Lecture / Ecriture
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Tangente vers l'est de Maylis de Kerangal

Maylis de Kerangal
  Naissance d’un pont
  Corniche Kennedy
  Dès 05 ans: Nina et les oreillers
  Tangente vers l'est
  Ni fleurs ni couronnes
  Réparer les vivants
  A ce stade de la nuit
  Chemins de tables

Maylis de Kerangal est une éditrice et écrivaine française née en 1967.

Tangente vers l'est - Maylis de Kerangal

Exercice à thème, exercice de style
Note :

   J'ai assisté à une rencontre entre Maylis de Kerangal et ses lecteurs au cours de laquelle elle a, bien évidemment, parlé de ses romans et en particulier de cette courte "Tangente vers l'est" que je viens de lire. Elle a commencé par nous préciser que c'était la première fois qu'elle écrivait à partir d'un événement vécu. Elle préfère ordinairement ne pas utiliser de faits personnels dans ses romans. Mais là, c'était une affaire spéciale, le voyage transibérien de deux semaines avait été organisé en 2010 par France Culture dans le cadre de l'année "France-Russie" et offert à quelques écrivains dans l'espoir d'inspirer leur muse et d'en récolter les fruits. De ce voyage-là, ils étaient trois : Dominique Fernandez, Danièle Sallenave et donc, Maylis de Kerangal.
   
   Les deux académiciens nous fournirent chacun un journal de voyage (accusé parfois de banalité) dont j'éviterai de vous parler pour l'excellente raison que je ne les ai pas lus, tandis que M. De Kerangal rapportait ce roman, 120 petites pages, que l'on accuse d'être une nouvelle et là, je suis assez d'accord, bien que cela n'en fasse pas une mauvaise œuvre. Au retour, cette Tangente, alors titrée bien banalement "Ligne de fuite", occupa 2h30 de lecture sur France Culture. Puis l'auteur reprit son texte, l'amenda et nous le livra ainsi que je viens de le lire.
   
   Tout d'abord, je précise que j'estime qu'à mon goût, tirer un roman d'un voyage est bien supérieur à en tirer un journal de voyage. Cela va plus loin, c'est plus riche, plus évocateur, moins égocentré, révélateur de plus de choses, cela témoigne de vies diverses. Cela peut se permettre des inexactitudes, du parti pris et en échange, cela donne de la vie. Bref, c'est créatif, ce que pour ma part j'attends d'un écrivain. Et comme dit Gore Vidal, "seul le roman peut dire la vérité."
   Maintenant voyons ce que nous avons.
   
   D'abord, ce qui est bien, c'est que M. de Kerangal a basé son récit sur un scandaleux problème sociétal russe : la maltraitance des recrues dans l'armée pendant leur service militaire obligatoire. Les chiffres sont difficiles à obtenir, tout cela étant étiqueté "accident", mais on estime que de 2500 à 3000 d'entre eux meurent chaque année des suites des mauvais traitements, bizutages, sévices divers. L'armée russe semble vraiment être un ramassis de monstres capables de tout et l'impunité est la règle. L'opinion publique commence à peine à s'en émouvoir. C'est faire œuvre d'écrivain que de traiter de tels sujets ou au moins, les évoquer. Ici, Aliocha, 19 ans, seul au monde est avec une fournée de conscrits dans les 3ème classe du train mythique alors qu'en 1ère classe, Hélène, une Française, s'éloigne de son amant* qu'elle vient de quitter. Horrifié par ses congénères, Aliocha qui a déjà tout tenté en vain pour ne pas être appelé, décide brusquement de s'enfuir avant que le train n'arrive à leur lieu de casernement. Opération très difficile et très risquée (il faut imaginer les représailles... ) Les évènements mettront en relation ce jeune et frustre Aliocha et la moins jeune et moins rustique Hélène. Ils n'ont rien en commun, rien pour s'entendre ou sympathiser et même pas de langue commune, mais les évènements leur forcent la main. Tout le récit est tendu par un suspens stressant : parviendra-t-il à s'enfuir? Car la chose s'avère tout de suite bien difficile.
   
   A cette excellente histoire s'ajoute un travail d'écriture digne d’intérêt, un peu déstabilisant au départ, mais on s'y fait vite et c'est joli.  "Après quoi les rails irréversibles qui déplient le pays, déballent, déballent, déballent la Russie"
   Mais petit défaut, keuf! Keuf! Keuf! Qu'est-ce qu'on peut fumer dans ces wagons surpeuplés! Il y a eu des moments où j'ai vraiment eu du mal à respirer.
   
   
   * qui s'appelle Anton Tchekhov! Si, si.
    ↓

critique par Sibylline




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Lignes de fuite
Note :

   Une petite bouffée d’air vif sibérien, à travers un parcours hors du monde dans cet univers particulier qu’est le Transsibérien lancé sur des rails parallèles depuis Moscou vers Vladivostok sur le Pacifique. Un univers particulier dans un environnement qui nous est, à nous lecteurs occidentaux, complètement incompréhensible, comme barbare et terriblement vivant, cruel et sans pitié, je veux parler de l’environnement russe dans sa globalité...
   
   Maylis de Kerangal a, en réalité, repris une fiction radiophonique intitulée "Lignes de fuite", écrite pour France Culture et réalisée à l’issue d’un voyage transsibérien effectué dans le cadre de l’Année France – Russie, en juin 2010, pour mettre en lignes, des lignes écrites cette fois, ce "Tangente vers l’est".
   
   Aliocha est un jeune homme russe qui vient, à son grand désespoir, d’être appelé au service militaire comme des milliers de ses congénères et il est embarqué comme du bétail en 3ème classe du transsibérien pour servir aux confins de la Sibérie, près de la frontière chinoise. Brimades, humiliations au programme. Rien d’enthousiasmant pour Aliocha qui parait bien désemparé.
   Dans le même train, mais pas dans la même classe, Hélène, une jeune femme française en rupture de ban de son amant russe, Anton (Tchekov !), qu’elle a suivi depuis Paris jusqu’à son affectation de responsable d’un barrage en Sibérie. Elle vient de fuir avant même de la commencer une vie qu’elle pressent trop différente, a sauté dans le transsibérien à Krasnoïarsk ; direction Vladivostok.
   
   La rencontre improbable entre ces deux êtres a lieu. Difficile de communiquer mais difficile de ne pas comprendre le danger qu’Aliocha est prêt à affronter en tentant la désertion... Contre toute attente, Hélène va jouer son jeu. Au fil de l’interminable voyage vers le Pacifique, nous allons vibrer avec ces deux-là et tenter d’échapper au sergent Letchov qui traque Aliocha.
   
   Atmosphère russe, et même sibérienne, parfaitement rendue dans ce court ouvrage très plaisant, très prenant.

critique par Tistou




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