateaux sur les pièces d’eau, le parc lui ayant servi dit-il de "cour de récréation".
   
   Amoureux impénitent il arpente les jardins du monde en compagnie de sa femme et d’un groupe de fanatiques joliment dénommé "La cinquième saison" et qui font "leur festin annuel" des jardins d’Angleterre, d’Irlande, ou d’Ecosse.
   
   On est pris d’une envie furieuse de se promener avec eux dans les allées de Westwell Manor ou de Hidcot Manor et bien entendu à Sissinghurst et même de découvrir un cimetière magnifique dont Didier Decoin ne se lasse pas.
   
   Westwell Manor : "Au terme d’une allée de bouleaux blancs, d’un entrelacs de petites sentes dessinant comme un réseau de capillaires irriguant des chambres de fleurs, des bouquets de peupliers baumiers fleurant bon la résine et le printemps"
   
   Son regret? n’avoir pas une cabane de jardinier dans les Costwolds ou dans le Lake district "Royaume de la campagnarde (elle revendiquait ce titre) Beatrix Potter ".
   
   Il dit aussi : "Saint Just in Roseland, en Cornouailles britanniques est peut-être le plus beau cimetière du monde et un jardin nimbé de magie."
   
   Il y a des passages absolument savoureux dans ce livre, en particulier les retours de visites pour tous ces amateurs de jardinage prêts à voyager avec des plantes sur les genoux, des boutures dans le bagage à main et à séduire l’hôtesse effarée de voir monter dans son avion "vingt trois personnes, toutes porteuses de fleurs en pots ou d’arbustes".
   
   Et si vous avez dans votre jardin un arbre fruitier qui refuse de donner le moindre fruit attendez de connaître l’histoire du prunier à quetsches de l’auteur.
   
   Suivez-le de parcs en domaines, de jardin normand en manoirs très très anglais, avec malgré tout un petit détour par les jardins de Versailles en compagnie d’Alain Baraton le jardinier en chef ou ceux du sud : le jardin de Villa Noailles ou de Serre la Madone à Menton.
   
   Alors moi, je dédie ce billet aux amateurs, à ceux qui pensent que
   
   "Jardiner, c’est penser avec un sécateur, des semelles gadouilleuses, un mal de dos et des engelures aux doigts. Ou un coup de soleil sur le nez."

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critique par Dominique




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Emois jardiniers
Note :

   J'avais savouré avec grand plaisir la lecture de "Avec vue sur la mer" de Didier Decoin, aussi quand j'ai vu chez Dominique qu'il sortait un nouvel ouvrage sur les jardins, je n'ai pas hésité une seconde et l'après-midi même il rejoignait ma PAL, où il n'a séjourné qu'une demi-journée, le petit veinard.
   
   "Il existe des jardiniers de mauvais goût, des jardiniers daltoniens, allergiques, lunatiques, mégalomanes, dendrophiles ou formicophiles, mais vous ne rencontrerez jamais un jardinier dépourvu d'imagination ; ou alors, c'est que vous avez affaire à un usurpateur".^

   
   L'auteur revient sur ses premiers émois jardiniers, quand il était enfant, l'appartement de ses parents jouxtait le parc de Bagatelle. Bien plus tard, avec son épouse, Chantal, il va composer deux jardins, un dans la région parisienne et un autour de sa maison de la Hague. Leur passion commune va les entraîner en Angleterre, en Ecosse, dans le sud de la France, en compagnie d'un groupe de sympathiques farfelus surnommés "la cinquième saison".
   
   "J'aime assez les jardins un peu clochards, un peu démissionnaires (que ce soit de leur faute ou non), haillonneux, avec des pointées de ronces, au bord de l'abandon. Je les appelle des "doucets". Ça veut bien dire ce que çà veut dire, qu'il s'en dégage en effet de la douceur, une douceur grise, pelucheuse, cendre et nuage".

   
   Le ton est léger, l'humour aussi, les jardins visités sont l'occasion de parler de leurs propriétaires, avec mention spéciale pour la délicieuse évocation de Vita Sackville-West. Didier Decoin aime les jardins, il aime aussi les gens, il en parle avec tendresse et un rien de moquerie qui m'a enchantée.
   
   Voilà un livre hérissé de post-it, j'aurais voulu noter des phrases à chaque page. En ces temps de bavardages éhontés, de mensonges en tous genres, de vantardises étalées tous les jours dans les medias, revenez donc à hauteur d'humain, les deux pieds dans la terre et faites-vous plaisir avec des brassées de fleurs et de rencontres.
   
   "Surprises par l'objectif de Rachel Lévy, les fleurs en fanaison se parent de teintes violettes qui rappellent les draps dont on recouvre les crucifix et les statues des églises entre le Vendredi saint et la célébration de Pâques, les pétales sur le point de se détacher ont des danses figées, des tourbillons immobiles de pourpre, d'or mat, de grenat. A cet égard, l'agonie des iris, et notamment de l'iris germanica, offre la plus extravagante, la plus riche, la plus folle des palettes".

critique par Aifelle




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