Lecture / Ecriture
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Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel Dongala

Emmanuel Dongala
  Photo de groupe au bord du fleuve
  Johnny Chien méchant
  La sonate à Bridgetower

Emmanuel Boundzéki Dongala, professeur de chimie dans le Massachusetts, est un écrivain congolais né en 1941.

Photo de groupe au bord du fleuve - Emmanuel Dongala

Un peu naïf tout de même
Note :

   "Photo de groupe au bord du fleuve" est une histoire sur des femmes congolaises, raconté par un Congolais, même si celui-ci est dorénavant installé aux USA.
   
   Le Congo. Bien compliqué déjà. Des femmes, qui, pour survivre, cassent des rochers en gros cailloux, puis ces gros cailloux en gravier, qu’elles vendent ensuite par unité de sac à des transporteurs qui alimentent la construction d’un barrage. Pas très glamour, on en conviendra, simple stratégie de survie pour des femmes livrées à elles-mêmes.
   
   Méréana est de celles-là sauf que Méréana a de l’éducation. Elle s’est résolue à casser du caillou temporairement, le temps de collecter suffisamment de Francs CFA pour poursuivre une formation privée en Informatique, obligée qu’elle est de se débrouiller seule depuis que son mari l’a chassée de sa vie, elle et ses enfants, mécontent de ce qu’elle lui reproche de la tromper. On est en Afrique et les deuxième, troisième (et plus si affinités) bureaux ne sont pas un vain mot.
   
   Stratégie de survie donc.
   
   Et puis, loi de l’offre et de la demande, les travaux de l’aéroport devenant toujours plus urgents, les femmes ont vent que les transporteurs – qui leur achètent les cailloux pour aller les vendre aux utilisateurs – ont obtenu des prix bien augmentés. On assiste à la naissance d’un "syndicat" informel : Méréana et ses compagnes qui se concertent pour exiger un prix plus élevé et le roman, c’est cette histoire, ce que cette revendication va engendrer, faisant des vagues dans les relations exploités/exploiteurs, femmes/hommes, népotisme du pouvoir, prévarication, … Bref tout ce qui caractérise malheureusement cette "Afrique mal partie" comme la qualifiait il y a déjà bien longtemps René Dumont et qui la retient engluée dans sa misère et son oppression.
   
   Il y a un côté didactique ; "L’Afrique pour les Nuls", intéressant par ailleurs, mais qui m’a paru trop optimiste pour ne pas avoir un côté un peu naïf. J’ai peur que la réalité des "vrais gens" n’autorise pas une quelconque "Happy end".
   
   Mais ce plaidoyer a le mérite d’exister et de brasser un nombre considérable de problèmes. Qu’on n’imagine pas toujours de nos contrées favorisées.
   
   "Elle s’arrête pour reprendre son souffle. Croyait-elle t’impressionner par ce discours qui n’est rien d’autre que le discours officiel politiquement correct et droit-de-l’hommiste des institutions internationales avec leur vocabulaire formaté et leur consensus mou? Ne sait-elle pas que tu es la soeur de Tamara, elle qui tout le temps te décrivait au retour d’un de ces colloques et rencontres ce type de femmes que les institutions internationales recrutent comme expertes, qu’elles soient ministres, directrices de projets divers ou d’ONG, consultantes et autres, qui volent de conférence internationale en conférence internationale, tous frais payés, mondaines, parfaites dans la communication et les relations publiques, mais qui en réalité ne connaissent souvent rien du terrain? Dans tout ce qu’elle vient de te dire, il n’y avait rien de concret concernant ton expérience quotidienne. Que sait-elle de la difficulté de votre travail, la quantité de labeur qu’il faut pour faire éclater la grosse roche sous la chaleur d’un feu de bois ou de pneus enflammés, les dangers encourus pour transformer en moellons les gros blocs obtenus de la roche éclatée, la pénibilité du travail pour concasser à coups de masse les moellons en gravier et le temps qu’il faut pour sortir un sac de gravier, le prix payé par vos corps de femme, sans oublier les nombreux accidents? Tu ne dis rien."

critique par Tistou




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