Lecture / Ecriture
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La Reine du désert - Gertrude Bell de Janet Wallach

Janet Wallach
  La Reine du désert - Gertrude Bell

La Reine du désert - Gertrude Bell - Janet Wallach

Portrait d’une femme d’exception
Note :

   Aventureuse, excentrique, têtue, érudite, faiseuse de rois, amie de Lawrence d’Arabie... pas moins!!
    Une femme qui joua un rôle déterminant dans la politique anglaise au Moyen Orient puisqu’elle en a dessiné les frontières ce qui n’est pas à priori le rôle d’une femme née sous Victoria!
    Gertrude Bell surnommée "La reine du désert" ou "la Khatun" par les arabes fut peut être la femme la plus puissante de l’Empire britannique à son époque.
    Je vous sens déjà bien attentif alors en route.
   
   Gertrude Bell est née dans la bonne aristocratie victorienne de la fin du XIX ème siècle, elle se fait remarquer assez vite par sa volonté de suivre des études à Oxford, rappelez-vous les écrits de Virginia Woolf sur le sujet, c’est extrêmement difficile pour une femme, et voila Gertrude qui non seulement arrache le consentement de sa famille mais en plus sort première femme diplômée d’histoire!!
    Cette jeune femme va très vite se faire remarquer par son érudition, sa soif d’apprendre. Traductrice du Persan, archéologue à ses heures, elle est aussi une femme intrépide qui fait l’escalade des Drus et de bien d’autres sommets.
    Ce qui va changer sa vie c’est qu’elle tombe amoureuse de la mauvaise personne et que alors qu’elle est capable de faire fi de bien des préjugés, en matière de mariage elle se laisse influencer et renonce à l’homme qu’elle aime pour obéir aux codes de son milieu.
    Cet échec va décider de sa vie car comme la tradition le veut elle va partir, voyager pour oublier. Elle sillonne l’Europe mais très vite c’est l’Orient qui va l’attirer, elle va s’acharner à apprendre l’arabe, puis les dialectes des contrées où elle vit.
    Elle tombe amoureuse du désert, des arabes, de leur mode de vie. Anglaise jusqu’au bout des ongles elle sait faire preuve de témérité mais reste attachée à ses habitudes et si elle voyage à dos de chameau, elle emporte aussi sa baignoire pliante et son service à thé en porcelaine de Chine.
    Petit à petit elle crée des liens avec les cheiks locaux, les chefs bédouins, les chefs de tribus, elle partage leur nourriture, les derniers potins locaux, s’informe, flatte, elle est traitée en dignitaire par ces notables. Elle transformera ses expériences en livres qui eurent un énorme succès et contribuèrent à lui assurer une certaine indépendance.
   
   Son rôle et ses connaissances vont s’avérer déterminantes lors de la Première Guerre mondiale, rappelez-vous que l’Empire Ottoman est à ce moment là l’allié des allemands et que les anglais ont besoin de la loyauté envers eux des différentes tribus arabes en guerre contre les Turcs.
    Gertrude Bell fait un vrai travail d’espionnage et de renseignement pour le gouvernement britannique et à cette occasion va créer des liens avec T.E Lawrence, le fameux Lawrence d’Arabie.
    A la fin de la guerre va se poser le problème des territoires perdus par les Turcs et le partage de la région par les vainqueurs français et anglais. C’est l’émergence du problème du pétrole. Les anglais ont besoin de toutes les personnes qui peuvent les éclairer sur la situation, Gertrude Bell va être cette personne. Elle va soutenir le désir des arabes de voir se créer de nouveaux pays, Syrie, Irak. On a pu dire qu’elle a dessiné la carte de la région, elle adoube les futurs chefs de ces états et en particulier le future roi Fayçal d’Arabie.
    Elle est une des rares à avoir une idée claire des antagonismes entre Chiites et Sunnites (déjà!!) entre arabes et kurdes (déjà!) et lorsque elle participe à une conférence au Caire, on peut dire qu’elle est la femme la plus puissante de l’Empire. Elle va être très critique par rapport à certaines décisions qui s’avéreront désastreuses, la "poudrière" du Moyen-Orient est née
   
   Quelle vie riche, quelle force de caractère! Certes sa vie personnelle et amoureuse s’en ressentit car elle est toujours victime du carcan de la bonne société, étonnante femme qui crée le Musée de Bagdad mais est incapable de vivre sa vie de femme!
    Ecartée de la politique à la fin de sa vie, elle meurt épuisée d’une overdose médicamenteuse peut-être volontaire.
   
   Un livre passionnant qui se lit comme un roman tant l’esprit d’aventure souffle. Ecrit par une spécialiste du Moyen Orient, il m’a permis de connaître mieux cette femme courageuse, endurante, à la fois corsetée par les conventions et éprise d’aventures, passionnée par l’Arabie et ses peuples. A travers sa vie on comprend un peu mieux les soubresauts de cette région qui se font sentir aujourd’hui encore.
   
   
   PS: Peut-être plus édité, se trouve chez les soldeurs et dans les bibliothèques (louées soient celles qui gardent les vieux livres!)

critique par Dominique




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